IndustrielIntelligence ArtificielleLa DGSI abandonne Palantir pour ChapsVision, un pari à 40 millions d'euros

La DGSI abandonne Palantir pour ChapsVision, un pari à 40 millions d’euros

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Le renseignement intérieur français tourne la page Palantir. La DGSI migre vers des outils développés par ChapsVision, entreprise française spécialisée dans l’analyse de données massives, pour un budget de 40 millions d’euros.

Le contrat qui liait depuis des années la DGSI au groupe américain fondé par Peter Thiel touche à sa fin. À la place, l’agence de renseignement intérieur va s’appuyer sur des solutions françaises, un mouvement qui concerne aussi Tracfin et le renseignement douanier. La facture, 40 millions d’euros, doit financer le développement d’un outil de big data conçu et maîtrisé sur le sol français.

Le message politique qui accompagne la bascule est sans ambiguïté. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a justifié ce choix dans une vidéo publiée sur X : « Nous devons utiliser nos propres modèles d’IA, nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le domaine numérique. Nous ne pouvons pas nous reposer sur des outils développés par des puissances étrangères. La France doit avoir ses propres outils. »

ChapsVision, le champion voulu par Olivier Dellenbach

Derrière ce basculement se trouve Olivier Dellenbach, fondateur et président de ChapsVision, devenu millionnaire après la vente d’eFront et engagé depuis dans la construction d’un rival tricolore à Palantir. Sa société incarne désormais l’option privilégiée par Paris pour reprendre la main sur ses outils d’analyse de données sensibles, dans un secteur où l’américain régnait jusqu’ici sans concurrent sérieux à cette échelle.

Le virage français ne sort pas de nulle part. Il prolonge une inquiétude plus ancienne, déjà matérialisée par le projet Athea, la coentreprise lancée par Thales et Atos pour proposer une alternative souveraine dans l’analyse de très grandes quantités de données destinées aux armées. Cette initiative visait déjà, à l’époque, à répondre à la polémique suscitée par le recours des services secrets français à Palantir, faute d’alternative crédible.

Berlin et Londres révisent aussi leurs contrats

La France n’est pas isolée dans cette réévaluation. L’armée allemande a annoncé qu’elle cesserait de recourir à Palantir, tandis que le Royaume-Uni réexamine le contrat de données de 330 millions de livres (440 millions de dollars) liant le service de santé public britannique à l’entreprise, sous la pression politique et parlementaire [3]. Cette défiance grandissante des gouvernements européens vise en particulier la suite de produits d’intégration de données de qualité militaire vendue par Palantir, filiale du milliardaire proche de l’administration Trump.

Le groupe américain traverse pourtant une phase de croissance commerciale forte, portée par ses contrats avec l’État fédéral américain. Palantir table sur un chiffre d’affaires compris entre 7,18 et 7,20 milliards de dollars en 2026, soit une progression de plus de 60 % par rapport à 2025, selon Reuters [5]. Les revenus tirés du gouvernement américain ont bondi de 66 % au dernier trimestre par rapport à l’année précédente, atteignant 570 millions de dollars.

Souveraineté industrielle : la France mobilise des fonds publics pour accélérer sur l’IA

Cette dépendance croissante aux commandes publiques américaines, dans un contexte où l’imprévisibilité de Donald Trump pousse les alliés européens à s’interroger sur la fiabilité du soutien américain en matière de sécurité et de technologie, nourrit précisément les doutes que Paris, Berlin et Londres tentent aujourd’hui de dissiper chacun à leur manière.

Rédacteur chez Industriel.net
Julien Mercier réalise une veille quotidienne sur les grands secteurs de l'économie et de l'industrie afin de suivre les transformations qui façonnent les entreprises. Ses analyses couvrent notamment l'énergie, les transports, l'automobile, l'intelligence artificielle, l'agroalimentaire, la construction, le traitement des déchets, les matériaux, ainsi que les technologies de production et de supervision industrielle. Pour renforcer la qualité de ses publications, il s'appuie sur l'intelligence artificielle lors des phases de recherche et de rédaction, avant une relecture, une vérification des informations et une validation éditoriale systématiques.
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