Près d’un Français sur deux a été averti d’une violation de ses données personnelles en 2025, mais six sur dix ne prennent aucune mesure après un message frauduleux.
L’alerte compte plus que l’arnaque elle-même. C’est l’un des enseignements de la troisième édition du baromètre sur la perception cyber des Français, réalisé par Ipsos.Digital pour Cybermalveillance.gouv.fr. Publié à l’occasion du lancement du Cybermois, qui se tient chaque année en octobre, ce document révèle un paradoxe : les Français sont massivement exposés aux risques numériques, mais leur réaction dépend moins de la gravité de l’incident que de la manière dont ils en sont informés.
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Un bond de quinze points en un an : 45 % des Français notifiés d’une violation de données
Entre 2024 et 2025, la proportion de Français avertis qu’un organisme détenant leurs informations avait été attaqué est passée de 30 % à 45 %. Ce chiffre ne mesure pas le risque réel de fuite, mais le nombre de personnes ayant reçu une notification explicite : un email, un SMS ou une communication officielle leur indiquant que leurs données avaient été compromises.
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Cette hausse s’explique en partie par la structuration d’un marché souterrain de la donnée volée. Cybermalveillance.gouv.fr avait déjà dressé ce constat dans son rapport d’activité 2025 : les bases de données circulent, se revendent, alimentent de nouvelles vagues d’escroqueries. L’incident initial n’est plus qu’une étape dans une chaîne qui peut s’étirer sur des mois.
Les arnaques courantes restent en tête : 53 % ont reçu un message frauduleux
Malgré la montée en puissance des violations de données, les cybermalveillances les plus répandues restent les escroqueries classiques. Sur les douze derniers mois, 53 % des répondants déclarent avoir reçu un mail ou un SMS frauduleux. C’est la première forme de menace citée, devant les faux conseillers bancaires (15 %) et les sites marchands frauduleux (10 %, pour des commandes réglées mais jamais livrées).
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| Type d’incident | Part des répondants |
|---|---|
| Mail ou SMS frauduleux | 53 % |
| Faux conseiller bancaire | 15 % |
| Site marchand frauduleux | 10 % |
Source : Baromètre Ipsos.Digital / Cybermalveillance.gouv.fr 2026
Ces attaques ne visent pas la faille technique, mais le maillon humain. Elles s’appuient sur l’urgence, la crédibilité d’un émetteur, la peur de perdre de l’argent. Et elles fonctionnent encore, parce qu’elles arrivent à un moment où la victime n’est pas sur ses gardes.
Pourquoi les Français ne réagissent pas aux cyberattaques
Six victimes sur dix ne font rien après un message frauduleux
C’est le chiffre qui interroge le plus. Sur l’ensemble des personnes ayant reçu un mail ou un SMS frauduleux, 60 % n’ont entrepris aucune démarche. Ni signalement, ni changement de mot de passe, ni alerte auprès de leur banque. Rien.
Cette passivité ne se limite pas aux messages suspects. Elle touche aussi les incidents plus graves : 43 % des personnes contactées par un faux conseiller bancaire n’ont rien fait, et 31 % des victimes de cyberharcèlement n’ont engagé aucune action. Même quand la menace est claire, la réaction reste minoritaire.
Quand une réponse est apportée, elle est le plus souvent solitaire. 37 % des victimes de piratage de compte en ligne s’en sont sorties seules, en cherchant des informations sur Internet. 28 % des personnes confrontées à un faux support technique ont fait de même. Le recours à un tiers (un service public, une association, une plateforme d’aide) reste rare.
L’annonce d’une fuite change la donne : 59 % renforcent leur vigilance
Tout change quand la victime reçoit une notification officielle. Parmi celles qui ont été averties d’une fuite de leurs données personnelles, 59 % déclarent avoir renforcé leur vigilance face aux mails, SMS et appels inconnus. 53 % ont changé leurs mots de passe. 44 % ont surveillé de plus près leur compte bancaire.
Ces chiffres montrent que l’alerte produit un effet. Mais ils révèlent aussi un angle mort : seuls 13 % des personnes concernées se sont tournées vers l’organisme responsable de la fuite pour savoir précisément ce qui avait été dérobé. Or, c’est de cette information que dépend la suite. Les mesures à prendre ne sont pas les mêmes selon que la fuite porte sur un mot de passe, un IBAN ou une pièce d’identité.
| Action entreprise | Part des personnes alertées |
|---|---|
| Vigilance renforcée (mails, SMS, appels) | 59 % |
| Changement de mots de passe | 53 % |
| Surveillance du compte bancaire | 44 % |
| Contact avec l’organisme concerné | 13 % |
Source : Baromètre Ipsos.Digital / Cybermalveillance.gouv.fr 2026
La confiance dans son propre niveau de connaissance recule
La part des Français qui s’estiment suffisamment informés sur les risques liés à Internet diminue depuis deux ans. Elle est passée de 63 % en 2024 à 58 % en 2025, puis à 55 % en 2026. À l’inverse, la proportion de ceux qui ne savent pas se situer est passée de 4 % à 19 % en deux ans. 25 % se jugent mal armés.
Ce recul ne s’explique pas par un manque d’accès à l’information. Pour se renseigner, les Français consultent d’abord Internet (46 %), puis les services publics officiels (40 %). Mais l’information ne suffit pas : il faut qu’elle arrive au bon moment, qu’elle soit comprise, qu’elle donne lieu à une action concrète. Or, la fracture générationnelle joue ici un rôle inattendu. Contrairement à l’idée reçue, ce ne sont pas les plus âgés qui se sentent le plus démunis, mais les plus jeunes, qui cumulent exposition et sentiment de vulnérabilité.
Un enjeu d’accompagnement, au-delà de la prévention
Le baromètre montre que la prévention classique (campagnes d’information, guides de bonnes pratiques) ne répond qu’en partie au problème. L’enjeu est désormais celui de l’accompagnement au moment de l’incident. Les Français ne savent pas toujours quoi faire quand ils sont touchés, ni vers qui se tourner. Et quand ils le savent, ils ne le font pas systématiquement, par manque de temps, par crainte de la complexité, ou parce qu’ils minimisent la portée de l’incident.
C’est là que se situe le levier pour les prochaines années : non plus seulement expliquer les risques, mais faciliter la réponse. Automatiser les alertes, simplifier les démarches, rendre visible l’accompagnement disponible. Le Cybermois, qui se déroule chaque année en octobre, s’inscrit dans cette logique : rendre la cybersécurité accessible, concrète, déclenchable au bon moment.
Cybersécurité en France : les données clés 2025-2026
- 45 % des Français ont reçu une alerte de fuite de données en 2025, contre 30 % un an plus tôt
- 60 % des victimes de messages frauduleux n'entreprennent aucune démarche
- Seuls 13 % des personnes alertées contactent l'organisme pour connaître la nature exacte de la fuite
- La confiance dans son propre niveau de connaissance cyber recule : 55 % en 2026 contre 63 % en 2024
- Les plus jeunes se sentent plus vulnérables que les plus âgés face aux cybermenaces
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