IndustrielEntreprisesLa Suisse reconsidère le F-35 : des élus appellent au Rafale après...

La Suisse reconsidère le F-35 : des élus appellent au Rafale après un contrat mal lu

-

Le contrat d’acquisition de 36 F-35 américains par la Suisse, signé en 2022, n’avait été vraiment lu que par « quelques personnes impliquées », révèle un rapport parlementaire publié mardi.

L’aveu figure dans un document rendu par le parlement helvète cette semaine. Le constat est cinglant : seule une poignée d’élus et de responsables avaient pris connaissance du détail du contrat signé en septembre 2022 avec les États-Unis pour l’achat de 36 chasseurs F-35. Le montant annoncé à l’époque par l’ancienne ministre de la Défense Viola Amherd était de 6,035 milliards de dollars, présenté comme fixe.

Sauf que ce n’était pas le cas. Le rapport confirme ce que plusieurs parlementaires et observateurs suspectaient depuis des mois : le coût réel glisse. La polémique enfle, et certains élus réclament désormais un retour en arrière.

En chiffres
36
F-35 commandés par la Suisse
Contrat signé en septembre 2022
6,035 Md$
Montant annoncé du contrat
Présenté comme fixe par Viola Amherd
Quelques-uns
Élus ayant réellement lu le contrat
Selon le rapport parlementaire

Le Rafale, favori éliminé au dernier moment

Retour en 2021. Le chasseur français de Dassault Aviation était donné favori dans la compétition pour remplacer les F/A-18 et F-5 Tiger de l’armée suisse. Le Rafale avait convaincu sur le plan opérationnel, et Paris avait multiplié les garanties industrielles. Puis, au dernier moment, Berne a choisi le F-35A de Lockheed Martin.

La décision avait surpris. Le F-35 coûtait plus cher à l’acquisition, et ses coûts d’exploitation restaient flous. Mais Washington avait pesé de tout son poids, et l’argument de l’interopérabilité avec l’OTAN (dont la Suisse n’est pas membre) avait emporté la mise.

Le contrat a été signé en septembre 2022. Viola Amherd, alors ministre de la Défense, a martelé pendant des mois que le montant de 6,035 milliards de dollars était garanti, fixe, non négociable. Une assurance répétée devant le parlement, devant la presse, devant les citoyens appelés à valider l’achat par référendum.

Un rapport parlementaire qui change tout

Le rapport publié cette semaine par une commission parlementaire brise cette version. Non seulement le montant n’était pas fixe, mais le document révèle que très peu d’élus avaient réellement pris connaissance du contrat avant sa signature. « Quelques-unes des personnes impliquées » seulement, précise le texte.

Concrètement, cela signifie que le parlement a validé un engagement de plusieurs milliards sans avoir vérifié les clauses. Les surcoûts potentiels, les frais cachés, les conditions de maintenance : tout était là, noir sur blanc, mais presque personne ne l’avait lu.

La révélation déclenche une tempête politique. Plusieurs élus dénoncent un scandale. Certains parlent de tromperie, d’autres d’incompétence. Et une partie croissante de la classe politique réclame maintenant une sortie de contrat.

Pourquoi le choix du F-35 divise la Suisse

Contrat non lu
Le rapport parlementaire révèle que seule une poignée d'élus avaient pris connaissance du contrat avant sa signature. Un aveu qui déclenche une polémique sur la gouvernance de l'acquisition.
Surcoûts confirmés
Le montant de 6,035 milliards de dollars présenté comme fixe ne l'était pas. Les coûts réels glissent, sans que le parlement ait été pleinement informé des clauses.
Capacités surdimensionnées
Le F-35 furtif de cinquième génération est conçu pour des opérations offensives. La Suisse n'a besoin que d'une police du ciel, mission que le Rafale pouvait assurer.
Fiabilité américaine
Le retour de Trump remet en cause la garantie politique que représentait l'achat américain. Plusieurs élus plaident pour un avion européen, plus cohérent avec la neutralité suisse.

« La Suisse n’a besoin que d’une police du ciel »

Au-delà du coût, c’est la pertinence même du F-35 qui est remise en cause. La Suisse ne mène pas de frappes au sol, ne projette pas de forces, ne participe à aucune coalition militaire. Son armée de l’air assure une mission de police du ciel : intercepter des avions civils égarés, surveiller l’espace aérien, garantir la souveraineté. C’est tout.

Or le F-35 est un chasseur furtif de cinquième génération, conçu pour des opérations de pénétration en territoire ennemi, des frappes de précision, de la guerre électronique avancée. Des capacités surdimensionnées pour un pays neutre de 41 000 km². Un F-35 traverse la Suisse d’ouest en est en quelques minutes à vitesse de croisière.

« On achète une Ferrari pour aller chercher le pain », résume un élu cité dans la presse helvète. Le Rafale, moins cher, plus polyvalent, aurait suffi. Et surtout, il aurait été accompagné d’un contrat industriel européen, avec des retombées économiques pour la Suisse.

Trump complique l’équation américaine

Autre argument qui monte : la fiabilité américaine. Avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, plusieurs parlementaires suisses s’interrogent sur la pérennité des engagements de Washington. Les menaces de Trump de couper l’aide à l’Ukraine, ses déclarations sur l’OTAN, ses revirements diplomatiques brutaux inquiètent.

Acheter américain, c’était aussi acheter une garantie politique. Mais cette garantie semble moins solide en 2026 qu’en 2022. Et certains élus estiment que se tourner vers un avion européen (français ou suédois) serait plus cohérent avec la neutralité suisse et la stabilité continentale.

La question d’une sortie de contrat se pose. Techniquement, c’est possible, mais coûteux : des pénalités sont prévues, et les premiers F-35 sont déjà en production. Mais politiquement, la pression monte. Plusieurs motions parlementaires circulent. Certaines réclament un audit complet, d’autres un nouveau vote.

Dassault Aviation, de son côté, observe. Officiellement, l’industriel français ne commente pas. Mais à Paris, on sait que la fenêtre est entrouverte. Si Berne décide de faire marche arrière, le Rafale est toujours disponible. La chaîne de production tourne, les carnets de commandes sont pleins, et le prix reste compétitif.

Reste à savoir si la Suisse ira jusqu’au bout de cette remise en cause. Viola Amherd n’est plus ministre, elle a quitté ses fonctions en début d’année. Son successeur devra gérer l’héritage. Et répondre à une question simple : comment un contrat de 6 milliards a-t-il pu être signé sans avoir été lu ?

Contrat F-35 suisse : les chiffres clés
Élément Valeur
Nombre d’appareils commandés 36 F-35A
Montant annoncé en 2022 6,035 milliards USD
Date de signature Septembre 2022

Source : Parlement suisse

F-35 suisse : ce que révèle le rapport parlementaire

  • Le parlement suisse reconnaît que seuls « quelques-uns » des élus ont lu le contrat F-35 avant sa signature en 2022
  • Le coût annoncé de 6,035 milliards de dollars n'était pas fixe, contrairement aux assurances de l'ancienne ministre Viola Amherd
  • Des élus réclament un retour au Rafale, éliminé au dernier moment en 2021
  • Le F-35 est jugé surdimensionné pour la mission de police du ciel de la Suisse
  • Le retour de Trump à la Maison Blanche relance le débat sur la fiabilité américaine
Rédactrice chez Industriel.net
Hélène Vasseur suit de près l'actualité de la défense, des industries de souveraineté et des grands programmes militaires. Elle décrypte les enjeux stratégiques, les innovations technologiques et les évolutions du secteur à travers des contenus documentés et accessibles. Pour enrichir ses recherches et structurer ses articles, elle s'appuie sur l'intelligence artificielle, tout en assurant une relecture, une vérification des informations et une validation éditoriale avant chaque publication.
Hélène

Articles

Stay Connected

0FansJ'aime
0SuiveursSuivre
0SuiveursSuivre
0AbonnésS'abonner

Articles