Clément Delangue, cofondateur et directeur général de Hugging Face, a révélé avoir refusé une offre de rachat de 13 milliards de dollars. Une décision qu’il assume, mais qui ravive les regrets de l’écosystème français.
L’aveu est tombé lors d’une intervention publique : Hugging Face, plateforme de partage de modèles d’IA devenue incontournable, a écarté une proposition de rachat d’un montant colossal. Clément Delangue n’a pas précisé l’identité de l’acquéreur potentiel, mais la rumeur persistante évoque Nvidia, qui multiplie les investissements stratégiques dans l’infrastructure IA. La société californienne, valorisée à plusieurs milliers de milliards, cherche à verrouiller les briques logicielles autour de ses puces.
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Fondée en 2016 comme un chatbot pour adolescents, Hugging Face a pivoté vers l’open source et s’est imposée comme le GitHub de l’intelligence artificielle. La plateforme héberge désormais plus de 500 000 modèles et datasets, utilisés par des géants comme Microsoft, Amazon ou Google. Son dernier tour de table, en 2025, l’a valorisée à 4,5 milliards de dollars. Le refus des 13 milliards traduit une ambition : bâtir une infrastructure souveraine et ouverte, hors du contrôle des hyperscalers américains.
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Clément Delangue, ingénieur passé par l’École Centrale Paris, a créé l’entreprise avec Julien Chaumond et Thomas Wolf. Mais très vite, le trio s’est installé à New York, faute d’un écosystème français capable d’absorber leur croissance. « Je m’en mords les doigts, a confié un investisseur français resté anonyme à la presse tech. On a laissé filer une pépite qui valait quelques millions, elle pèse aujourd’hui plus que la moitié des licornes tricolores réunies. »
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Le parcours d’Hugging Face illustre les failles structurelles de la French Tech : levées de fonds trop modestes, réticence face aux pivots radicaux, absence de champion du cloud capable d’adosser une infrastructure d’IA à grande échelle. OVHcloud ou Scaleway n’ont jamais eu les moyens ni la stratégie pour ancrer un tel acteur en France. Résultat : Hugging Face appartient désormais au paysage américain, financée par Sequoia Capital, Coatue et Lux Capital.
L’open source face aux géants fermés
Le refus de l’offre de rachat s’inscrit dans un débat plus large sur le modèle économique de l’IA. Hugging Face défend une approche ouverte, où les modèles sont partagés librement et modifiables. C’est l’antithèse d’OpenAI, qui a verrouillé GPT-4 et ChatGPT derrière des APIs payantes, ou d’Anthropic, dont Claude reste propriétaire. L’open source permet à des milliers de développeurs d’expérimenter, mais il complique la monétisation : Hugging Face génère des revenus via des services cloud, des abonnements premium et des licences entreprise, loin des marges d’un logiciel fermé.
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Pour autant, la plateforme attire les investisseurs et les partenaires stratégiques. AWS, Google Cloud et Microsoft Azure proposent des intégrations directes avec Hugging Face. Meta a choisi la plateforme pour diffuser Llama 3, son modèle open source qui concurrence directement GPT-4. Cette position de hub neutre confère à Hugging Face un pouvoir de négociation rare dans un secteur dominé par quelques acteurs verticalement intégrés.
Clément Delangue a déclaré vouloir rester indépendant « aussi longtemps que possible », tout en admettant qu’une introduction en Bourse pourrait intervenir d’ici deux à trois ans. D’ici là, Hugging Face devra prouver que l’open source peut générer des revenus à la hauteur de sa valorisation. Et que le modèle français, même relocalisé outre-Atlantique, peut rivaliser avec les laboratoires de la Silicon Valley.
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