Un laboratoire taïwanais a ouvert ses portes pour la première fois à une équipe de télévision étrangère. Il conçoit les futures puces des géants Sony, Intel et TSMC, au cœur de l’économie mondiale.
Derrière une façade banale, l’Institut de recherche sur les technologies industrielles (ITRI) à Taïwan héberge 300 chercheurs et ingénieurs. Leur mission : dessiner les semi-conducteurs qui alimenteront les prochaines générations de voitures électriques, d’appareils mobiles et de serveurs d’intelligence artificielle. Avant d’y pénétrer, passage obligé par un sas de décontamination. Une douche d’air élimine toute particule susceptible de contaminer les salles blanches où se joue une partie de l’avenir technologique mondial.
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« Les caméras les plus avancées avec des capteurs à haute vitesse utiliseront cela comme semi-conducteur », précise Lee Ou-Hsiang, ingénieur au laboratoire. Les équipes travaillent sur des galettes de silicium gravées couche après couche, selon des circuits toujours plus denses. Après plus de deux ans de R&D, ces prototypes deviennent des puces de dernière génération financées par les géants du secteur et le gouvernement taïwanais.
De la paillasse au centre de données
Lee Ou-Hsiang détaille les débouchés : « Les pièces finales de ce travail pourront être intégrées dans toutes les applications électroniques avancées pour l’automobile, dans tout ce qui est robotique ou pour les modèles d’intelligence artificielle. » Une fois validées, ces puces passent en production industrielle chez les fabricants locaux PSMC, UMC, mais surtout TSMC.
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Taïwan contrôle 90 % des puces les plus avancées vendues dans le monde. Elles équipent les véhicules électriques, les téléphones portables, les ordinateurs et alimentent les serveurs nécessaires au développement de l’IA. Cette domination découle de décennies d’investissements coordonnés entre secteur privé, pouvoirs publics et centres de recherche. « Dans un rayon de deux heures en voiture, vous pouvez rencontrer sur cette petite île tous les acteurs des semi-conducteurs », souligne le Dr Wei-Chung Lo, directeur de l’ITRI. « Ils sont nombreux et avec tous les équipementiers ou tous les fournisseurs de matériaux, nous sommes amis, donc c’est très facile de s’aider l’un l’autre. »
Une dépendance qui interroge face à Pékin
Cette position centrale place Taïwan dans une situation stratégique complexe. La Chine revendique l’île comme faisant partie de son territoire et dépend elle aussi des semi-conducteurs taïwanais. Jeremy Chang, de l’Institut de recherches sur la démocratie et les technologies émergentes à Taïwan, nuance : « Évidemment que les Chinois se disent que s’ils veulent attaquer Taïwan, ils en subiront en partie les conséquences, parce que la Chine et Taïwan sont interdépendantes. Mais d’un autre côté, on sait que les régimes autoritaires ne prennent pas des décisions rationnelles. Vladimir Poutine n’a pas pris une décision rationnelle et a attaqué l’Ukraine. »
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Le statut de fournisseur incontournable offre donc une certaine protection, sans garantir l’immunité face à des choix politiques imprévisibles. L’interdépendance économique, pour réelle qu’elle soit, ne constitue pas un rempart absolu.
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