Geely demande à Renault d’approfondir leur alliance thermique. Le constructeur chinois vise une part élargie dans Horse Powertrain, leur coentreprise de motorisations.
Le groupe automobile chinois Geely a formulé une demande claire auprès de Renault : élargir leur coopération stratégique lancée il y a deux ans. Selon des sources internes au dossier, Geely souhaiterait porter sa participation dans Horse Powertrain (la coentreprise de motorisations thermiques et hybrides créée en 2024) à hauteur d’un tiers du capital, contre une détention paritaire aujourd’hui.
Cette requête intervient dans un contexte de recomposition des alliances industrielles en Europe. Renault avait annoncé en 2024 la création de Horse avec Geely, structure rassemblant leurs activités de développement et de production de moteurs essence, diesel et hybrides. Les deux groupes y détiennent chacun 50 % du capital. Horse emploie 19 000 salariés, opère 17 usines et fabrique 5 millions de moteurs par an.
Geely veut un siège renforcé dans la gouvernance
L’objectif affiché par Geely serait double : accroître son influence dans les décisions stratégiques de Horse et sécuriser davantage ses approvisionnements en motorisations pour ses marques européennes. Le groupe chinois contrôle Volvo, Polestar, Lynk & Co et détient 9,7 % du capital de Daimler. Il fabrique aussi Smart en partenariat avec Mercedes.
Une montée au tiers du capital modifierait les équilibres de gouvernance. Geely disposerait alors d’un droit de veto sur certaines décisions clés, notamment les investissements lourds, les fermetures de sites ou les cessions d’actifs. Renault conserverait la majorité, mais avec une marge de manœuvre réduite.
Les négociations en cours portent également sur les volumes de commandes. Geely souhaiterait sécuriser des approvisionnements garantis pour ses usines européennes, qui montent des Volvo EX30 et EX90 électriques mais aussi des modèles hybrides rechargeables en forte demande. Le thermique représente encore 60 % des ventes de Volvo en Europe en 2026.
Renault face à un dilemme industriel
Côté Renault, la direction évalue les contreparties. Accorder une part élargie à Geely dans Horse reviendrait à diluer son contrôle sur une activité stratégique. Mais refuser pourrait fragiliser un partenariat précieux : Geely apporte des débouchés supplémentaires et partage les coûts de R&D dans un segment en déclin programmé.
Les motorisations thermiques restent rentables à court terme, mais leur avenir se raccourcit. L’Union européenne maintient l’interdiction de vente des véhicules thermiques neufs en 2035. Les investissements dans cette filière doivent donc être amortis rapidement. Partager les charges avec Geely permet de réduire les coûts unitaires et de prolonger la rentabilité des plateformes existantes.
Renault a déjà cédé sa participation dans Nissan et s’est désengagé partiellement d’Avtovaz en Russie. Le groupe cherche à simplifier son actionnariat et à dégager des liquidités pour financer sa transformation électrique. Une vente partielle de Horse à Geely pourrait s’inscrire dans cette logique, à condition d’obtenir des garanties sur les volumes et les emplois.
Horse exploite trois sites en France : Cléon (Seine-Maritime), Douvrin (Pas-de-Calais) et Villeurbanne (Rhône). Ces usines produisent des moteurs essence trois et quatre cylindres ainsi que des blocs pour hybrides. Une montée de Geely au capital ne menacerait pas directement ces sites, mais toute restructuration future passerait par l’accord du partenaire chinois.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Effectifs | 19 000 salariés |
| Sites de production | 17 usines |
| Capacité annuelle | 5 millions de moteurs |
| Actionnariat actuel | 50 % Renault, 50 % Geely |
| Participation visée par Geely | 33 % |
Source : données entreprises
Pourquoi Geely veut renforcer son poids chez Renault
Une recomposition des alliances en marche
Cette demande de Geely s’inscrit dans une séquence plus large de rapprochements sino-européens. BYD s’implante en Hongrie, Dongfeng produit chez Stellantis à Rennes, Chery négocie avec des équipementiers espagnols. Les constructeurs chinois cherchent à s’ancrer localement pour contourner les droits de douane et maîtriser leurs chaînes de valeur.
Geely poursuit une stratégie différente : plutôt que de construire ses propres usines, le groupe préfère prendre des participations dans des structures existantes. Il a procédé ainsi avec Volvo, racheté en 2010, et avec Proton en Malaisie. Cette approche limite les risques capitalistiques et accélère l’intégration industrielle.
Pour Renault, le choix se pose en termes de souveraineté industrielle autant que de rentabilité. Laisser Geely monter au tiers du capital de Horse revient à admettre qu’un acteur chinois co-pilote une part significative de la production de motorisations en France. Mais conserver un contrôle total pourrait priver le groupe de volumes additionnels et de synergies de coûts, dans un marché thermique déclinant.
Les discussions se poursuivent. Aucune décision n’a été actée à ce stade. Renault doit arbitrer entre contrôle stratégique et pragmatisme économique, dans un secteur automobile européen de plus en plus dépendant des partenariats avec des acteurs asiatiques.
Alliance Renault-Geely : les chiffres de Horse Powertrain
- Geely demande à Renault de porter sa participation dans Horse Powertrain à 33 % du capital
- Horse emploie 19 000 personnes et produit 5 millions de moteurs par an sur 17 sites
- Trois usines Horse sont situées en France : Cléon, Douvrin et Villeurbanne
- Geely contrôle Volvo, Polestar, Lynk & Co et détient 9,7 % de Daimler
- Le thermique représente encore 60 % des ventes Volvo en Europe en 2026
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