La startup montpelliéraine Qista vient de lever 3 millions d’euros pour déployer sa borne anti-moustique biomimétique en France et à l’international.
Qista ne fait pas dans la raquette électrique. La medtech française a mis au point une borne connectée qui attire et piège les moustiques en imitant l’odeur humaine et la chaleur corporelle, sans recourir au moindre insecticide. Le système reproduit les signaux olfactifs émis par la peau : CO₂, acide lactique, température. Les femelles moustiques, en quête de sang, s’engouffrent dans la borne et se font aspirer par un ventilateur. Elles finissent déshydratées dans un filet de capture.
L’idée vient d’Yvon Perrin, fondateur de Qista et ancien cadre d’EID Méditerranée, l’organisme public en charge de la démoustication dans le sud de la France. Il connaît le terrain : les traitements chimiques tuent aussi les libellules, les abeilles et une partie de la faune auxiliaire. Sa borne, elle, cible uniquement les femelles de moustiques tigres et de culex. Elle fonctionne à l’énergie solaire, capte jusqu’à 50 000 individus par saison et se pilote via une application.
Un chiffre d’affaires multiplié par deux chaque année depuis trois ans
Qista a démarré la commercialisation en 2021. Depuis, le chiffre d’affaires double chaque année. La société revendique désormais 800 clients, essentiellement des collectivités locales, des campings, des établissements de santé et quelques particuliers équipés pour leur jardin. Le ticket moyen tourne autour de 1 200 euros la borne, avec un abonnement annuel pour la maintenance et l’accès aux données de capture.
La levée de fonds de 3 millions d’euros vient d’être bouclée auprès de trois fonds régionaux : GO Capital (Montpellier), Midi Capital (Toulouse) et Sud Développement. L’argent servira à industrialiser la production, actuellement assurée par un sous-traitant en Occitanie, et à financer l’expansion commerciale en Italie, Espagne et sur le pourtour méditerranéen.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Année de création | 2016 |
| Levée de fonds 2026 | 3 M€ |
| Nombre de clients | 800 |
| Prix moyen d’une borne | 1 200 € |
| Capacité de capture | 50 000 moustiques/saison |
Source : Qista, 2026
Le moustique tigre s’installe durablement, les collectivités cherchent des alternatives
Le marché est là. Le moustique tigre (Aedes albopictus) colonise désormais 78 départements français. Il transmet la dengue, le chikungunya et Zika. Les cas de dengue autochtone se multiplient : 45 cas signalés en 2025 contre une poignée cinq ans plus tôt. Les municipalités et les agences régionales de santé cherchent des solutions non chimiques, sous la pression des riverains et des associations environnementales.
Qista se positionne sur ce créneau, face à des acteurs historiques comme Biogents (Allemagne), qui vend des pièges passifs au CO₂, ou In2Care (Pays-Bas), qui développe des stations de piégeage à larvicide biologique. La borne française se distingue par son autonomie énergétique et son système de suivi en temps réel, qui permet aux collectivités de cartographier les zones de pullulation.
Pourquoi les collectivités misent sur la lutte biomimétique
Objectif : 5 000 bornes déployées d’ici 2028
Yvon Perrin vise 5 000 bornes installées d’ici deux ans. Pour y arriver, Qista mise sur les marchés publics et les appels d’offres lancés par les syndicats intercommunaux. La société travaille aussi avec l’Entente interdépartementale de démoustication (EID), qui teste la borne sur plusieurs sites pilotes en Camargue et dans l’Hérault.
La levée de 3 millions doit aussi financer une certification européenne renforcée. Qista veut obtenir le label « dispositif médical » pour élargir sa clientèle aux hôpitaux, Ehpad et cliniques, où le risque vectoriel devient un enjeu de santé publique. La startup emploie actuellement 18 personnes et prévoit une dizaine de recrutements en 2027.
Une technologie biomimétique qui attire l’attention de l’Ademe
L’Ademe suit le dossier de près. L’agence a cofinancé une partie des travaux de R&D via son programme « Transitions agricoles et alimentaires ». Elle voit dans la borne Qista un exemple de « lutte intégrée » contre les nuisibles, concept qui combine prévention, observation et intervention ciblée, à la place du traitement systématique.
Qista planche aussi sur une version miniaturisée pour les balcons d’immeubles et les cours d’école. Le prototype pourrait sortir courant 2027. L’idée est de créer un réseau de bornes connectées à l’échelle d’un quartier, avec un partage des données entre voisins et la mairie. Un modèle qui pourrait intéresser les métropoles du sud, confrontées à des épisodes de dengue de plus en plus fréquents.
Qista : les chiffres clés de la borne anti-moustique
- Qista a levé 3 M€ auprès de trois fonds régionaux en 2026
- La borne piège jusqu'à 50 000 moustiques par saison sans insecticide
- Le moustique tigre est présent dans 78 départements français
- 800 clients équipés, chiffre d'affaires doublé chaque année depuis 2021
- Objectif : 5 000 bornes déployées d'ici 2028
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