Le plan d’investissement France 2030 ne sera pas bouclé en 2030. Le gouvernement acte un étalement de deux à trois ans supplémentaires, jusqu’en 2032 ou 2033.
L’information est sortie de la bouche d’Éric Lombard, ministre de l’Économie, lors d’une audition devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale le 21 août 2026. Le plan France 2030, doté de 54 milliards d’euros et lancé en octobre 2021, accusait déjà un retard de déploiement sur plusieurs axes : nucléaire, hydrogène, batteries, composants électroniques. L’exécutif assume désormais un rallongement du calendrier.
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Les crédits promis pour 2026 et 2027 seront maintenus, a précisé Lombard. Le report concerne le calendrier global de consommation des enveloppes, pas les tranches immédiates. Les services de Bercy ont confirmé que les appels à projets en cours ne seraient pas gelés.
Un déploiement plus lent que prévu depuis l’origine
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Sur les 54 milliards d’euros, 46 milliards sont inscrits sur la période 2021-2030 au budget de l’État, complétés par 8 milliards du Programme d’investissements d’avenir (PIA). À mi-parcours, la Cour des comptes pointait en juin 2025 que seuls 6,5 milliards avaient été décaissés, soit 12 % du total. Les annonces de soutien représentaient 27 milliards, mais les versements effectifs restaient très en retrait.
Les principales enveloppes concernent le nucléaire (8 milliards), l’hydrogène (7 milliards), les batteries (2,9 milliards), les semi-conducteurs (2,5 milliards), le spatial (1,5 milliard). Plusieurs projets emblématiques, comme les petits réacteurs modulaires (SMR) ou les gigafactories de batteries, ont pris du retard. Les appels à projets ont parfois tardé, les dossiers ont connu des allers-retours.
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| Secteur | Montant (Md€) |
|---|---|
| Nucléaire | 8 |
| Hydrogène | 7 |
| Batteries | 2,9 |
| Semi-conducteurs | 2,5 |
| Spatial | 1,5 |
| Autres (aéronautique, santé, agriculture, deeptech) | 32,1 |
Source : Gouvernement.fr
Les restrictions budgétaires pèsent sur les arbitrages
L’étalement décidé intervient dans un contexte de resserrement budgétaire. Le gouvernement Barnier a engagé en 2025 une révision de la trajectoire des dépenses, avec pour consigne de limiter l’évolution des crédits. Les budgets d’investissement public ont subi des coupes dans plusieurs ministères. France 2030 n’échappe pas à cette pression.
Lors de son audition, Éric Lombard a justifié le report par la nécessité de « caler le rythme des engagements sur les capacités réelles d’absorption des secteurs ». Il a aussi évoqué les délais de maturation de certains projets industriels, notamment dans le nucléaire et l’hydrogène, qui nécessitent des phases de R&D plus longues que prévu.
Les industriels, eux, voient les choses autrement. Plusieurs acteurs du secteur hydrogène interrogés par Les Échos en juillet 2026 dénonçaient déjà un « stop-and-go » permanent : des appels à projets annoncés, repoussés, puis rouverts avec des cahiers des charges modifiés. L’étalement du calendrier risque de prolonger cette incertitude.
Pourquoi France 2030 glisse jusqu'en 2033
Concurrence européenne et risque de décrochage
La France n’est pas seule à freiner. L’Allemagne a réduit en 2025 l’enveloppe de son fonds climat-énergie, touchant directement les subventions à l’hydrogène vert. L’Italie a reporté plusieurs volets de son plan PNRR, dont des investissements dans les semi-conducteurs. Mais d’autres vont plus vite : l’Espagne a déployé 60 % de ses crédits PNRR à fin 2025, contre 42 % en France.
Sur l’hydrogène, la France a engagé 1,2 milliard d’euros à mi-2026 sur une enveloppe de 7 milliards. L’Allemagne, malgré les coupes, maintient un rythme supérieur, avec 2,8 milliards déjà contractualisés sur une enveloppe totale de 9 milliards. Les Pays-Bas, eux, ont déjà validé trois projets d’électrolyseurs de grande puissance totalisant 700 MW.
Sur les batteries, la France a perdu l’implantation d’une usine Northvolt annoncée puis annulée début 2025. ACC (Stellantis, TotalEnergies, Mercedes) ralentit Douvrin et Billy-Berclau, faute de marché automobile suffisant. L’étalement de France 2030 risque de décaler les aides qui devaient sécuriser ces sites.
Industrie nucléaire : le plus gros poste du plan
Le nucléaire capte 8 milliards d’euros de France 2030, répartis entre les SMR, le combustible, le démantèlement et la recherche sur la fusion. EDF pilote le programme Nuward (SMR), dont la première pierre d’un démonstrateur est annoncée pour 2027, avec un objectif de mise en service en 2035. Mais le calendrier a déjà glissé d’un an.
Les 8 milliards devaient financer une part du développement des prototypes et des premières séries. L’étalement à 2032-2033 ne remet pas en cause les versements immédiats, mais retarde la visibilité sur les enveloppes de déploiement commercial. EDF, interrogé par Reuters début août, rappelait que la filière a besoin de « signaux clairs pour construire une supply chain française ».
La concurrence s’organise : les États-Unis ont débloqué 3,5 milliards de dollars en 2025 pour des SMR (NuScale, X-energy), le Royaume-Uni finance Rolls-Royce SMR à hauteur de 495 millions de livres. Le Canada a validé quatre sites pour des démonstrateurs. La France reste dans la course, mais l’étalement du plan pourrait diluer l’effet d’entraînement.
Réactions politiques et industrielles
L’annonce a suscité des critiques à l’Assemblée. La députée Renaissance Mathilde Panot a dénoncé « un plan de com qui se transforme en plan de lenteur ». Le député LR Éric Ciotti a demandé « des engagements fermes sur les versements annuels, pas un chèque en blanc étalé jusqu’en 2033 ».
Du côté des fédérations professionnelles, France Hydrogène a publié un communiqué le 22 août 2026 regrettant que « l’étalement du calendrier fragilise les projets en phase d’investissement ». La Fédération des industries électriques, électroniques et de communication (Fieec) a appelé à « sanctuariser les crédits 2026-2027 et à publier un calendrier révisé précis pour 2028-2033 ».
Bercy a promis une feuille de route actualisée avant la fin de l’année. Les services de Matignon travaillent à un nouveau phasage par secteur, qui pourrait être dévoilé lors du projet de loi de finances 2027. L’objectif reste de boucler les 54 milliards, mais sur une durée rallongée.
L’enjeu, pour l’exécutif, est de maintenir la crédibilité du plan sans donner l’impression d’un désengagement. Pour les industriels, il s’agit de ne pas perdre pied face à des concurrents européens et américains qui accélèrent. Le report de deux à trois ans laisse du temps, mais réduit la fenêtre de tir pour capter les marchés en croissance rapide : hydrogène, batteries, semi-conducteurs. La course continue, le chrono, lui, s’allonge.
France 2030 : les chiffres du plan rallongé
- Le plan France 2030 sera déployé jusqu'en 2032 ou 2033, deux à trois ans de plus que prévu
- Les crédits 2026 et 2027 sont confirmés, seul le calendrier global est étalé
- À mi-2025, seuls 6,5 milliards d'euros avaient été décaissés sur 54 milliards
- Le nucléaire capte 8 milliards d'euros, l'hydrogène 7 milliards, les batteries 2,9 milliards
- L'Espagne a déployé 60 % de ses crédits PNRR à fin 2025, contre 42 % en France