La Mission French Tech supprime Tremplin, son programme lancé en 2019 pour diversifier l’écosystème start-up. La cinquième promotion sera la dernière. Budget annuel : une dizaine de millions d’euros.
L’austérité budgétaire rattrape la start-up nation. La Mission French Tech met fin à Tremplin, son dispositif emblématique pour promouvoir l’égalité des chances dans l’entrepreneuriat numérique. La cinquième cohorte, annoncée discrètement à VivaTech en juin avec un nombre de bénéficiaires réduit, sera la dernière. Le programme coûtait environ dix millions d’euros par an. Un nouveau format, provisoirement baptisé Nova, doit prendre le relais avec un concept remanié.
Sommaire
Un écosystème français à 90 % masculin en 2019
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Mounir Mahjoubi, alors secrétaire d’État au Numérique, avait lancé Tremplin en 2019 pour corriger les biais structurels de la tech française. « Le visage de la French Tech ne ressemble pas à celui de la France. Les entrepreneurs du numérique sont majoritairement des hommes qui vivent en centre-ville, issus de familles CSP+. Pourtant, ce ne sont pas les seuls à avoir des idées », déclarait-il à l’époque. Les chiffres du ministère de l’Économie lui donnaient raison : 90 % des créateurs de start-up étaient des hommes, 71 % sortaient de grandes écoles d’ingénieurs ou de commerce, 83 % détenaient un bac + 5, pour une moyenne d’âge de 40 ans. Femmes, profils issus de la diversité sociale et culturelle, habitants des zones rurales : tous restaient largement absents.
| Critère | Part |
|---|---|
| Hommes | 90 % |
| Diplômés grandes écoles ingénieurs / commerce | 71 % |
| Niveau bac + 5 | 83 % |
| Âge moyen | 40 ans |
Source : ministère de l’Économie, 2019
Incubation, accompagnement et aide financière jusqu’à 30 000 euros
Concrètement, Tremplin ciblait les entrepreneurs atypiques. Après un appel à candidatures et une sélection pilotée par Bpifrance, jusqu’à 500 personnes par promotion pouvaient bénéficier d’une année d’incubation dans un incubateur partenaire, d’un accompagnement pour s’acculturer aux codes de l’entrepreneuriat (mené par les Capitales French Tech ou par des associations) et d’une aide financière plafonnée à 30 000 euros. L’objectif : ouvrir les portes d’un écosystème fermé sur lui-même et donner les moyens à des profils sous-représentés de transformer une idée en projet viable.
Le programme aura traversé cinq promotions. Sa disparition intervient dans un contexte budgétaire contraint, mais aussi alors que Julie Huguet, nommée à la tête de la Mission French Tech en 2026 pour un mandat de trois ans, engage une refonte stratégique des dispositifs d’accompagnement[1]. Inconnue du grand public, cette entrepreneuse savoyarde porte désormais les orientations de la mission, dont la réévaluation de Tremplin au profit de Nova.
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Pourquoi la fin de Tremplin interroge la French Tech
Nova, un concept encore flou pour remplacer Tremplin
Le nouveau programme Nova reste pour l’heure à l’état d’esquisse. Son périmètre exact, son budget, son calendrier de lancement ne sont pas encore publics. La Mission French Tech indique seulement qu’il s’agira d’un dispositif « remanié », sans préciser si les objectifs de diversité et d’égalité des chances resteront au cœur du projet. Ce flou laisse planer des interrogations : Nova conservera-t-il l’ambition de Tremplin, ou marquera-t-il un recentrage stratégique vers d’autres priorités ? L’annonce en catimini de la cinquième promotion, réduite en nombre, laisse déjà entrevoir un désengagement progressif.
Pour les acteurs de terrain (incubateurs, associations, collectivités) qui s’étaient mobilisés autour de Tremplin, la fin du programme soulève des questions opérationnelles immédiates. Les derniers lauréats bénéficieront-ils d’un suivi complet jusqu’au terme de leur parcours ? Les structures partenaires pourront-elles s’adosser à Nova, ou devront-elles trouver d’autres sources de financement pour continuer à accompagner des profils éloignés de l’entrepreneuriat traditionnel ?
Une suppression qui interroge l’engagement de la French Tech sur la diversité
Au-delà des aspects budgétaires, la disparition de Tremplin renvoie à une question de fond : la French Tech abandonne-t-elle la bataille de la diversité, ou mise-t-elle sur un autre levier ? Depuis 2019, l’écosystème start-up français a évolué. Les fonds d’investissement, les grandes entreprises et certains incubateurs ont multiplié les initiatives pour féminiser leurs équipes et ouvrir leurs portes à des profils variés. Mais les chiffres structurels restent largement déséquilibrés. Les femmes fondatrices demeurent minoritaires, les créateurs issus de milieux modestes ou de zones rurales peinent toujours à accéder aux réseaux et aux financements.
Tremplin incarnait une volonté politique : celle de l’État comme facilitateur, capable de corriger les asymétries d’accès au capital et aux réseaux. Sa suppression, quelles qu’en soient les raisons budgétaires, envoie un signal. Celui d’une French Tech qui recentre ses moyens, peut-être sur la compétitivité, la deeptech ou l’international, au risque de reléguer l’inclusion au second plan. Nova dira si ce diagnostic est juste ou si la mission souhaite simplement changer de méthode.
Tremplin French Tech : les chiffres du programme supprimé
- Tremplin, programme phare de la Mission French Tech pour l'égalité des chances, est supprimé après cinq promotions
- Coût annuel : environ 10 millions d'euros, dans un contexte d'austérité budgétaire nationale
- Un nouveau dispositif, Nova, doit prendre le relais avec un concept encore flou
- En 2019, 90 % des créateurs de start-up étaient des hommes, 71 % issus de grandes écoles
- Tremplin offrait incubation, accompagnement et jusqu'à 30 000 € d'aide financière par lauréat
- Julie Huguet, nommée en 2026 à la tête de la Mission French Tech, pilote cette refonte stratégique
Sources
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