Emmanuel Macron a dévoilé 93 milliards d’euros d’investissements étrangers le 1er juin 2026 à Versailles, au moment même où le PIB par habitant de la France s’apprête à passer derrière celui de l’Italie.
Le contraste est saisissant. Devant un parterre d’investisseurs réunis dans les jardins du château de Versailles, le chef de l’État s’est félicité d’une « édition historique » de Choose France : 71 projets d’investissements représentant 93 milliards d’euros, plus que le cumul des huit années précédentes. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a évoqué 15 600 emplois directs créés dans l’intelligence artificielle, la souveraineté industrielle et énergétique. « Nous sommes le pays le plus attractif d’Europe », a martelé Macron en anglais, vantant « le fruit des réformes, de la constance, d’un écosystème qu’on a su bâtir ».
Mais les chiffres publiés ces dernières semaines racontent une autre histoire. Dès 2026, selon Les Échos, le PIB par habitant français en parité de pouvoir d’achat passe derrière celui de l’Italie. Pire : alors que la France affichait un PIB par habitant légèrement supérieur à la moyenne de la zone euro en 2013, il lui est désormais inférieur de 7 % en 2024, hors Croatie et Bulgarie. L’écart se creuse chaque année. Les Néerlandais et les Irlandais ont déjà dépassé les Français en niveau de vie.
70 milliards de déficit commercial contre 50 d’excédent italien
La désindustrialisation pèse lourd. Le commerce extérieur français de biens accusait fin novembre 2025 un déficit de plus de 70 milliards d’euros sur douze mois. Sur la même période, l’Italie dégageait un excédent de 50 milliards. Le décalage est brutal, et visible dans les comptes publics : la charge de la dette française a représenté 2,3 % du PIB en 2025, deux fois le poids allemand. En 2027, la Commission européenne prévoit 2,8 % pour la France, contre 1,2 % outre-Rhin. Les capacités d’investissement public des deux pays ne sont plus comparables.
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Les Français le ressentent. Selon une étude de la DREES, la part des personnes jugeant leur situation « mauvaise » s’accroît, notamment chez les actifs et les jeunes adultes. Trois diplômés du supérieur sur dix, un actif sur trois, quatre ouvriers sur dix : tous sont concernés. Plus d’un tiers des moins de 30 ans pensent que leur vie sera moins bonne que celle de leurs parents. Le sentiment de déclassement a explosé depuis 2021.
« Nous préférons faire des chèques individuels plutôt que des investissements collectifs »
À Versailles, Emmanuel Macron a reconnu les limites : « Si l’on se compare avec le reste du monde, on voit qu’on peut faire mieux. » Il a insisté sur la nécessité d’une « préférence européenne » dans la production de batteries, menaçant : « Autrement, nous serons littéralement balayés par des compétiteurs déloyaux. » Mais la fracture politique du pays, soulignent les observateurs, empêche toute solution rapide au problème des finances publiques. L’échec des partis de gouvernement pousse une partie des électeurs vers l’aventurisme.
Les annonces de Choose France masquent mal une réalité plus sombre. Entre les promesses d’investissements privés étrangers et l’effondrement relatif de la richesse produite par habitant, l’écart ne cesse de grandir. La France joue désormais en seconde division européenne, pour reprendre l’expression des Échos. Le titre de « pays le plus attractif d’Europe » sonne creux quand le niveau de vie recule face à celui des voisins méditerranéens.
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