Les incidents de cybersécurité stagnent en volume, mais les exfiltrations de données ont bondi de 51 % en un an en France.
L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information a traité 1 366 incidents de sécurité en 2025, contre 1 361 l’année précédente. Un plateau trompeur : sur cinq ans, la hausse atteint 64 %, puisque l’ANSSI n’en recensait que 831 en 2022. La vraie rupture se situe ailleurs. Les cas d’exfiltration de données portés à la connaissance de l’agence sont passés de 130 en 2024 à 196 en 2025. Parmi eux, 80 ont été confirmés après investigation, soit une progression de 51 % sur cette catégorie d’attaques.
Ce bond alimente une course permanente entre attaquants et défenseurs. Plus d’une dizaine de nouvelles souches de rançongiciels (Nova, Warlock, Sinobi) ont émergé en 2025 selon le Panorama de la cybermenace de l’ANSSI. Les équipes R&D des acteurs de la sécurité informatique travaillent sur des menaces en mutation constante, pour lesquelles les approches classiques montrent leurs limites. L’acquisition de connaissances nouvelles, non documentées dans l’état de l’art, devient la règle. C’est précisément ce que finance le crédit d’impôt recherche : développer des réponses à des problèmes que personne n’a encore résolus.
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Sommaire
Un marché à 17 milliards de dollars d’ici 2031
La cybersécurité française pèse 9,1 milliards de dollars en 2025 selon Mordor Intelligence. Les projections tablent sur 17,09 milliards de dollars en 2031, soit un taux de croissance annuel de 11,3 %. C’est l’un des segments technologiques les plus dynamiques de l’économie nationale. Mais cette expansion se heurte à une pénurie structurelle de main-d’œuvre qualifiée.
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L’Observatoire des métiers de l’ANSSI chiffre à 49 % la hausse des offres d’emploi en cybersécurité entre 2019 et 2024. Plus de 23 000 postes ont été publiés entre juin 2023 et juin 2024. Environ 15 000 restent non pourvus, faute de candidats formés. Les salaires suivent la pression : le consultant en cybersécurité a enregistré la plus forte progression salariale du secteur IT en 2025, avec une hausse de 9,5 % pour un salaire médian de 49 000 euros, selon le baromètre Expectra 2025.
| Indicateur | 2025 | 2031 (projection) |
|---|---|---|
| Taille du marché | 9,1 Md$ | 17,09 Md$ |
| Croissance annuelle | 11,3 % | |
| Offres d’emploi (juin 2023-juin 2024) | 23 000 | |
| Postes non pourvus | ~ 15 000 | |
| Salaire médian consultant | 49 000 € | — |
Sources : Mordor Intelligence, Observatoire des métiers ANSSI, Expectra 2025
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Ces données ont un impact direct sur le calcul du crédit d’impôt recherche. Les salaires des ingénieurs R&D constituent le premier poste de l’assiette CIR. Les entreprises de cybersécurité qui emploient des profils techniques qualifiés, affectés à des projets complexes, disposent mécaniquement d’une base de calcul plus élevée que la moyenne. La tension salariale amplifie le montant récupérable.
PME et TPE : 48 % des victimes de rançongiciel en 2025
Les attaques par rançongiciel ciblent en priorité les structures les moins armées. En 2025, les PME, TPE et entreprises de taille intermédiaire représentent 48 % des victimes recensées par l’ANSSI. Le coût d’une attaque s’établit entre 50 000 et 300 000 euros de frais directs, hors paiement de la rançon. La durée moyenne d’indisponibilité atteint 23 jours selon les données Coveware du quatrième trimestre 2024.
Pourtant, une majorité des PME françaises consacrent moins de 1 000 euros par an à leur cybersécurité, selon une étude IFOP réalisée pour F-Secure. Cette sous-protection massive crée un besoin d’outils accessibles, efficaces, adaptés aux contraintes budgétaires des petites structures. Les solutions existantes ne couvrent pas encore ce segment : trop chères, trop complexes, ou conçues pour des infrastructures de grande taille. Développer ces outils relève de la R&D : il faut concevoir des architectures logicielles qui fonctionnent avec des ressources réduites, s’intègrent à des environnements hétérogènes, et restent maintenables par des équipes non-spécialistes.
Pourquoi le CIR finance l'innovation cyber
Pourquoi les dépenses R&D grimpent dans la filière
Les entreprises de cybersécurité n’innovent pas par choix stratégique. Elles innovent par obligation. Les attaquants renouvellent leurs techniques en permanence. Les équipes défensives doivent développer des réponses à des problèmes pour lesquels l’état de l’art est insuffisant, parfois obsolète avant d’être documenté. Cette dynamique place la R&D au cœur du modèle économique.
Le crédit d’impôt recherche finance précisément ce type de développement : des travaux qui visent à acquérir des connaissances nouvelles, non disponibles dans la littérature technique existante. Dans le cas de la cybersécurité, cela concerne l’analyse comportementale de nouvelles familles de malwares, la détection d’exfiltrations discrètes, la mise au point d’architectures résilientes face à des attaques distribuées, ou encore l’adaptation de solutions de protection à des environnements cloud hybrides.
La hausse des salaires amplifie mécaniquement l’assiette du CIR. Les ingénieurs en sécurité informatique, les chercheurs en cryptographie, les développeurs de solutions de détection : leurs rémunérations entrent dans le calcul du crédit d’impôt dès lors qu’ils travaillent sur des projets de R&D éligibles. Une progression salariale de 9,5 % sur un profil consultant se traduit par une assiette CIR plus large, sans modification du volume d’heures. L’effet de levier est direct.
Le CIR, levier de financement pour une filière sous tension
Le crédit d’impôt recherche permet aux entreprises de récupérer 30 % des dépenses R&D, jusqu’à 100 millions d’euros de dépenses annuelles (au-delà, le taux tombe à 5 %). Pour les PME et startups de cybersécurité, cela représente un levier de trésorerie non négligeable. Une entreprise qui engage 500 000 euros de salaires R&D peut récupérer 150 000 euros via le CIR. Sur un secteur où les délais de développement sont courts, où les menaces évoluent plus vite que les cycles produit, cette avance change la donne.
Les dépenses éligibles incluent les salaires et charges sociales des chercheurs et ingénieurs R&D, les dotations aux amortissements des équipements de recherche, les dépenses de veille technologique (dans la limite de 60 000 euros par an), et les frais de brevet. Les subventions publiques perçues pour les mêmes projets doivent être déduites de l’assiette. Le CIR s’impute sur l’impôt sur les sociétés ; s’il excède l’impôt dû, l’excédent est remboursé sous trois ans. Pour les PME au sens communautaire et les jeunes entreprises innovantes, le remboursement est immédiat.
La documentation des projets reste le point de vigilance. L’administration fiscale exige une description technique des travaux, la justification du caractère innovant, la liste des livrables, et la répartition du temps des personnels affectés. Les contrôles CIR se durcissent : l’Urssaf et la Direction générale des finances publiques croisent désormais les déclarations avec les fiches de poste, les plannings projet, et les livrables techniques. Une entreprise qui revendique du CIR sur un projet de cybersécurité doit pouvoir démontrer que les travaux engagés dépassent l’état de l’art, qu’ils visent à lever un verrou technique, et que les équipes affectées ont effectivement réalisé ces travaux.
Cybersécurité 2025 : exfiltrations, salaires, marché
- L'ANSSI a confirmé 80 exfiltrations de données en 2025, contre 53 l'année précédente.
- Le marché français de la cybersécurité croît de 11,3 % par an, vers 17 milliards de dollars en 2031.
- Le salaire médian d'un consultant cyber a progressé de 9,5 % en 2025, à 49 000 euros.
- Environ 15 000 postes restent vacants dans la filière, sur 23 000 offres publiées en un an.
- Les PME et TPE représentent 48 % des victimes de rançongiciel recensées par l'ANSSI.
- Le CIR rembourse 30 % des dépenses R&D jusqu'à 100 millions d'euros, immédiatement pour les PME et JEI.
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