Alstom décroche un contrat de 1,2 milliard d’euros auprès de l’opérateur britannique Greater Anglia pour la fourniture de 55 trains électriques.
Le groupe français annonce la signature d’un accord avec Greater Anglia, filiale d’Abellio, pour livrer 55 rames électriques destinées à renouveler la flotte circulant entre Londres et les comtés de l’Est anglais. Le montant atteint 1,2 milliard d’euros, l’un des plus gros contrats signés par Alstom au Royaume-Uni depuis son rachat de Bombardier Transport en 2021. Les premiers trains circuleront à partir de 2029.
Les rames seront assemblées dans l’usine d’Alstom à Derby, dans les Midlands, qui emploie 2 800 personnes. Le site produit déjà les Aventra pour le métro londonien et les Pendolino rénovés de la West Coast Main Line. Greater Anglia exploite actuellement un réseau de 1 700 kilomètres desservant l’Essex, le Suffolk, le Norfolk et le Cambridgeshire, avec 169 millions de passagers par an avant la pandémie.
Un marché britannique dominé par Siemens et Hitachi
Le rail britannique reste un marché difficile pour Alstom. Selon les chiffres de l’Office of Rail and Road, Siemens Mobility et Hitachi Rail se partagent 68 % des livraisons de matériel roulant neuf au Royaume-Uni depuis 2020. Siemens a notamment remporté en 2024 un contrat de 2,1 milliards d’euros pour 94 rames Desiro City destinées à South Western Railway. Hitachi équipe de son côté la majorité des lignes express avec ses InterCity 800 et 802 à bi-mode diesel-électrique.
Alstom détient environ 18 % du marché britannique en nombre de rames livrées entre 2020 et 2025. Le groupe a néanmoins perdu plusieurs appels d’offres face à ses concurrents, notamment pour le renouvellement de la flotte de Southeastern en 2023 (remporté par Siemens) et celui de TransPennine Express en 2025 (Hitachi). La concurrence reste féroce : CAF, le constructeur espagnol, commence également à s’implanter avec des contrats pour Northern Trains et West Midlands Trains.
| Constructeur | Part de marché | Principaux contrats récents |
|---|---|---|
| Siemens Mobility | 38 % | South Western Railway (94 rames), Southeastern |
| Hitachi Rail | 30 % | TransPennine Express, East Midlands Railway |
| Alstom | 18 % | Greater Anglia (55 rames), London Underground (Aventra) |
| CAF | 10 % | Northern Trains, West Midlands Trains |
| Autres | 4 % | Stadler (petits opérateurs régionaux) |
Source : Railway Gazette, données Office of Rail and Road
Le contrat Greater Anglia porte sur des rames électriques à cinq et douze voitures, capables de circuler à 160 km/h. Elles remplaceront des Class 321 et Class 379 mises en service entre 1988 et 2011. La configuration des trains permettra de répondre aux pointes de trafic sur les lignes de banlieue londoniennes, où la demande reste élevée malgré la montée du télétravail.
Derby, un atout industriel mais des coûts élevés
L’usine de Derby constitue un argument commercial décisif pour Alstom face aux autorités britanniques, qui exigent de plus en plus un contenu local élevé dans les appels d’offres ferroviaires. Le site a produit plus de 1 200 rames depuis 2015, dont les Pendolino de Virgin Trains, les Class 800 pour Great Western Railway (sous-traitance pour Hitachi) et les Aventra du métro londonien.
Problème : Derby affiche des coûts de production supérieurs de 15 à 20 % à ceux des usines continentales d’Alstom, selon une analyse publiée par le cabinet Roland Berger en 2025. Les charges sociales britanniques, la complexité des normes ferroviaires locales et les délais d’homologation rallongent les cycles de fabrication. Le site de Reichshoffen, en Alsace, produit des Coradia Polyvalent à un coût unitaire inférieur de 18 % par rapport aux rames assemblées à Derby pour un gabarit équivalent.
Greater Anglia a néanmoins privilégié Alstom à Siemens, qui proposait ses Desiro City à un tarif légèrement inférieur. Selon un communiqué de l’opérateur, le choix s’est porté sur la capacité d’Alstom à intégrer des technologies de gestion énergétique avancées, notamment le système de freinage régénératif Hesop qui réinjecte l’énergie de freinage dans la caténaire. Greater Anglia vise une réduction de 12 % de sa consommation électrique d’ici 2032, objectif inscrit dans sa franchise renouvelée en 2025 jusqu’en 2031.
Pourquoi ce contrat reste un défi pour Alstom
Un marché britannique en pleine restructuration
Le rail britannique traverse une période de réorganisation profonde. Le gouvernement travailliste élu en mai 2025 a annoncé la création de Great British Railways, une société publique qui reprendra progressivement la gestion des franchises actuellement confiées à des opérateurs privés. Le modèle, inspiré de la SNCF et de la Deutsche Bahn, vise à simplifier la gouvernance d’un secteur éclaté entre 23 franchises et une infrastructure gérée par Network Rail.
Cette réforme pourrait redistribuer les cartes pour les constructeurs. Great British Railways centralisera les achats de matériel roulant, ce qui favorisera les appels d’offres groupés et les commandes en série. Siemens et Hitachi, déjà bien implantés, espèrent en profiter. Alstom mise sur sa gamme Aventra, modulaire et adaptable à différents types de lignes, pour décrocher des contrats cadres pluriannuels.
Le groupe français dispose d’un autre levier : ses activités de signalisation. Alstom équipe déjà 40 % du réseau britannique avec ses systèmes ETCS (European Train Control System), notamment sur la ligne Est entre Londres et Édimbourg. L’intégration des contrats matériel roulant et signalisation pourrait séduire Great British Railways, à la recherche d’économies d’échelle. Siemens propose une approche similaire avec sa division Mobility, qui combine trains et infrastructures numériques.
Le contrat Greater Anglia intervient dans un contexte difficile pour Alstom. Le groupe a publié en juillet 2026 un chiffre d’affaires annuel de 17,2 milliards d’euros, en recul de 3 % par rapport à 2025. La division matériel roulant, qui représente 55 % du total, stagne. Les marges restent sous pression, à 4,8 % contre 6,1 % chez Siemens Mobility et 5,9 % chez Hitachi Rail. Henri Poupart-Lafarge, PDG d’Alstom, a annoncé un plan de réduction de coûts de 500 millions d’euros d’ici 2028, avec des suppressions de postes en France, en Allemagne et en Italie.
Les 55 trains de Greater Anglia seront livrés entre 2029 et 2032. Leur mise en service progressive permettra de retirer les dernières rames diesel-électriques circulant encore sur certaines lignes non électrifiées de l’Essex. Le contrat inclut une option pour 20 rames supplémentaires, que l’opérateur pourrait lever d’ici 2028 si le trafic repart à la hausse. Greater Anglia transporte actuellement 145 millions de passagers par an, soit 14 % de moins qu’en 2019, mais les prévisions tablent sur un retour au niveau pré-Covid d’ici 2030.
Alstom au Royaume-Uni : les chiffres du contrat
- Alstom signe pour 1,2 milliard d'euros avec Greater Anglia, 55 trains électriques livrés entre 2029 et 2032
- Siemens et Hitachi dominent le rail britannique avec 68 % du marché du matériel roulant neuf depuis 2020
- L'usine d'Alstom à Derby affiche des coûts de production supérieurs de 15 à 20 % aux sites continentaux du groupe
- Great British Railways, la future société publique ferroviaire, centralisera les achats de matériel dès 2027
- Alstom équipe 40 % du réseau britannique avec ses systèmes de signalisation ETCS
- Le groupe français a publié un chiffre d'affaires en recul de 3 % en 2025-2026, à 17,2 milliards d'euros
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