La France s’engage à construire six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2 d’ici 2038, répartis sur trois sites : Penly, Gravelines et Bugey.
Le calendrier est posé. La décision finale d’investissement interviendra avant la fin 2026, et les premiers travaux de génie civil démarrent en octobre à Gravelines. L’objectif : raccorder le premier réacteur au réseau en 2038. Le programme total est budgété à 72,8 milliards d’euros, valeur 2020. Pour le financer, l’État mobilise le Livret A via la Caisse des dépôts, qui couvrira 60 % du montant sous forme de prêt bonifié.
Ce déploiement s’inscrit dans la volonté de relancer le nucléaire français après une décennie de retrait. Les six EPR2, successeurs simplifiés de l’EPR de première génération, visent une puissance unitaire de 1 670 mégawatts, contre 900 pour les réacteurs les plus anciens du parc. EDF avait lancé leur développement dès 2015, pariant sur une conception moins complexe et un coût réduit par rapport au prototype de Flamanville.
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Sommaire
Trois sites pour porter la relance
Gravelines, dans le Nord, accueillera deux réacteurs. Le site, déjà le plus puissant d’Europe avec six unités de 900 mégawatts en service, devient l’un des trois piliers du programme. À Penly, en Seine-Maritime, deux autres réacteurs prendront place sur une plateforme où un premier projet, abandonné en 2011, avait déjà été étudié. Le troisième site retenu est celui de Bugey, dans l’Ain, qui complétera la carte avec deux unités supplémentaires[4].
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Ces trois implantations répondent à une logique industrielle et territoriale. Elles permettent de capitaliser sur des infrastructures existantes, un réseau de sous-traitance déjà dense et une acceptation locale relativement acquise. À Gravelines, la centrale emploie directement 2 600 personnes et génère environ 8 000 emplois indirects dans le bassin. La commune est passée de 8 000 habitants avant la construction de la centrale, dans les années 1970, à plus de 12 650 aujourd’hui.
Le Livret A en première ligne du financement
Le Conseil de politique nucléaire tenu le 12 mars 2026 à Penly, en présence d’Emmanuel Macron, a acté le schéma de financement. Le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts, alimenté par le Livret A et le Livret de développement durable, prêtera 60 % du budget global[5]. Ce prêt bonifié constitue une garantie d’État qui allège la charge de dette d’EDF et rassure les marchés sur la solidité du montage.
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L’électricien devra finaliser les discussions avec la Commission européenne avant la fin de l’année, condition indispensable pour valider la décision finale d’investissement. Bruxelles examine notamment la compatibilité du soutien public avec les règles de la concurrence et du marché intérieur de l’énergie. Un audit interne a confirmé que le programme tenait sa cible de coûts à 72,8 milliards d’euros, base 2020, et son calendrier de mise en service.
Pourquoi ce programme engage la France pour vingt-cinq ans
Octobre 2026 : début des travaux à Gravelines
Les travaux de génie civil commenceront en octobre 2026 sur le site de Gravelines[2]. Le chantier mobilisera, au pic d’activité, plusieurs milliers de salariés. EDF et ses partenaires industriels préparent depuis fin 2025 les besoins en main-d’œuvre, avec un effort marqué sur la formation et le recrutement local. La centrale de Gravelines organise des sessions de recrutement et noue des partenariats avec les centres de formation régionaux pour anticiper la montée en charge.
Le défi logistique est considérable. Chaque réacteur nécessite des milliers de tonnes de béton, d’acier et d’équipements spéciaux. Les délais de construction des EPR2 ont été pensés pour éviter les dérapages constatés sur Flamanville, où l’EPR de première génération a accusé plus d’une décennie de retard. La standardisation des composants, la simplification des circuits et l’amélioration des méthodes de chantier constituent les trois piliers de cette promesse de maîtrise.
Contexte politique et industriel
Le lancement du programme EPR2 avait été annoncé en février 2022 par Emmanuel Macron, dans le cadre du plan de relance du nucléaire français. Après des années de flottement stratégique, marquées par la fermeture de Fessenheim en 2020 et l’arrêt du projet d’Astrid, réacteur expérimental à neutrons rapides, l’État a tranché en faveur d’un retour massif à l’atome.
Ce virage s’appuie sur plusieurs arguments : la lutte contre le changement climatique, la sécurité d’approvisionnement énergétique, et la réindustrialisation du territoire. Le nucléaire, qui assure encore environ 70 % de la production électrique française, vieillit : une partie du parc atteindra la limite de durée de vie dans les années 2030. Les EPR2 doivent prendre le relais, en complément du grand carénage, programme de prolongation des réacteurs existants.
Un horizon lointain, des défis immédiats
Horizon 2050 : c’est la date que vise EDF pour connecter l’ensemble des six réacteurs. Entre-temps, le groupe devra tenir les coûts, les délais, et gérer la complexité d’un chantier qui mobilisera plusieurs milliers de personnes pendant plus de vingt ans. Le retour d’expérience de Flamanville servira de base, mais les incertitudes demeurent : évolution des normes de sûreté, tensions sur les matières premières, disponibilité des compétences.
Les industriels de la filière, de Framatome à Bouygues en passant par les PME spécialisées, préparent leur montée en charge. Les carnets de commandes se remplissent. Les territoires concernés espèrent un effet d’entraînement sur l’emploi et l’activité économique locale. Mais l’enjeu dépasse la seule question industrielle : c’est la crédibilité du modèle énergétique français qui se joue, à l’heure où plusieurs pays européens font le choix inverse et sortent du nucléaire.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Nombre de réacteurs | 6 |
| Sites d’implantation | Penly (2), Gravelines (2), Bugey (2) |
| Puissance unitaire | 1 670 MW |
| Budget total (valeur 2020) | 72,8 milliards € |
| Part financée par le Livret A | 60 % |
| Première mise en service prévue | 2038 |
| Début des travaux (Gravelines) | Octobre 2026 |
Source : La Nouvelle République
Le Conseil de politique nucléaire a également demandé à l’État et à EDF de finaliser les discussions avec Bruxelles dans un calendrier cohérent avec la décision finale d’investissement attendue avant fin 2026. L’engagement sur les coûts et le calendrier constitue la pierre angulaire du dispositif : tout dérapage mettrait en péril la crédibilité de l’ensemble.
Pour Emmanuel Macron, la bataille climatique ne se gagne pas sans le nucléaire. Ce positionnement, assumé depuis 2022, tranche avec les hésitations des mandats précédents. Il place la France en porte-à-drapeau du nucléaire civil en Europe, au moment où l’Allemagne achève sa sortie et où d’autres pays, comme la Pologne ou les Pays-Bas, envisagent au contraire de construire de nouvelles centrales.
Programme EPR2 : les jalons du chantier
- Décision finale d'investissement attendue avant fin 2026, première mise en service en 2038
- Trois sites retenus : Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord), Bugey (Ain), deux réacteurs chacun
- Budget total de 72,8 milliards d'euros (valeur 2020), financé à 60 % par le Livret A
- Puissance de 1 670 MW par réacteur, contre 900 MW pour les plus anciens du parc français
- Début des travaux de génie civil à Gravelines en octobre 2026
- Objectif d'EDF : connecter les six réacteurs d'ici 2050
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
- EDF autorisé à porter Flamanville 3 au-delà de 80 % de sa puissance - 13 juillet 2026
- L’EPR de Flamanville atteint 100 % de sa puissance, premier réacteur neuf en France depuis 25 ans - 12 juillet 2026
- L’EPR de Flamanville coûte 23,7 milliards d’euros et s’arrête 350 jours dès septembre 2026 - 11 juillet 2026