Airbus et Safran soutiennent Global Bioenergies pour produire en France un carburant d’aviation durable issu de betterave et de blé, avec un démarrage prévu à Évry.
La filière aéronautique française accélère sur les carburants durables avec une équation industrielle simple : mobiliser des ressources agricoles nationales pour réduire la dépendance aux kérosène fossile. Airbus et Safran ont choisi d’appuyer Global Bioenergies, une entreprise française qui produit des SAF (Sustainable Aviation Fuels) à partir de sucres issus de betterave et de céréales comme le blé.
L’enjeu est loin d’être marginal. L’aviation commerciale mondiale représente une part significative des émissions de CO2 du transport, et les réglementations européennes imposent des taux croissants d’incorporation de SAF dans les soutes des avions civils. Trouver une filière d’approvisionnement souveraine, sur sol français, répond autant à une contrainte climatique qu’à une logique de sécurité industrielle.
Scania mise 70 millions d’euros sur Angers pour produire des camions électriques
Sommaire
Évry, futur site de production de SAF en France
Global Bioenergies prévoit de produire ses premiers litres de SAF dans une nouvelle usine implantée à Évry [1]. Le parcours vers ce lancement aura été tout sauf linéaire : la société a connu plusieurs détours avant de poser ses valises en Essonne et de lancer la production à partir de 2026.
Donecle lève 10 millions d’euros pour inspecter les avions 8 fois plus vite par drone
La technologie employée repose sur la fermentation de sucres végétaux pour synthétiser des molécules hydrocarbonées compatibles avec les moteurs d’avion actuels. Pas de modification de motorisation requise, pas d’infrastructure aéroportuaire à revoir : le carburant produit s’intègre directement dans les flux existants, ce qui constitue son principal avantage opérationnel face à d’autres alternatives énergétiques comme l’hydrogène ou la propulsion électrique.
La localisation en Île-de-France, à proximité des bassins de grande culture du nord de la France, facilite l’approvisionnement en matières premières agricoles. Betterave sucrière et blé sont deux cultures où la France dispose de positions solides à l’échelle européenne, ce qui renforce la cohérence de la chaîne de valeur.
Airbus et Safran dans la boucle d’investissement
La présence d’Airbus et de Safran au capital ou en soutien direct de ce type de projet n’est pas anodine. Les deux groupes portent une partie de la crédibilité industrielle de la filière SAF française : sans débouchés garantis chez les grands donneurs d’ordre de l’aéronautique, une startup comme Global Bioenergies ne peut ni lever les fonds nécessaires ni convaincre les banques de financer ses installations.
Pour Airbus, dont les programmes A320neo et A350 sont motorisés par des réacteurs CFM et Rolls-Royce certifiés pour voler au SAF à 50 % d’incorporation, l’accès à une production européenne de proximité réduit les risques d’approvisionnement. Safran, motoriste via CFM International (coentreprise avec GE Aerospace), a de son côté un intérêt direct à voir ses réacteurs LEAP alimentés par des carburants dont la traçabilité et la qualité sont maîtrisées dès la production.
Le secteur aérien cherche à décarboner ses activités en s’appuyant sur plusieurs leviers simultanés : nouvelles motorisations, efficacité aérodynamique, et substitution du kérosène fossile par des SAF [2]. La biomasse agricole représente l’une des voies les plus matures techniquement, même si les volumes restent encore très inférieurs à la consommation mondiale de l’aviation.
Pourquoi ce SAF betterave-blé compte pour l'aviation française
Un marché européen sous pression réglementaire
Le règlement européen ReFuelEU Aviation impose des taux d’incorporation de SAF progressifs aux aéroports européens : 2 % en 2025, 6 % en 2030, jusqu’à 70 % en 2050. Pour les compagnies aériennes qui font le plein à Paris, Amsterdam ou Francfort, se conformer à ces obligations suppose que l’offre de SAF soit réellement disponible, à des volumes suffisants et à des prix compétitifs.
C’est précisément là que le projet Global Bioenergies prend tout son sens industriel. Produire en France permet d’éviter des coûts de transport, de bénéficier d’un cadre fiscal et réglementaire européen cohérent, et de valoriser une filière agricole nationale qui cherche de nouveaux débouchés face aux aléas des marchés céréaliers mondiaux.
La route vers une aviation décarbonée reste longue, et les SAF de première génération à base de biomasse agricole ne constituent pas la solution définitive, notamment à cause de leur empreinte sur les terres cultivables. Mais dans l’attente des carburants synthétiques produits à partir d’énergie renouvelable et de CO2 capturé, cette filière reste l’option disponible la plus rapidement déployable à l’échelle industrielle. Global Bioenergies, avec le soutien d’Airbus et Safran, parie que l’Essonne peut devenir un maillon de cette chaîne dès 2026.
SAF français Global Bioenergies : les points clés
- Global Bioenergies produit un SAF à partir de betterave et de blé français
- L'usine de production est implantée à Évry, en Essonne
- Airbus et Safran soutiennent le projet pour sécuriser leur approvisionnement en carburant durable
- Le SAF est compatible avec les moteurs actuels sans modification d'infrastructure
- ReFuelEU Aviation impose 2 % de SAF en 2025, 6 % en 2030 dans les aéroports européens
Sources
2 sources · 2 faits sourcés
- Rampart : le lanceur à architecture distribuée qui embarque l’IoT militaire - 17 juin 2026
- Airbus vise 75 avions par mois : de nouveaux espaces de production ouvrent en France - 17 juin 2026
- Airbus inaugure une nouvelle ligne d’assemblage à Toulouse et alerte sur l’industrie française - 16 juin 2026