Le Maroc négocie l’achat de 24 Rafale auprès de la France, confirmant l’attractivité du chasseur Dassault Aviation sur le marché export de l’armement.
Les discussions entre Rabat et Paris portent sur l’acquisition de deux escadrons de Rafale, soit 24 appareils au total. Le montant estimé du contrat atteindrait 4,5 milliards d’euros, incluant les avions, l’armement, le soutien logistique et la formation des pilotes marocains. Une telle commande placerait le Maroc dans le cercle restreint des opérateurs du chasseur tricolore, aux côtés de l’Égypte, du Qatar, de l’Inde, de la Grèce, des Émirats arabes unis, de l’Indonésie et de la Serbie.
Cette négociation s’inscrit dans un contexte de tensions régionales persistantes entre Rabat et Alger. L’Algérie a multiplié les acquisitions militaires ces dernières années, notamment auprès de la Russie et de la Chine, renforçant ses capacités aériennes avec des Su-30, des Su-57 en commande et des systèmes antiaériens S-400. Le Maroc cherche à combler l’écart capacitaire creusé par ce réarmement massif de son voisin.
Une flotte aérienne marocaine à moderniser
L’armée de l’air marocaine opère aujourd’hui une flotte vieillissante de F-16 américains et de Mirage F1 français, dont certains appareils approchent de leur limite d’utilisation. Les F-16 Block 52+, livrés à partir de 2011, constituent l’épine dorsale de la force de chasse marocaine, mais leur nombre reste limité. Les 24 Rafale viendraient compléter cette flotte et apporter des capacités multi-rôles de nouvelle génération : frappe de précision, supériorité aérienne, reconnaissance stratégique.
Le Maroc pourrait commander 24 Rafale F4, selon plusieurs sources industrielles
Le choix du Rafale marque également une diversification des fournisseurs d’armement du Maroc, historiquement dominé par les États-Unis et la France. Contrairement à certains contrats américains soumis à des clauses d’utilisation strictes, le Rafale offre une plus grande autonomie opérationnelle. La France impose moins de restrictions sur l’emploi de ses matériels exportés, un argument de vente récurrent pour Dassault Aviation face à ses concurrents américains.
Dassault Aviation : carnet de commandes record
Pour Dassault Aviation, ce contrat potentiel s’ajoute à une série de succès commerciaux accumulés depuis 2015. Le Rafale a décroché 282 commandes à l’export, un résultat inédit pour un chasseur français. L’Inde reste le plus gros client avec 36 appareils livrés et 26 supplémentaires en négociation pour sa marine. L’Indonésie a commandé 42 Rafale, la Grèce 24, les Émirats arabes unis 80, et la Serbie 12 exemplaires dans une vente qui a marqué la première percée du Rafale en Europe de l’Est.
CAC 40 : 44 % du chiffre d’affaires alignés sur la taxonomie verte en 2025
| Pays | Quantité commandée | Statut |
|---|---|---|
| Émirats arabes unis | 80 | En livraison |
| Indonésie | 42 | Contrat signé |
| Inde | 36 + 26 en négociation | Livraisons en cours |
| Égypte | 54 | Livré |
| Grèce | 24 | Livraisons terminées |
| Qatar | 36 | Livré |
| Serbie | 12 | Contrat signé |
| Maroc | 24 (en négociation) | Non finalisé |
Source : données publiques consolidées
La cadence de production de Dassault Aviation à Mérignac atteint désormais trois appareils par mois. L’avionneur prévoit de la porter à quatre d’ici 2027 pour honorer les livraisons programmées. Le Rafale représente plus de 40 % du chiffre d’affaires de Dassault Aviation, qui emploie 12 000 personnes en France. Chaque appareil vendu génère également des retombées pour les sous-traitants français : Safran pour les moteurs M88, Thales pour le radar RBE2-AESA et les systèmes électroniques, MBDA pour l’armement air-air et air-sol.
Pourquoi le Maroc veut des Rafale
Un contexte stratégique tendu au Maghreb
Les relations entre le Maroc et l’Algérie se sont dégradées ces dernières années, notamment sur le dossier du Sahara occidental. Alger soutient le Front Polisario et a rompu ses relations diplomatiques avec Rabat en août 2021. Depuis, l’Algérie a fermé son espace aérien aux appareils marocains et multiplié les exercices militaires à proximité de la frontière commune.
L’Algérie consacre environ 9 % de son PIB à la défense, l’un des taux les plus élevés au monde. Ses acquisitions récentes incluent des chasseurs Su-30MKA, des Su-57 en commande, des systèmes de défense antiaérienne S-400 et des drones de combat Wing Loong chinois. La marine algérienne a également modernisé sa flotte avec des corvettes C28A et des sous-marins Kilo russes.
Le Maroc, de son côté, privilégie une stratégie de coopération militaire avec les États-Unis, Israël et la France. Rabat a normalisé ses relations avec Tel-Aviv en 2020, ouvrant la voie à des transferts de technologies de défense israéliennes, notamment dans les drones et les systèmes de surveillance. Les États-Unis fournissent au Maroc des missiles Patriot, des drones MQ-9 Reaper et des hélicoptères Apache. L’achat de Rafale s’inscrirait dans cette logique de montée en gamme technologique.
Financement et calendrier encore incertains
Le contrat de 4,5 milliards d’euros pose la question du financement pour le Maroc. Le budget militaire marocain s’élevait à 5,3 milliards de dollars en 2025, soit environ 4 % du PIB. Un achat de cette ampleur nécessiterait un étalement des paiements sur plusieurs années, probablement assorti de crédits export garantis par l’État français via Bpifrance ou la Coface.
Le calendrier de livraison n’a pas été communiqué officiellement. Si le contrat est signé en 2026, les premières livraisons interviendraient au plus tôt en 2029, compte tenu du carnet de commandes de Dassault Aviation et des délais de formation des pilotes. La France forme habituellement les équipages étrangers sur sa base de Mont-de-Marsan, où l’armée de l’air française dispose d’un centre d’excellence Rafale.
Paris n’a pas confirmé officiellement l’existence des négociations. Le ministère des Armées se contente de rappeler que “la France entretient des relations de défense étroites avec le Maroc” sans commenter les contrats en cours de discussion. Rabat reste également discret, conformément à sa pratique habituelle en matière d’acquisitions militaires.
| Caractéristique | Rafale F4 | F-16 Block 52+ |
|---|---|---|
| Rayon d’action | 1 850 km | 860 km |
| Charge utile | 9,5 tonnes | 7,7 tonnes |
| Radar | RBE2-AESA | APG-68(V)9 |
| Vitesse maximale | Mach 1,8 | Mach 2 |
| Armement air-air | Meteor, MICA NG | AIM-120C, AIM-9X |
Source : données constructeurs
Le Rafale offre un rayon d’action supérieur au F-16, un atout pour les missions de patrouille au-dessus du Sahara occidental et de l’Atlantique. Son radar AESA détecte davantage de cibles simultanément, permettant un avantage tactique en combat aérien. Le missile Meteor, intégré au Rafale, possède une portée supérieure à 150 km, surclassant les AIM-120C américains limités à 105 km.
L’acquisition marocaine pourrait également inclure des armements de précision : missiles de croisière SCALP, bombes guidées laser AASM, roquettes air-sol. MBDA propose systématiquement un package armement lors des ventes Rafale, générant des contrats additionnels de plusieurs centaines de millions d’euros. Le Maroc disposerait ainsi d’une capacité de frappe profonde, utile dans un scénario de conflit prolongé.
Rafale marocain : les données clés
- Le Maroc négocie l'achat de 24 Rafale auprès de la France pour 4,5 milliards d'euros
- L'Algérie consacre 9 % de son PIB à la défense, multipliant les acquisitions russes et chinoises
- Dassault Aviation a enregistré 282 commandes export du Rafale depuis 2015
- Les premières livraisons au Maroc interviendraient au plus tôt en 2029
- Le Rafale offre un rayon d'action de 1 850 km, plus du double du F-16 marocain
- La cadence de production Dassault atteint trois appareils par mois, portée à quatre en 2027