Dampierre ne figure pas sur la liste des six sites retenus pour accueillir les prochains réacteurs EPR2, selon l’AFP. Les élus du Loiret redoutent un démantèlement de la centrale à l’horizon 2040.
La dépêche de l’AFP tombe comme un couperet. Six sites figurent sur la shortlist pour accueillir les prochains réacteurs du programme EPR2 : Nogent-sur-Seine, Golfech, Tricastin, Le Blayais, Creys-Malville et Chinon. Dampierre n’y est pas. Pas plus que Belleville, autre centrale du périmètre giennois. Pourtant, les élus locaux avaient multiplié les signaux d’intérêt depuis l’annonce du programme par Emmanuel Macron en février 2022. Ce programme prévoit la construction de six réacteurs nucléaires à eau pressurisée nouvelle génération, avec une option pour huit autres. Trois sites ont déjà été actés : Penly, Gravelines et Bugey. La décision finale pour les autres doit tomber d’ici la fin de l’année.
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Une centrale construite en 1980, soixante ans en 2040
Marc Gaudet, président du conseil départemental du Loiret, ne cache pas son inquiétude. “Le problème, c’est que la centrale nucléaire de Dampierre est vieillissante”, concède-t-il. Les quatre réacteurs du site ont été construits en 1980. Leur durée de vie est aujourd’hui prolongée jusqu’à soixante ans, ce qui laisse une marge jusqu’en 2040. “On nous dit qu’on pourrait même aller au-delà. Donc ça laisse encore une petite durée de vie”, nuance l’élu. Mais cette extension ne sera pas infinie. “Si la centrale ne reçoit pas de nouveaux réacteurs, elle sera démantelée”, tranche Marc Gaudet. “Ça ne serait pas envisageable pour moi. Ce n’est pas l’énergie renouvelable qui pourra remplacer toute la production nucléaire !”
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La centrale de Dampierre emploie directement 1 400 personnes. En comptant les prestataires, ce sont 4 000 foyers qui en dépendent, selon les chiffres de l’Insee. L’impact économique d’une fermeture dépasserait largement le périmètre du site. “Du travail assuré pour plusieurs décennies pour les Giennois, faire vivre l’ensemble du territoire, les entreprises locales en sous-traitance, mais aussi les commerces, les magasins, etc. Bref, une vraie plus-value économiquement parlant”, résume Francis Cammal, député du Loiret.
Le Département prêt à financer les infrastructures
Pour peser dans la décision finale de l’Élysée, Marc Gaudet s’est engagé à financer les aménagements routiers nécessaires à l’installation d’un EPR2 à proximité du site. “S’il y a des aménagements routiers qui dépendent aussi de l’installation de cet EPR, évidemment qu’on devra répondre présent”, affirme-t-il. Une manière de montrer que le territoire se tient prêt à absorber les contraintes logistiques d’un chantier de cette ampleur. Les travaux de construction d’un EPR mobilisent des centaines de camions, des grues exceptionnelles et nécessitent des voies d’accès renforcées.
Francis Cammal adopte une posture moins alarmiste. “L’activité de la centrale de Dampierre est telle que je vois mal comment l’État ou EDF pourraient s’en passer”, estime le député. “Puis, ce n’est pas parce qu’on n’a pas de réacteur nouvelle génération sur la première vague qu’on n’en aura pas dans un futur plus ou moins proche. On va continuer à se battre, on va continuer à défendre le territoire, son potentiel.” Une lecture qui mise sur une deuxième vague d’EPR2, dont l’option pour huit réacteurs supplémentaires reste ouverte dans le programme Macron.
Pourquoi la centrale de Dampierre joue gros
Belleville également hors jeu, mais dans le bassin d’emploi
La centrale de Belleville, située dans le Cher mais en limite du Loiret, ne figure pas non plus sur la shortlist. “C’est quand même tout près du Loiret et le bassin d’emploi déborde largement sur notre département”, réagit Marc Gaudet. Une fermeture de Belleville amplifierait l’impact sur l’économie locale. Les deux sites, Dampierre et Belleville, irriguent les mêmes entreprises de maintenance, les mêmes prestataires en génie civil et électrique, les mêmes services.
Le maire de Dampierre, Serge Mercadié, balaie la dépêche de l’AFP d’un simple “fake news”. Pourtant, les conséquences financières d’une fermeture seraient immédiates pour la commune. Le village bénéficie chaque année d’environ six millions d’euros de recettes grâce à la taxe foncière et à la compensation versée par EDF. Sans la centrale, c’est l’équilibre budgétaire de Dampierre qui bascule.
4 000 foyers dépendants de la centrale dans le Loiret
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Salariés directs | 1 400 personnes |
| Foyers dépendants (avec prestataires) | 4 000 foyers |
| Recettes annuelles pour la commune | ~6 millions € |
| Mise en service des réacteurs | 1980 |
| Durée de vie prolongée jusqu’à | 60 ans (2040) |
Source : Insee, conseil départemental du Loiret
L’enjeu dépasse la seule question de l’emploi. La centrale de Dampierre assure une production continue d’électricité bas-carbone dans une région dépourvue de moyens de production renouvelables massifs. La fermer sans la remplacer par un EPR2 obligerait EDF à compenser par d’autres unités, probablement des centrales à gaz ou des importations. “Ce n’est pas l’énergie renouvelable qui pourra remplacer toute la production nucléaire”, martèle Marc Gaudet, qui pointe l’intermittence de l’éolien et du solaire.
Une décision attendue d’ici la fin de l’année 2026
La shortlist de l’AFP n’est pas une décision définitive. Elle reflète l’état des arbitrages interministériels, mais la validation finale revient à l’Élysée. Les élus du Loiret refusent de s’appuyer sur cette liste et continuent leur campagne de lobbying. “On ne veut pas se baser sur cette liste et on reste convaincus que Dampierre a toutes ses chances”, affirme un proche du dossier. La stratégie repose sur la démonstration que le site dispose des infrastructures, du foncier et du soutien politique nécessaires pour absorber un chantier EPR2.
Dampierre bénéficie d’atouts : une connexion au réseau électrique déjà dimensionnée, un accès à la Loire pour le refroidissement, une main-d’œuvre formée au nucléaire et un écosystème local d’entreprises spécialisées. Mais le site fait face à une concurrence serrée. Golfech, Nogent-sur-Seine et Tricastin présentent des profils similaires, avec des réacteurs en exploitation et des capacités d’extension. Le Blayais et Creys-Malville misent sur leur position géographique pour équilibrer la carte de production française.
Le programme EPR2 s’inscrit dans une stratégie de relance du nucléaire français, après une décennie de recul de la filière. Les six premiers réacteurs doivent permettre de remplacer les unités les plus anciennes et de sécuriser l’approvisionnement électrique à l’horizon 2040-2050. Mais le rythme de construction reste un défi : Flamanville 3, premier EPR français, a accusé quinze ans de retard et un surcoût de plus de dix milliards d’euros. Les EPR2, version simplifiée du modèle initial, promettent des délais réduits et des coûts maîtrisés. Reste à savoir si les sites retenus tiendront ces promesses.
Dampierre et l’EPR2 : ce qu’il faut retenir
- Dampierre absente de la shortlist AFP pour les prochains EPR2, malgré les signaux d’intérêt locaux
- Les réacteurs du site, construits en 1980, atteindront soixante ans en 2040
- Marc Gaudet, président du conseil départemental : “Si la centrale ne reçoit pas de nouveaux réacteurs, elle sera démantelée”
- 1 400 salariés directs, 4 000 foyers dépendants via les prestataires
- Le Département prêt à financer les aménagements routiers nécessaires à un chantier EPR2
- Belleville également écartée de la shortlist, impact cumulé sur le bassin d’emploi giennois
Dampierre et l'EPR2 : les chiffres du dossier
- Dampierre absente de la shortlist de six sites pour les prochains EPR2, selon l'AFP
- Les quatre réacteurs du site, construits en 1980, atteindront soixante ans en 2040
- 1 400 salariés directs, 4 000 foyers dépendants du site via les prestataires
- Le conseil départemental du Loiret prêt à financer les aménagements routiers nécessaires
- Belleville également écartée, impact cumulé sur le bassin d'emploi giennois
- Décision finale attendue d'ici la fin de l'année 2026
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