Les entreprises du CAC 40 ont dégagé plus de 150 milliards d’euros de bénéfices nets en 2023, en hausse de 8% sur un an, pendant que l’économie française croissait de 0,9%. L’écart entre la Bourse et la conjoncture tricolore n’a jamais été aussi marqué.
Le contraste frappe. Les alertes sur le ralentissement économique français se multiplient, certains voisins européens basculent en récession, mais les 40 plus grosses capitalisations du pays alignent les performances record. Résultats en hausse, dividendes versés en masse, valorisations boursières au plus haut : l’indice CAC 40 semble vivre dans un autre monde.
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L’explication tient d’abord à la mécanique de l’indice lui-même. Le CAC 40 regroupe les plus fortes capitalisations françaises, représentant les secteurs où excellent les grands groupes tricolores. Sa composition est révisée régulièrement : les entreprises en difficulté sont écartées, comme Atos récemment, tandis que d’autres entrent pour refléter la montée de nouveaux secteurs. Ce tri continu garantit que l’indice surperforme structurellement le reste de l’économie.
Seulement 21% du chiffre d’affaires réalisé en France
Mais le principal facteur de déconnexion tient ailleurs : ces entreprises ne sont que marginalement françaises par leur activité. En 2022, seuls 21% de leur chiffre d’affaires provenaient de l’Hexagone. En ajoutant le reste de l’Europe, on monte à 53%, un ratio qui décline d’année en année. Cette internationalisation massive leur permet d’échapper à la conjoncture locale et de capter la croissance des zones dynamiques.
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Reste que même la croissance mondiale, établie à 3,1% en 2023, n’explique pas tout. Les bénéfices nets du CAC 40 ont grimpé de 8% sur un an, pour culminer au-dessus de 150 milliards d’euros. C’est près de 50% de plus que la moyenne des années 2010. La progression des profits a dépassé celle du chiffre d’affaires : les marges se sont envolées.
Le luxe pèse 18% des profits, avec des marges à 42%
Selon le cabinet EY, la marge opérationnelle courante moyenne est passée de 9,3% entre 2015 et 2019 à 13,5% en 2022. Quelques points de pourcentage qui, appliqués à plus de 1 700 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé (l’équivalent de plus de la moitié du PIB français), se traduisent par des dizaines de milliards de profits supplémentaires.
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Ce bond de rentabilité reflète la spécialisation croissante de l’économie tricolore dans le luxe. Le secteur affiche une marge moyenne de 26% en 2022. Chez Hermès, elle atteint 42%. LVMH, à lui seul, a réalisé 15 milliards d’euros de bénéfices en 2023, un record absolu. Le groupe de Bernard Arnault pèse si lourd que ses résultats influencent directement les variations de l’indice.
Quatre groupes du luxe représentent 18% des bénéfices du CAC 40
En ajoutant Hermès, Kering et L’Oréal, les quatre géants du luxe représentent 18% des profits de l’indice boursier. Une surreprésentation massive, qui reflète la concentration du CAC 40 autour d’un nombre limité de secteurs à très forte marge, largement déconnectés de la réalité économique du reste du pays.