Bpifrance, la start-up française Mistral et le fonds émirati MGX passent à la vitesse supérieure : après le site de Fouju en Seine-et-Marne, ils annoncent l’extension nationale de leur projet Campus AI pour atteindre 3 GW de capacité installée.
Le premier campus, implanté à Fouju sur la ZAC des Bordes, est actuellement en construction. Il représente à lui seul 1,4 GW de puissance et 8,5 milliards d’euros d’investissement, selon Le Monde. La prochaine étape : la sélection imminente d’un deuxième site, qui porterait l’enveloppe globale à environ 7,5 milliards d’euros supplémentaires, d’après Le Figaro.
L’ambition affichée par le trio dépasse largement le cadre d’un data center. Il s’agit de construire un réseau d’infrastructures dédié à l’entraînement de modèles d’IA à grande échelle, ce que le secteur appelle désormais des “usines d’IA”. Trois gigawatts, c’est trois fois la capacité totale de l’ensemble des data centers actuellement installés en France.
Sommaire
Un contexte Choose France qui joue à plein
L’annonce s’inscrit dans la séquence du sommet Choose France 2026, où les investissements liés à l’IA ont dominé les échanges. Le japonais SoftBank a promis 45 milliards d’euros d’ici 2031, avec un objectif final de 75 milliards, fléchés vers des data centers. Le canadien Brookfield, via sa filiale Data4, a ajouté 10 milliards d’euros supplémentaires, portant son engagement total à 30 milliards en France, avec notamment un site de 1 GW à Cambrai dans le Nord.[1]
A ces montants s’ajoutent les 109 milliards d’euros d’investissements futurs dans les data centers et l’IA annoncés au Sommet de l’IA début février, dont 26 milliards confirmés à Choose France le 19 mai 2025.[2] Le saut d’échelle est brutal : un an plus tôt, l’édition 2024 du rendez-vous de Versailles n’avait affiché que 7 milliards.
L’électricité bas carbone, atout structurel de la France
Pourquoi la France attire ces projets plutôt que ses voisins européens ? L’avantage comparatif est d’abord électrique. Un data center de 1 GW s’approche de la puissance d’un réacteur nucléaire EPR comme celui de Flamanville (1,6 GW). La disponibilité d’une électricité décarbonée et relativement stable donne à la France une position que l’Allemagne, dépendante du gaz, ne peut pas répliquer à court terme.[3]
Cette logique irrigue d’autres secteurs. Toujours lors de Choose France 2026, l’italien Marcegaglia a annoncé 600 millions d’euros supplémentaires pour son projet Mistral à Fos-sur-Mer, portant l’investissement total sur le site à 1,2 milliard d’euros. La future aciérie, décrite par l’Élysée comme “usine sidérurgique de nouvelle génération en Europe”, sera alimentée par une électricité décarbonée et intégrera l’IA dans ses process. Ce serait la première aciérie construite en France depuis plus de cinquante ans.
La question des emplois reste ouverte
La surenchère des annonces ne dissipe pas une interrogation de fond : ces milliards se traduisent-ils en emplois durables et en ancrage territorial réel ? La Tribune pointe que Choose France 2026 doit prouver que la France attire des projets industriels au sens strict, pas seulement des data centers ou des sièges régionaux.[4] Les data centers sont capitalistiques par nature : une installation de 1 GW mobilise des dizaines de milliards d’euros mais crée relativement peu de postes permanents.
Bpifrance, en tant que bras armé public du dispositif aux côtés de Mistral et MGX, porte une partie de la réponse. La sélection du deuxième site Campus AI donnera une première indication sur la capacité du projet à irriguer plusieurs territoires, au-delà de la seule région parisienne.
Sources
4 sources · 4 faits sourcés
- Orange accélérateur de start-up françaises : l’ambition souveraineté numérique en 2026 - 17 juin 2026
- Bpifrance recense 245 inaugurations industrielles en 2025, portées à 80% par les PME et startups - 17 juin 2026
- Fortes chaleurs : EDF envisage de réduire la production de ses réacteurs nucléaires - 16 juin 2026