Lors de la Semaine de la durabilité à Hambourg, la French Tech locale a organisé une soirée sur les coûts environnementaux et sociétaux de l’intelligence artificielle. Au programme : des solutions concrètes et des constats sans détour.
La French Tech Hambourg, antenne locale de la mission gouvernementale rattachée au ministère de l’Économie, a réuni début juillet experts et bénévoles dans les locaux de Sopra Steria, groupe français de conseil technologique dont le siège allemand se trouve dans la ville hanséatique. L’objectif : décrypter les tensions qui traversent le déploiement de l’IA dans les entreprises allemandes et européennes.
Laurianne Tiard, vice-présidente de la French Tech Hamburg, a d’emblée posé le cadre : la durabilité n’est plus un ajout cosmétique en fin de projet numérique, mais un levier d’économies financières et environnementales dès la conception. Une posture qui tranche avec la frénésie d’adoption observée ces derniers trimestres.
Sommaire
Réembauches et turbines illégales : le revers de la médaille
Les représentants de Sopra Steria ont exposé les tendances remontées par leurs clients en Allemagne. Le constat est paradoxal : alors que la majorité des entreprises accélèrent l’implémentation de l’IA dans leurs processus internes, beaucoup découvrent des failles opérationnelles et des coûts imprévus. Certaines en viennent à réembaucher des ingénieurs logiciels licenciés quelques mois plus tôt, faute de résultats à la hauteur des promesses.
Thorsten Jonas, fondateur du SUX Network, ONG qui conseille entreprises et professionnels sur l’usage responsable de l’IA, a poussé l’analyse plus loin. Il a documenté la pollution engendrée par des turbines à gaz alimentant des centres de données aux États-Unis, souvent installées en dehors de tout cadre légal. Une réalité qui écorne l’image d’une technologie présentée comme immatérielle.
Uploader ses données quand le mix électrique est vert
Anita Schüttler et Jochen Joswig ont proposé des pistes concrètes pour limiter l’empreinte carbone de l’IA au quotidien. Parmi elles : l’application GrünstromIndex, qui permet de repérer les moments de la journée où le mix énergétique est le plus vert. L’idée : différer les tâches gourmandes en énergie, comme le téléversement de volumes importants de données dans le cloud, à ces plages horaires.
Michael Maczan, directeur chez Sopra Steria, a nuancé le tableau en soulignant les opportunités ouvertes par l’IA. Selon lui, la technologie peut faciliter l’implantation d’entreprises françaises en Allemagne et inversement, en automatisant le traitement des dossiers administratifs et en surmontant les barrières bureaucratiques qui freinent les investissements transfrontaliers.
Un débat qui dépasse les cercles tech
La soirée s’est achevée par un échange avec le public, puis un buffet au bord de l’Alster. La French Tech Hambourg met à disposition un document listant dix principes pour tout projet technologique responsable, consultable sur demande à l’adresse hello@latechhambourg.org.
Au-delà de l’événement, la question posée à Hambourg résonne dans toute l’Europe. Les discussions autour du SCAF, programme d’avion de combat franco-allemand suspendu en juin, ont révélé une préoccupation similaire : l’Allemagne a confié la partie cloud de combat à IBM Deutschland et à des infrastructures américaines, soulevant des interrogations sur la souveraineté numérique européenne. Côté semi-conducteurs, Infineon a relevé ses prévisions pour 2026, tablant sur 1,5 milliard d’euros de revenus issus des applications pour centres de données IA cette année, puis 2,5 milliards en 2027. La demande tirée par l’IA reste un moteur de croissance, mais les débats sur ses coûts cachés s’intensifient.
- French Tech : levées et rentabilité en hausse, salaires juniors en chute libre - 12 juillet 2026
- La French Tech lève 4,6 milliards au premier semestre, loin derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni - 12 juillet 2026
- Alcatel-Lucent Enterprise frappe un grand coup dans la souveraineté numérique - 11 juillet 2026