Le conseil des ministres franco-allemand qui se tient jeudi soir et vendredi près de Cologne doit acter plusieurs initiatives de défense commune, dont des exercices de ravitaillement en vol impliquant des Rafale français et des Eurofighter allemands.
Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz se retrouvent à Brühl jeudi soir, avant les réunions de vendredi. L’objectif affiché par l’Élysée : afficher des projets concrets après l’enterrement du Système de combat aérien du futur (Scaf), fin mai, sur fond de rivalités industrielles entre Airbus et Dassault. Parmi les annonces attendues figure le ravitaillement dans l’espace aérien allemand de deux avions Rafale capables d’emporter des armes nucléaires. En parallèle, deux Eurofighter allemands seront ravitaillés par un avion français, a confirmé un porte-parole de la Luftwaffe au Handelsblatt.
L’initiative revêt une portée davantage symbolique qu’opérationnelle. Elle montre une interopérabilité technique déjà acquise, mais marque surtout la volonté de Paris et Berlin de ne pas laisser l’échec du Scaf geler leur coopération militaire. Le président français a dit lundi “profondément regretter” l’abandon du programme.
Un groupe de pilotage sur la dissuasion étendue
Les réunions de vendredi doivent formaliser un groupe de pilotage franco-allemand sur la dissuasion nucléaire avancée, concept qu’Emmanuel Macron a proposé d’élargir à huit pays européens. Ce groupe travaillera sur trois axes : l’alerte avancée (radars), les frappes dans la profondeur et la défense antimissiles. La France conserve la main sur la décision ultime d’engagement du feu nucléaire, seule puissance de l’UE dotée de l’arme atomique.
Selon Politico, la Bundeswehr devrait participer à cette architecture de dissuasion étendue sans toucher au verrou décisionnel français. La démarche tranche avec les divergences qui ont éclaté sur le bouclier antimissile European Sky Shield (ESSI), promu par Berlin et reposant sur des systèmes américains Patriot et israélo-américains Arrow-3. L’armée allemande a mis en service mercredi la première partie du bouclier Arrow, déployé pour la première fois hors d’Israël. Paris refuse d’y participer, estimant que ce dispositif renforce la dépendance européenne à Washington et écarte les capacités souveraines du continent.
Le char MGCS fragilisé, comme le Scaf avant lui
Le conseil des ministres franco-allemand se tient sur fond de réarmement européen. Paris et Berlin soutiennent l’Ukraine militairement et militent pour un renforcement de l’Otan face à la menace russe et au désengagement américain. Mais chaque programme commun ressemble à un chemin de croix. Après le Scaf, le projet de char du futur MGCS est présenté comme fragilisé depuis l’entrée de Rheinmetall et des désaccords sur la conception du véhicule.
La “déception” des responsables français, quand Berlin a acheté des F-35 américains puis lancé ESSI, “s’est muée en colère” avec l’abandon du Scaf, résume l’expert Jacob Ross dans un article paru fin juin. L’urgence pour les deux alliés est désormais d’afficher des avancées tangibles, même modestes, pour ne pas laisser l’échec du Scaf figer la relation bilatérale. Le ravitaillement croisé et le groupe de pilotage sur le nucléaire répondent à cette nécessité : montrer les convergences plutôt que les divergences.
Un conseil de défense en prélude
Le gros des annonces interviendra vendredi lors du conseil franco-allemand de défense et de sécurité (CFADS), qui se tiendra sur une base aérienne de la Luftwaffe. Convoqué une fois par an, cet organe de coopération doit fixer les priorités à court terme. Les deux pays restent alignés sur l’essentiel : soutien à Kiev, montée en puissance industrielle, réarmement. Mais les dissensions technologiques, doctrinales et industrielles continuent de freiner les programmes lourds. Le ravitaillement en vol et la dissuasion étendue constituent des dossiers moins clivants, sur lesquels avancer devient politiquement vital.