IndustrielEntreprisesNabu lève 3 millions pour automatiser les douanes, Lithosquare capte 22 millions

Nabu lève 3 millions pour automatiser les douanes, Lithosquare capte 22 millions

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Trois start-up de la French Tech sécurisent des financements pour des secteurs de niche : douanes automatisées, métaux critiques et IA de défense.

Le retour du protectionnisme douanier a créé une opportunité inattendue pour quelques start-up françaises. Nabu, plateforme d’automatisation des formalités douanières, vient de boucler un tour de table de 3 millions d’euros, dont 900 000 euros de non-dilutif. Getlink, maison mère d’Eurotunnel, rejoint au capital le danois Maersk Growth, fonds corporate du géant mondial du transport de conteneurs. Pour Arnaud Doly, cofondateur de Nabu, Donald Trump fait figure de « très bon directeur marketing » : depuis un an, les droits de douane ont envahi les agendas des directions financières et logistiques, et le sujet s’est imposé comme priorité stratégique pour les acteurs du commerce international.

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Les tensions commerciales ne sont pas le seul terrain de jeu de la tech française. Du côté des métaux critiques, la start-up Lithosquare annonce 22 millions d’euros levés, un montant qui englobe 3 millions de pré-amorçage bouclés il y a dix-huit mois et 19 millions récents. Les investisseurs World Fund et Kindred Capital mènent le tour, avec la participation de Daphni, Omnes Capital et Ovni Capital. La jeune pousse développe un modèle d’IA géologique pour détecter des gisements de cuivre, lithium et terres rares. Dans un contexte de compétition mondiale autour de l’approvisionnement en métaux stratégiques, la promesse de Lithosquare résonne : identifier des ressources inexploitées là où les méthodes classiques échouent.

Enfin, AI Verse, start-up basée à Sophia-Antipolis, vient de lever 5 millions d’euros pour faciliter l’entraînement des modèles de deep learning dans la défense. Supernova Invest rejoint au capital Bpifrance et Innovacom, qui avaient déjà investi 2,5 millions en 2021. L’entreprise, créée en 2020, fournit déjà des solutions aux acteurs majeurs de la défense en France, Allemagne, Italie, Espagne et Ukraine. Ces trois opérations dessinent une French Tech qui se positionne sur des segments techniques, à marge élevée, loin de la course au volume.

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En chiffres
3 M€
Levée de Nabu pour l'automatisation douanière
Dont 900 k€ de non-dilutif
22 M€
Financement de Lithosquare pour l'IA géologique
3 M€ pré-amorçage + 19 M€ récents
5 M€
Levée d'AI Verse pour la défense
Après 2,5 M€ en 2021
70 M€
LegalPlace lève pour racheter Legalstart
Consolidation dans la legaltech française

Nabu et l’automatisation douanière, un marché de niche sous tension

Nabu s’attaque à un processus complexe et fragmenté : les formalités douanières pour le commerce international. Chaque produit exporté ou importé exige une classification tarifaire, des certificats d’origine, des déclarations de conformité. Les entreprises s’appuient souvent sur des équipes dédiées, des commissionnaires en douane ou des tableurs Excel. Nabu promet d’automatiser ces opérations via une plateforme qui s’intègre aux systèmes existants et s’appuie sur des algorithmes pour identifier les codes douaniers, calculer les droits et générer les documents réglementaires[1].

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L’arrivée de Getlink au capital n’est pas un hasard. Le groupe gère le tunnel sous la Manche, passage stratégique pour les flux de marchandises entre le Royaume-Uni et le continent. La complexité administrative post-Brexit a multiplié les frictions : depuis 2021, chaque camion traversant l’Eurotunnel doit présenter une série de documents douaniers. Automatiser ces processus réduit les délais, limite les erreurs et fluidifie le trafic. Maersk Growth, de son côté, voit dans Nabu un levier pour optimiser les chaînes logistiques de ses clients transporteurs et chargeurs.

Le marché reste de niche. Peu de start-up françaises se positionnent sur ce segment. CustomsBridge, autre acteur cité, développe également une solution d’automatisation par IA. Mais les barrières à l’entrée sont élevées : connaissance fine des réglementations, intégration avec les systèmes des douanes nationales, complexité juridique. Les tensions commerciales actuelles rendent le sujet brûlant. Les entreprises européennes qui exportent vers les États-Unis doivent désormais gérer des tarifs fluctuants, des exemptions conditionnelles, des règles d’origine renforcées. Nabu mise sur cette instabilité pour convaincre les directions achats et supply chain d’investir dans l’automatisation.

Lithosquare et la géologie augmentée par IA

Lithosquare opère dans un domaine encore plus confidentiel : l’exploration minière par intelligence artificielle. La start-up ne creuse pas de mines, elle identifie les sites où il faut creuser. Son modèle d’IA analyse des données géologiques (relevés satellites, carottages, cartes géochimiques) pour prédire la présence de métaux critiques. Elle s’appuie sur des partenaires miniers, juniors et majors, qui apportent l’expertise locale et les droits d’exploitation. Lithosquare fournit la technologie, touche une redevance sur les gisements découverts ou valorisés[2].

Le contexte joue en faveur de la start-up. Les métaux critiques (cuivre, lithium, cobalt, terres rares) sont indispensables à la fabrication de batteries, d’éoliennes, de semi-conducteurs et d’armements. La Chine contrôle une part majeure de l’extraction et du raffinage. L’Union européenne et les États-Unis cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement. L’exploration traditionnelle coûte cher, prend des années, échoue souvent. L’IA promet d’accélérer la phase d’identification, de réduire les coûts et d’augmenter les taux de succès.

Lithosquare reste une start-up à risque. Les gisements identifiés par algorithme doivent être confirmés par forage, puis exploités dans des conditions économiques viables. Les cycles miniers s’étalent sur dix à quinze ans. Les investisseurs parient sur une position dominante de Lithosquare dans la cartographie géologique augmentée, un actif stratégique si la course aux métaux s’intensifie. World Fund et Kindred Capital, spécialisés dans les deeptech et les transitions écologiques, ont retenu le pari.

Levées de fonds et investisseurs des trois start-up
Start-up Montant levé Investisseurs principaux Secteur
Nabu 3 M€ (dont 900 k€ non-dilutif) Getlink, Maersk Growth Automatisation douanière
Lithosquare 22 M€ (3 M€ pré-amorçage + 19 M€ récents) World Fund, Kindred Capital, Daphni, Omnes, Ovni Capital IA géologique, métaux critiques
AI Verse 5 M€ Supernova Invest, Bpifrance, Innovacom Entraînement IA pour la défense

Source : Les Échos, Les Échos, Les Échos

Pourquoi ces niches attirent les investisseurs

Segments de niche techniques
Nabu, Lithosquare et AI Verse se positionnent sur des marchés à forte barrière à l'entrée : automatisation douanière, exploration géologique par IA, entraînement de modèles pour la défense. Ces niches exigent expertise réglementaire, données spécialisées et partenariats stratégiques.
Investisseurs stratégiques
Les corporates entrent au capital : Getlink et Maersk Growth pour Nabu, Bpifrance et Innovacom pour AI Verse. Ces investisseurs apportent débouchés commerciaux et crédibilité sectorielle, au-delà du cash.
Défense et souveraineté
AI Verse fournit déjà des acteurs majeurs de la défense en France et en Europe. L'Ukraine figure parmi ses clients, signe que l'IA opérationnelle pour les armées est déployée à échelle réelle.
Consolidation legaltech
LegalPlace rachète Legalstart, son concurrent historique, pour 70 millions levés. Cette fusion élimine un rival direct et double la base clients, préfigurant d'autres consolidations dans la tech française.
Métaux critiques sous tension
Lithosquare répond à la compétition mondiale autour du cuivre, lithium et terres rares. L'IA géologique promet de réduire coûts et délais d'exploration, un atout stratégique face à la domination chinoise.

AI Verse et l’entraînement des modèles pour la défense

AI Verse, créée en 2020, s’est imposée dans l’industrie de défense avec une solution qui facilite l’accès aux données d’entraînement des modèles de deep learning. L’obstacle majeur au déploiement de l’IA dans la défense n’est pas le manque d’algorithmes, mais le manque de données exploitables et annotées. Les armées disposent de gigaoctets d’images satellites, de vidéos de drones, de signaux radar. Les transformer en bases d’apprentissage utilisables exige des pipelines complexes, des outils d’annotation, des infrastructures sécurisées. AI Verse construit ces pipelines et les met à disposition des industriels et des ministères[3].

La start-up basée à Sophia-Antipolis travaille déjà avec des acteurs majeurs en France, Allemagne, Italie, Espagne et Ukraine. L’Ukraine, en particulier, a accéléré l’adoption de l’IA dans ses opérations militaires depuis 2022. Les drones autonomes, la reconnaissance de cibles, la fusion de capteurs reposent sur des modèles entraînés en continu. AI Verse fournit les briques techniques pour que ces modèles soient opérationnels rapidement, sans que chaque projet IA reste bloqué en R&D.

Supernova Invest rejoint Bpifrance et Innovacom, qui avaient déjà injecté 2,5 millions en 2021. Les 5 millions levés doivent financer l’expansion commerciale et le développement de nouveaux modules logiciels. AI Verse vise aussi le marché américain, où le Pentagone multiplie les appels d’offres pour accélérer l’intégration de l’IA dans les systèmes d’armes. La start-up française se positionne face à des concurrents américains et israéliens qui dominent aujourd’hui le segment.

Une consolidation en parallèle dans la legaltech et le recrutement

Au-delà de ces trois levées, la French Tech enregistre aussi des mouvements de consolidation. LegalPlace, plateforme de création d’entreprise, a racheté à 100 % Legalstart, son concurrent historique, dans le cadre d’une levée de fonds de 70 millions d’euros menée par Move Capital Fund I, XAnge et Eurazeo. Les deux entreprises, nées en 2013 pour Legalstart, se disputaient les mêmes clients depuis plus d’une décennie. LegalPlace a financé l’acquisition en cash, grâce à la cession récente de sa division juridique Kanoon à Silae, pour environ 5 millions d’euros. Une partie des 70 millions sera consacrée à des investissements dans l’IA pour automatiser davantage les démarches administratives[4].

Cette consolidation reflète une tendance de fond : les start-up qui ont survécu aux années 2021-2024 rachètent leurs concurrents fragilisés ou cherchent à atteindre une taille critique pour attirer les fonds américains ou asiatiques. LegalPlace mise sur une position dominante dans la création d’entreprise en ligne pour monétiser ensuite des services annexes : comptabilité, gestion RH, financement. L’acquisition de Legalstart lui permet de doubler sa base clients et d’éliminer un concurrent direct.

Ces opérations, cumulées, dessinent une French Tech qui mise sur des segments techniques à forte valeur ajoutée : douanes automatisées, géologie augmentée, IA de défense. Les montants levés restent modestes au regard des tours américains, mais les valorisations sont cohérentes avec les revenus. Nabu, Lithosquare et AI Verse n’ont pas encore publié leurs chiffres d’affaires, mais les profils d’investisseurs (corporates stratégiques, fonds spécialisés) suggèrent que ces start-up ont déjà des contrats signés et des revenus récurrents.

French Tech 2026 : levées et consolidations

  • Nabu lève 3 millions d'euros auprès de Getlink et Maersk Growth pour automatiser les formalités douanières
  • Lithosquare capte 22 millions d'euros pour développer un modèle d'IA géologique détectant cuivre, lithium et terres rares
  • AI Verse sécurise 5 millions d'euros pour faciliter l'entraînement de modèles IA dans la défense, avec des clients en France, Allemagne, Italie, Espagne et Ukraine
  • LegalPlace rachète Legalstart dans le cadre d'une levée de 70 millions d'euros menée par Move Capital, XAnge et Eurazeo
  • Getlink rejoint Nabu au capital pour optimiser les flux douaniers dans l'Eurotunnel
  • Lithosquare s'appuie sur des partenaires miniers juniors et majors pour l'exploitation des gisements identifiés
Rédacteur chez Industriel.net
Julien Mercier réalise une veille quotidienne sur les grands secteurs de l'économie et de l'industrie afin de suivre les transformations qui façonnent les entreprises. Ses analyses couvrent notamment l'énergie, les transports, l'automobile, l'intelligence artificielle, l'agroalimentaire, la construction, le traitement des déchets, les matériaux, ainsi que les technologies de production et de supervision industrielle. Pour renforcer la qualité de ses publications, il s'appuie sur l'intelligence artificielle lors des phases de recherche et de rédaction, avant une relecture, une vérification des informations et une validation éditoriale systématiques.
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