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Licornes tech : pourquoi l’Europe ne pèse plus face aux États-Unis et à la Chine

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Sur l’IA, la robotique et l’espace, l’Europe accumule les retards face aux États-Unis et à la Chine. Quelques startups tentent de s’imposer, mais les écarts restent béants.

La production industrielle a reculé de 3 % dans la zone euro en 2024. En France, la valeur ajoutée manufacturière plafonne à 9,3 % du PIB, contre 19 % en Allemagne et 26 % en Corée du Sud. Ce n’est pas une anecdote conjoncturelle : c’est le signe d’une décrochage structurel que la vague robotique et IA pourrait, selon plusieurs voix industrielles, soit amplifier, soit corriger, selon la vitesse à laquelle l’Europe réagit.

Le mouvement de réindustrialisation lui-même s’essouffle. On comptait 89 ouvertures nettes de sites industriels l’année précédente, contre 189 l’année d’avant. Les fermetures, elles, accélèrent : 238 restructurations majeures en un an, soit 53 % de plus qu’en 2023. Le contexte dans lequel l’Europe doit construire ses champions tech est donc particulièrement défavorable.

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En chiffres
88 Mds $
Marché mondial de la robotique en 2026
Morgan Stanley anticipe +5 000 Mds $ en 2050
3 Mds €
Part de l'Europe sur le marché robotique
Dont quelques dizaines de M€ pour la France
-3 %
Recul de la production industrielle en zone euro
En 2024, selon Les Echos
9,3 %
Part du manufacturier dans le PIB français
Contre 19 % en Allemagne, 26 % en Corée du Sud
238
Restructurations industrielles majeures en un an
+53 % par rapport à 2023

Un marché mondial de la robotique qui explose, une Europe marginale

Le marché mondial de la robotique est évalué à 88,27 milliards de dollars en 2026. Morgan Stanley anticipe un dépassement des 5 000 milliards de dollars d’ici 2050, porté par la pénurie de main-d’œuvre, la transition démographique et la maturité croissante des modèles d’IA. Goldman Sachs, de son côté, a multiplié par plus de six ses projections en un an : le marché passerait de 6 milliards à 38 milliards de dollars à l’horizon 2035, avec 1,4 million d’unités expédiées contre 350 000 dans ses estimations précédentes [3].

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L’Europe, elle, représente 3 milliards d’euros sur ce marché, dont quelques dizaines de millions en France. Le secteur européen pourrait atteindre 30 milliards d’euros dans 25 ans, mais le chemin reste long face à une Asie qui domine le secteur et à des États-Unis qui appliquent l’IA générative à la robotique à grande vitesse [2].

Marché de la robotique : projections et répartition géographique
Indicateur Valeur Horizon
Marché mondial robotique 88,27 Mds $ 2026
Projection marché mondial (Morgan Stanley) +5 000 Mds $ 2050
Projection marché mondial (Goldman Sachs) 38 Mds $ 2035
Marché robotique Europe 3 Mds € 2026
Marché robotique Europe (projection) 30 Mds € dans 25 ans
Marché robotique France Quelques dizaines M€ 2026

Source : La Tribune, La Tribune

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La limitation n’est pas seulement financière. Les robots actuels excellent dans des tâches répétitives en environnements structurés : déplacer des cartons, insérer des pièces prédéfinies. Aucune entreprise au monde n’a encore franchi tous les obstacles vers la polyvalence annoncée. Un robot capable de prendre une initiative de manière autonome constituerait déjà une avancée significative pour 2026. Les acteurs californiens et chinois avancent vite, mais partent du même point.

Neuronaix, Korben for People : les tentatives européennes face aux géants

Quelques startups européennes tentent de se positionner sur des niches à forte valeur. Neuronaix, deeptech française, développe une IA qui imite le geste humain pour apprendre aux robots industriels de nouvelles tâches. La startup vise l’aéronautique, la défense et le nucléaire, trois secteurs où la robotisation classique bute sur un obstacle précis : la standardisation insuffisante des produits [5].

Clément Busuttil, son fondateur, formule le problème clairement : « encore aujourd’hui la robotisation a été très développée dans des secteurs avec de fortes cadences et une standardisation produit assez élevée de manière à ne pas redévelopper systématiquement une nouvelle application robotique pour un nouveau produit ». L’aéronautique, avec ses séries courtes et ses pièces complexes, est exactement à l’opposé de ce modèle.

L’enjeu démographique pèse aussi. Dans l’industrie aéronautique, 30 % des compétences atteindront l’âge de départ à la retraite d’ici cinq ans. Former une nouvelle personne à un métier spécialisé peut prendre jusqu’à deux mois. C’est précisément ce goulot que Neuronaix entend combler. La startup, trois personnes à ce jour et deux recrutements en cours, prévoit une levée de fonds de 1,5 million d’euros début 2027, en dilutif et non-dilutif.

Côté ibérique, la startup catalane Korben for People s’attaque à un autre verrou : l’interopérabilité. Son logiciel fait communiquer des robots de marques différentes, dans des environnements de service (nettoyage, livraison, accueil). L’ambition affichée est de devenir le « Microsoft de la robotique ». La comparaison est volontairement démesurée, mais elle dit quelque chose du déficit de positionnement logiciel de l’Europe dans ce secteur.

Pourquoi l'Europe peine à produire des champions tech

Décrochage industriel structurel
La valeur ajoutée manufacturière française stagne à 9,3 % du PIB, contre 19 % en Allemagne. Le mouvement de réindustrialisation s'essouffle avec seulement 89 ouvertures nettes de sites.
Marché robotique en explosion
Goldman Sachs anticipe 38 Mds $ pour la robotique à l'horizon 2035, six fois sa projection initiale. L'Europe ne capte que 3 Mds € sur ce total.
Compétences aéronautiques menacées
30 % des expertises de l'industrie aéronautique partiront à la retraite d'ici cinq ans, selon Neuronaix. La formation d'un spécialiste prend jusqu'à deux mois.
Plan Bruxelles : onze secteurs ciblés
La Commission veut créer un catalyseur robotique européen et pousse la philosophie 'l'IA d'abord' sur onze secteurs, de la défense à l'agroalimentaire.
Startups en ordre dispersé
Neuronaix (France) et Korben for People (Espagne) visent des niches précises, mais restent de très petites structures face aux acteurs américains et asiatiques.

Bruxelles face à l’urgence : onze secteurs, un catalyseur, et peu de temps

La Commission européenne a pris conscience du problème. Son plan repose sur la philosophie « l’IA d’abord » : encourager entreprises et administrations à intégrer systématiquement l’IA dans leur réponse aux défis complexes [4]. Onze secteurs sont couverts, de l’automobile à l’agroalimentaire, de la défense aux industries culturelles.

Pour la robotique spécifiquement, Bruxelles veut créer un catalyseur réunissant développeurs et industries utilisatrices. Une haute fonctionnaire européenne résume la situation sans détour : « Nous avons la Chine qui peut produire des robots beaucoup moins chers ou les États-Unis qui appliquent l’IA générative à la robotique. Nous essayons de faire de même dans l’UE, mais nous devons pouvoir rendre notre secteur plus compétitif. »

Dans l’automobile, le plan prévoit d’accélérer le déploiement de véhicules autonomes en partenariat avec des fournisseurs européens. Pour l’agriculture, une plateforme d’adoption d’outils IA spécialisés est envisagée. Des intentions qui contrastent avec la vitesse d’exécution des acteurs américains et asiatiques, et avec la brutalité des chiffres industriels.

André Loesekrug-Pietri, président de la Joint European Disruptive Initiative, Luca de Meo, directeur général de Kering, Geoffroy Roux de Bezieux, président de Notus, et Alexandre Saubot, président de France Industrie, ont porté publiquement cet avertissement [1] : la robotique portée par l’IA pourrait devenir le levier d’une réindustrialisation ambitieuse, à condition que l’Europe ne rate pas ce virage. La formule est sobre. Le constat derrière l’est beaucoup moins.

Robotique et IA en Europe : les chiffres du décrochage

  • Le marché mondial de la robotique atteint 88,27 Mds $ en 2026, selon La Tribune.
  • Goldman Sachs a multiplié par plus de six ses projections robotiques en un an, visant 38 Mds $ en 2035.
  • La France ne pèse que quelques dizaines de millions d'euros sur un marché européen de 3 Mds €.
  • Dans l'aéronautique, 30 % des compétences partiront à la retraite d'ici cinq ans.
  • Neuronaix prévoit une levée de 1,5 M€ début 2027 pour son IA industrielle imitant le geste humain.
  • 238 restructurations industrielles majeures en un an en France, soit 53 % de plus qu'en 2023.

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