Pierre-Henri Chuet, ancien pilote de Rafale sur le Charles-de-Gaulle, a été mis en examen pour divulgation de secrets de défense et intelligence avec une puissance étrangère, vraisemblablement la Chine.
L’affaire éclate après plusieurs mois d’enquête menée par la Direction générale de la Sécurité intérieure. Pierre-Henri Chuet, pilote de chasse franco-canadien d’une quarantaine d’années, a été présenté à un juge d’instruction la semaine dernière. Quatre chefs d’inculpation pèsent sur lui : divulgation de secret de défense nationale par son dépositaire, intelligence avec une puissance étrangère, collecte d’informations sur les intérêts fondamentaux de la nation et livraison d’information à une puissance étrangère. Selon Intelligence Online qui révèle l’information, Chuet a d’abord été placé en garde à vue dans les locaux de la DGSI, son domicile perquisitionné, avant d’être placé sous contrôle judiciaire. L’instruction se poursuit.
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Chuet a quitté la Marine nationale en 2021, après avoir piloté des Rafale depuis le porte-avions Charles-de-Gaulle et mené plusieurs missions en Irak. Reconverti dans le conseil aux entreprises et la formation, il anime également une chaîne YouTube sous le pseudonyme « Até Chuet », suivie par 566 000 abonnés. Une présence médiatique qui contraste avec la discrétion requise par certaines de ses activités passées.
Deux séminaires en Chine facturés plus de 80 000 euros
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Dès 2023, Mediapart avait révélé que Chuet s’était rendu en Chine à deux reprises entre le printemps 2018 et le début 2020, alors qu’il servait encore dans la Marine. Objectif affiché : animer des séminaires destinés à des militaires. En septembre 2018, il avait évoqué devant un auditoire chinois un système d’atterrissage de précision basé sur le GPS. Cette intervention de quatre jours aurait été facturée plus de 20 000 euros à une école de pilotage basée en Afrique du Sud, qui avait organisé le déplacement[2].
Un second séminaire, consacré cette fois à un avion-radar de la Marine française, aurait rapporté plus de 60 000 euros à Chuet. Contacté à l’époque par Mediapart, l’ancien pilote avait démenti toute activité illégale et assuré qu’« aucun secret » n’avait été divulgué. Une défense que l’enquête de la DGSI semble désormais mettre à l’épreuve.
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En 2025, Xavier Tytelman, consultant aéronautique et défense, avait affirmé dans une vidéo YouTube que Pierre-Henri Chuet était « au service de la Chine ». « Soutenir la Chine, c’est soutenir un pays qui nous veut du mal à nous et à nos alliés. Le fait d’avoir des militaires français qui forment des soldats ennemis pour les faire monter en puissance contre nous, c’est dramatique », avait-il déclaré[3].
Une école sud-africaine au centre d’un dispositif de recrutement
L’école de pilotage sud-africaine mentionnée par Mediapart semble avoir servi d’intermédiaire pour recruter des pilotes occidentaux expérimentés. En octobre 2022, Le Figaro avait recueilli le témoignage d’un ancien pilote français de Super Étendard approché par la même structure. « L’offre était très alléchante. Ils cherchent des instructeurs qualifiés pour l’appontage sur porte-avions », confiait-il sous couvert d’anonymat[4]. Le contrat prévoyait environ 20 000 euros par mois, net d’impôts, pour former des instructeurs chinois sur place pendant trois ans.
Ces rémunérations reflètent l’urgence stratégique de Pékin. La montée en puissance de la Marine chinoise nécessite la formation de dizaines de pilotes d’aéronavale capables d’apponter sur ses nouveaux porte-avions. En septembre 2025, la Chine est devenue le deuxième pays au monde à disposer de catapultes électromagnétiques pour faire décoller ses avions depuis le Fujian. Selon les renseignements américains, Pékin prévoit de mettre à l’eau six nouveaux porte-avions dans les années à venir.
| Séminaire | Sujet abordé | Montant facturé | Durée |
|---|---|---|---|
| Septembre 2018 | Système d’atterrissage de précision GPS | + 20 000 € | 4 jours |
| Entre 2018 et 2020 | Avion-radar de la Marine française | + 60 000 € | Non communiqué |
Source : Mediapart
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L’affaire Chuet illustre un phénomène plus large : le recrutement par la Chine de pilotes occidentaux pour accélérer la formation de ses forces aéronavales. Ces transferts de savoir-faire touchent des domaines sensibles, de l’appontage sur porte-avions aux systèmes de détection embarqués. La France, comme le Royaume-Uni ou les États-Unis, a renforcé sa législation pour limiter ces départs, mais le cadre reste difficile à faire respecter lorsque les intermédiaires opèrent depuis l’étranger.
Pierre-Henri Chuet est présumé innocent. L’instruction en cours devra établir si les informations transmises relevaient ou non du secret de défense, et si leur divulgation a porté atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation. Les peines encourues pour intelligence avec une puissance étrangère peuvent atteindre quinze ans de réclusion criminelle.
La DGSI poursuit ses investigations. D’autres noms pourraient émerger dans les prochains mois.
Affaire Chuet : les faits en bref
- Pierre-Henri Chuet, ancien pilote de Rafale, mis en examen pour intelligence avec une puissance étrangère
- Deux séminaires en Chine facturés plus de 80 000 euros entre 2018 et 2020, alors qu'il servait encore
- Une école sud-africaine intermédiaire pour recruter des pilotes occidentaux
- La Chine forme des dizaines de pilotes d'aéronavale pour ses nouveaux porte-avions
- L'instruction se poursuit sous contrôle judiciaire, Chuet est présumé innocent