Morgan Stanley rehausse sa recommandation sur Renault à « surpondérer », une première depuis plusieurs années, tandis que Stellantis reste à « pondération en ligne ».
Le titre Renault progresse de 2,8 % en Bourse ce vendredi 13 septembre après la publication d’une note de Morgan Stanley. La banque d’investissement américaine relève sa recommandation sur le constructeur français de « pondération en ligne » à « surpondérer », soit l’équivalent d’un conseil d’achat. Le prix cible grimpe de 50 à 58 euros par action, laissant espérer un potentiel de hausse d’environ 15 % par rapport au cours actuel.
C’est la première fois depuis février 2022 que Morgan Stanley affiche une telle confiance envers Renault. À l’inverse, Stellantis reste noté « pondération en ligne » avec un objectif de cours abaissé de 21,5 à 21 euros. La banque justifie cet écart par une divergence croissante dans les perspectives de marges et de génération de cash des deux groupes.
Stellantis perd en visibilité sur ses marges
Selon les analystes de Morgan Stanley, Stellantis fait face à des vents contraires structurels qui menacent sa rentabilité opérationnelle. Le groupe franco-italo-américain, né de la fusion entre PSA et FCA en 2021, avait brillé par ses marges élevées ces dernières années. Mais la banque anticipe désormais une dégradation progressive.
Plusieurs facteurs pèsent : la montée en puissance des véhicules électriques moins rentables, la pression concurrentielle en Europe avec l’arrivée massive de modèles chinois, et des difficultés persistantes en Amérique du Nord où les stocks s’accumulent. Morgan Stanley table sur une marge opérationnelle courante de 9,5 % en 2026 pour Stellantis, contre 14,4 % en 2023.
Le groupe dirigé par Carlos Tavares a multiplié les avertissements ces derniers mois. En juillet, il a revu à la baisse ses prévisions de marge et de cash-flow pour l’année en cours. Les ventes reculent en Europe et aux États-Unis, deux marchés historiquement solides pour le constructeur.
Renault capitalise sur l’électrique et les services
À l’opposé, Renault profite d’un momentum commercial retrouvé. La gamme électrique portée par la Renault 5, qui accumule plus de 150 000 précommandes, et le Scénic E-Tech soutient les volumes. Morgan Stanley souligne aussi l’apport croissant de la branche mobilité et services, notamment via la filiale Mobilize qui développe le financement automobile et les solutions de location.
La banque estime que Renault dispose d’une meilleure visibilité sur sa trajectoire de rentabilité. Le plan Renaulution lancé par Luca de Meo en 2021 porte ses fruits : les marges se redressent, la dette nette baisse, et le groupe affiche un free cash-flow positif depuis plusieurs trimestres. Morgan Stanley prévoit une marge opérationnelle de 7,8 % en 2026 pour Renault, en hausse par rapport aux 6,5 % enregistrés en 2023.
L’alliance avec Nissan et Mitsubishi, longtemps source de tensions, se stabilise également. Les trois partenaires collaborent sur des plateformes communes pour l’électrique, ce qui permet de répartir les coûts de développement. La filiale Ampere, dédiée aux véhicules électriques et au software, attire aussi l’attention des investisseurs même si son introduction en Bourse a été reportée.
Pourquoi Renault reprend l'avantage sur Stellantis
Un écart de valorisation qui se creuse
Morgan Stanley note un différentiel de valorisation entre les deux groupes. Renault se traite à environ 0,25 fois sa valeur comptable, contre 0,3 fois pour Stellantis. Mais la banque considère que cet écart ne reflète plus les fondamentaux : Renault affiche désormais un profil risque-rendement plus attractif selon elle.
Le contexte macro-économique joue aussi en faveur du constructeur au losange. La reprise du marché européen, tirée par les immatriculations de véhicules électriques dopées par les hausses de prix des carburants, profite davantage à Renault dont l’exposition géographique est concentrée sur l’Europe. Stellantis, plus dépendant des États-Unis et de l’Amérique latine, subit de plein fouet le ralentissement de ces zones.
| Constructeur | Recommandation | Objectif de cours | Potentiel |
|---|---|---|---|
| Renault | Surpondérer | 58 € | +15 % |
| Stellantis | Pondération en ligne | 21 € | Stable |
Source : Morgan Stanley Research, septembre 2026
Tavares sous pression, de Meo en confiance
Ce changement de pied de Morgan Stanley intervient dans un climat tendu pour Carlos Tavares. Le patron de Stellantis enchaîne les déplacements à Turin, Paris et Detroit pour rassurer investisseurs et syndicats. Les fermetures d’usines en Italie et les plans de réduction de capacités en Amérique du Nord alimentent les critiques. Son mandat arrive à échéance en 2026, et plusieurs observateurs s’interrogent sur un éventuel renouvellement.
Luca de Meo, lui, consolide sa position chez Renault. Arrivé en 2020 dans un groupe au bord du gouffre financier, l’ancien dirigeant de Seat a réussi son pari de redressement. Le titre Renault a doublé depuis son arrivée, et le groupe affiche une dynamique commerciale retrouvée. De Meo mise sur une montée en gamme progressive et sur l’électrification pour restaurer durablement les marges.
Morgan Stanley reconnaît toutefois que Renault reste exposé à des risques. La concurrence chinoise s’intensifie en Europe, où des marques comme BYD, Xpeng ou Leapmotor grignotent des parts de marché avec des véhicules électriques compétitifs. La dépendance au marché européen, qui représente plus de 60 % des volumes de Renault, constitue aussi une fragilité en cas de ralentissement économique.
Mais pour l’instant, la banque américaine considère que le momentum est du côté de Renault. Elle recommande aux investisseurs de privilégier le constructeur français face à son rival franco-italien, un revirement notable dans un secteur automobile européen en pleine recomposition.
Morgan Stanley et Renault : les faits clés
- Morgan Stanley relève Renault à « surpondérer » pour la première fois depuis février 2022
- L'objectif de cours grimpe de 50 à 58 euros, soit un potentiel de hausse de 15 %
- Stellantis reste noté « pondération en ligne » avec un objectif abaissé à 21 euros
- La marge opérationnelle de Stellantis devrait chuter de 14,4 % (2023) à 9,5 % (2026)
- Renault affiche un momentum commercial retrouvé porté par la Renault 5 et le Scénic E-Tech
- Le free cash-flow de Renault redevient positif après plusieurs années difficiles
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