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EDF obtient le feu vert pour préparer deux EPR2 à Gravelines

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L’Autorité de sûreté nucléaire vient d’autoriser EDF à lancer les opérations préliminaires pour installer deux réacteurs EPR2 sur le site de Gravelines, dans le Nord. Une étape administrative qui ouvre la voie au plus grand projet nucléaire français de la décennie.

L’autorisation délivrée ce jeudi par l’ASN porte sur les travaux dits « de préparation du site » : terrassements, études géotechniques, aménagements des accès. Pas encore la construction des réacteurs eux-mêmes, mais la préparation du terrain au sens propre. EDF peut désormais mobiliser engins et équipes sur la zone identifiée au sein de la centrale existante, qui compte déjà six réacteurs de 900 MW mis en service entre 1980 et 1985.

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Cette décision s’inscrit dans le programme de relance du nucléaire annoncé en février 2022 par Emmanuel Macron. Le plan prévoit la construction de six nouveaux EPR2 d’ici 2035, avec une option pour huit réacteurs supplémentaires. Gravelines figure parmi les trois sites retenus avec Penly (Seine-Maritime) et Bugey (Ain). Les deux premiers réacteurs sont prévus à Penly, les deux suivants à Gravelines.

En chiffres
3 340 MW
Puissance des deux EPR2
Équivaut à 4 réacteurs actuels de 900 MW
~2040
Mise en service visée
Après décision définitive en 2028
3 000
Emplois en pointe chantier
Estimation basée sur Penly
15 Md€
Coût estimé des deux réacteurs
Hors financement et aléas

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Gravelines présente des spécificités qui compliquent le chantier. La centrale est installée en bord de mer du Nord, sur un terrain plat exposé aux submersions marines. Les fondations devront tenir compte des contraintes sismiques et du risque de montée des eaux, renforcées depuis les études post-Fukushima. L’ASN [1] exige que ces paramètres soient intégrés dès les travaux préparatoires : drainage, mise hors d’eau des plateformes, consolidation des sols.

Le site actuel occupe 115 hectares. Les deux EPR2 nécessiteront une extension d’environ 25 hectares supplémentaires, selon les estimations d’EDF. La centrale de Gravelines emploie aujourd’hui 2 600 salariés EDF et 2 000 intervenants permanents. Le chantier des deux nouveaux réacteurs pourrait mobiliser 3 000 personnes en pointe d’activité, si l’on se réfère aux prévisions pour Penly.

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Caractéristiques des EPR2 prévus à Gravelines
Paramètre Valeur
Puissance unitaire 1 670 MW
Puissance totale (2 réacteurs) 3 340 MW
Mise en service estimée Vers 2040
Emplois en phase chantier ~3 000 (pic)
Surface nécessaire ~25 hectares

Source : ASN, estimations EDF

L’autorisation de l’ASN reste partielle. Elle ne couvre que les opérations de préparation, pas la construction des ouvrages de génie civil ni l’installation des équipements nucléaires. Pour cela, EDF devra déposer une demande d’autorisation de création (DAC), qui fera l’objet d’une enquête publique et d’une instruction complète. Le calendrier prévisionnel table sur un dépôt de la DAC en 2027 et une décision définitive en 2028.

La filière attend Penly pour calibrer les retours d’expérience

Gravelines arrive en deuxième position dans le calendrier du programme EPR2. Les deux premiers réacteurs seront construits à Penly, avec un démarrage des travaux prévu en 2027 et une mise en service autour de 2037. Gravelines bénéficiera donc du retour d’expérience du chantier normand, notamment sur la standardisation des composants et l’optimisation des délais.

L’EPR2 se veut une version simplifiée et optimisée de l’EPR de Flamanville 3, mis en service en 2024 après 17 ans de chantier et un budget multiplié par quatre. Framatome, maître d’œuvre, promet une réduction de 30 % du coût et des délais par rapport à Flamanville. Le modèle repose sur la standardisation : moins de soudures complexes, des îlots préfabriqués en usine, une conception modulaire inspirée de l’expérience britannique d’Hinkley Point C.

Les industriels français suivent le dossier de près. Framatome fournira les chaudières nucléaires, EDF Hydro les turbines, Bouygues et Vinci les ouvrages de génie civil. La filière emploie 220 000 personnes en France, dont 70 000 directement dans le nucléaire. Le plan de six EPR2 doit sécuriser l’activité jusqu’en 2045, à condition que les chantiers tiennent les délais et les budgets.

Pourquoi cette autorisation compte pour la filière

Montée en puissance
Les deux EPR2 porteront la capacité de Gravelines à 8 740 MW, consolidant le site comme le premier d'Europe. Une puissance stratégique pour alimenter les Hauts-de-France et compenser la fermeture progressive des réacteurs de 900 MW.
Calendrier tendu
Autorisation en 2026, DAC en 2027, décision définitive en 2028, mise en service vers 2040. Chaque retard administratif ou industriel décale d'autant le renouvellement du parc.
15 milliards à financer
EDF n'a pas encore bouclé le montage financier. Le modèle de Penly (financement mixte État-investisseurs-société projet) servira de référence pour Gravelines.
Test pour la filière
Gravelines bénéficiera du retour d'expérience de Penly. Si les deux premiers EPR2 dérivent, toute la série en pâtira. La standardisation promise doit faire ses preuves.
Contraintes de sûreté renforcées
Site en bord de mer, risque de submersion, sols à consolider : l'ASN impose des critères post-Fukushima dès les travaux préparatoires. Le surcoût reste à chiffrer.

Une centrale stratégique pour le mix électrique du Nord

Gravelines est la plus puissante centrale nucléaire d’Europe occidentale avec ses six réacteurs de 900 MW, soit 5 400 MW au total. Elle produit environ 8 % de l’électricité française et alimente les Hauts-de-France, région fortement industrialisée. Les deux EPR2 ajouteront 3 340 MW, portant la capacité totale du site à 8 740 MW, soit l’équivalent de huit réacteurs actuels.

Cette montée en puissance intervient alors que les six réacteurs existants approchent de leur quatrième visite décennale. EDF a engagé leur prolongation jusqu’à 50 ans, voire 60 ans, sous réserve de l’accord de l’ASN. Les deux EPR2 prendront progressivement le relais à partir de 2040, au moment où les premiers réacteurs de 900 MW commenceront à être arrêtés.

Le calendrier reste serré. Si EDF dépose la DAC en 2027 et obtient l’autorisation en 2028, les premiers coups de pioche pour le génie civil interviendraient en 2029. Il faut ensuite compter 10 à 12 ans de construction, selon les prévisions d’EDF, pour une mise en service commerciale vers 2040-2041. Toute dérive dans l’instruction administrative ou sur le chantier de Penly décalerait d’autant le planning de Gravelines.

L’investissement total pour les deux réacteurs est estimé à 15 milliards d’euros, hors financement et hors aléas. EDF n’a pas encore finalisé le montage financier, qui pourrait associer l’État actionnaire, des investisseurs institutionnels et des garanties publiques. Le modèle retenu pour Penly servira de base à Gravelines : un financement mixte, avec une partie portée par EDF et une partie externalisée via une société de projet dédiée.

EPR2 à Gravelines : les jalons du projet

  • L'ASN autorise EDF à lancer les travaux préparatoires (terrassements, études géotechniques) sur le site de Gravelines pour deux EPR2
  • Gravelines accueillera les réacteurs 3 et 4 du programme EPR2, après Penly (réacteurs 1 et 2)
  • La demande d'autorisation de création définitive (DAC) sera déposée en 2027, décision attendue en 2028
  • Les deux EPR2 ajouteront 3 340 MW à la centrale, qui deviendra le plus grand site nucléaire d'Europe avec 8 740 MW
  • Le chantier mobilisera environ 3 000 personnes en pointe et coûtera 15 milliards d'euros
  • Mise en service commerciale visée vers 2040, au moment où les six réacteurs actuels approcheront de leur fin de vie
Rédactrice chez Industriel.net
Sophie Berlu suit les évolutions des filières industrielles, des marchés de l'énergie et des innovations qui accompagnent la transformation des entreprises. Elle met en perspective les enjeux économiques, technologiques et environnementaux à travers des contenus documentés et accessibles. Pour enrichir ses recherches et optimiser la qualité de ses articles, elle s'appuie sur l'intelligence artificielle, tout en réalisant une relecture, une vérification des informations et une validation éditoriale avant chaque publication.
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