Jérémy Blackwell, ancien banquier chez Goldman Sachs et Credit Suisse, a fondé Blackwell & Co pour proposer des services de gestion patrimoniale aux fondateurs de startups et aux acteurs de la finance.
L’homme n’a pas suivi le parcours classique des entrepreneurs de la French Tech. Jérémy Blackwell a passé quinze ans dans les salles de marchés de Goldman Sachs et Credit Suisse avant de créer sa propre banque privée en 2019. Son objectif : servir une clientèle d’entrepreneurs et d’investisseurs qui ne trouvent pas leur compte dans les offres traditionnelles des grandes banques.
Blackwell & Co gère aujourd’hui environ 500 millions d’euros d’actifs pour une centaine de clients. Des profils atypiques pour le secteur bancaire classique. “Nos clients sont souvent des fondateurs de startups qui viennent de lever des fonds ou de céder leur entreprise, des partners de fonds d’investissement, des family offices”, détaille Jérémy Blackwell.
Une banque privée calibrée pour les entrepreneurs tech
Le modèle repose sur l’indépendance. Contrairement aux banques privées adossées à de grands groupes, Blackwell & Co ne vend aucun produit maison et ne touche aucune rétrocession. Les revenus proviennent uniquement d’honoraires de gestion, facturés entre 0,5 % et 1 % des actifs sous gestion selon les profils.
Cette structure attire des clients qui cherchent un conseil désintéressé. “Beaucoup d’entrepreneurs tech sortent d’une levée ou d’une cession avec plusieurs millions d’euros sur leur compte. Ils n’ont ni le temps ni l’expertise pour gérer cet argent, et ils se méfient des conseillers qui leur vendent des produits”, observe le fondateur.
L’équipe compte une dizaine de personnes, entre banquiers privés, conseillers en gestion de patrimoine et analystes. Tous ont un profil finance de marché plutôt que banque de détail. Le ticket d’entrée minimal pour devenir client s’établit à 2 millions d’euros d’actifs financiers.
Des solutions sur mesure pour des patrimoines volatils
Les entrepreneurs de la tech posent des défis spécifiques. Leurs patrimoines sont souvent concentrés sur quelques actifs : des actions de leur société non cotée, des stock-options, parfois des crypto-actifs. La liquidité arrive par à-coups, lors d’une levée de fonds ou d’une sortie.
Blackwell & Co a développé une expertise sur ces sujets. La société accompagne par exemple des fondateurs qui souhaitent vendre une partie de leurs parts sur le marché secondaire avant une introduction en Bourse, ou structurer fiscalement une cession. Elle propose aussi des solutions de crédit adossées à des actifs non liquides, pour permettre à un entrepreneur de diversifier son patrimoine sans céder ses parts.
“Un fondateur qui détient 20 % d’une licorne valorisée 500 millions a théoriquement 100 millions de patrimoine, mais zéro liquidité. Notre rôle est de l’aider à transformer une partie de cette valeur en cash ou en actifs diversifiés, tout en optimisant la fiscalité”, explique Jérémy Blackwell.
Les enjeux de la banque privée tech
Un positionnement entre banque privée et family office
Le marché français de la banque privée est dominé par les acteurs historiques : BNP Paribas Wealth Management, Société Générale Private Banking, Rothschild & Co. Ces établissements gèrent des centaines de milliards d’euros mais peinent à s’adapter aux profils tech.
Blackwell & Co se positionne comme un intermédiaire entre la banque privée traditionnelle et le family office. “Nous offrons le niveau de service d’un family office, avec une approche holistique du patrimoine, mais sans les coûts fixes qui rendent ce modèle inaccessible en dessous de 50 ou 100 millions d’euros”, résume le fondateur.
La société ne communique pas sur ses levées de fonds éventuelles ni sur sa valorisation. Elle affirme croître de 30 % à 40 % par an en volume d’actifs sous gestion, portée par le dynamisme de l’écosystème tech français.
Les défis d’une banque privée indépendante
Le modèle comporte des limites. Blackwell & Co ne dispose pas d’une licence bancaire complète, ce qui l’empêche de proposer certains services comme les comptes courants ou les crédits immobiliers classiques. Elle s’appuie sur des partenariats avec des banques dépositaires pour la garde des actifs.
La concurrence s’intensifie aussi. Plusieurs acteurs de la fintech, comme Ramify ou Moniwan, visent également les entrepreneurs et proposent des services de gestion de patrimoine digitalisés. Les grandes banques privées commencent par ailleurs à recruter des profils tech pour mieux servir cette clientèle.
Jérémy Blackwell mise sur la personnalisation et l’expertise pour se différencier. “Les outils digitaux sont utiles pour suivre son patrimoine, mais quand il s’agit de structurer une cession d’entreprise à 50 millions ou d’arbitrer entre plusieurs scénarios fiscaux, il faut un conseil humain et expérimenté”, conclut-il.
Blackwell & Co en chiffres
- Jérémy Blackwell a fondé Blackwell & Co en 2019 après quinze ans chez Goldman Sachs et Credit Suisse
- La société gère environ 500 millions d'euros pour une centaine de clients entrepreneurs et investisseurs
- Le modèle repose sur des honoraires de gestion entre 0,5 % et 1 %, sans rétrocession sur les produits
- Le ticket d'entrée minimal s'établit à 2 millions d'euros d'actifs financiers
- L'équipe compte une dizaine de personnes avec des profils finance de marché