Airbus Defence & Space inaugure à Ramonville-Saint-Agne SimOne, une cuve de 12 mètres capable de tester des satellites jusqu’à 6,5 tonnes dans des conditions spatiales extrêmes.
Le site Astrolabe, à Ramonville-Saint-Agne, vient d’accueillir un équipement hors normes. SimOne, la nouvelle chambre à vide d’Airbus Defence & Space, mesure douze mètres de long et dix de diamètre. Une cuve en acier inoxydable de 2,4 centimètres d’épaisseur, livrée en kit et assemblée sur place compte tenu de ses dimensions. Semi-enterrée, elle se trouve à l’intérieur d’un bâtiment construit autour d’elle, qui communique directement avec la salle blanche où sont fabriqués les satellites.
L’installation remplace SimLes, une chambre vieille de près de cinquante ans qui prend sa retraite. SimMer, l’autre grande cuve du site, fonctionne depuis trente ans et atteint neuf mètres de long. Ces équipements existent depuis les années 1970 : Airbus les utilise pour vérifier le bon fonctionnement des satellites avant leur lancement. SimOne dépasse tous ses prédécesseurs en capacité d’accueil. Elle peut tester des engins spatiaux de 6,5 tonnes, du jamais-vu.
Un rail pour passer de la salle blanche à la cuve
Le principe de transfert reste simple. Chaque satellite repose sur un chariot multifonctionnel pendant les opérations d’assemblage. Un système de rails le déplace de la salle blanche vers la cuve. Une fois installé, l’engin spatial se connecte par des branchements à la salle de contrôle adjacente. Les équipes échangent avec lui en temps réel, analysent ses réactions aux sollicitations.
« L’idée, c’est de vérifier que toutes les fonctionnalités demandées par le client, les équipements qu’on a installés réagissent bien aux conditions spatiales et aux commandes qu’on lui envoie, de façon à pouvoir avoir la certitude que lorsqu’il sera tout là-haut, il fonctionne parfaitement », précise Ronan Oudot, responsable des opérations assemblage et tests chez Airbus Defence & Space[1].
De 0,00001 millibar à 155 °C
SimOne reproduit les contraintes de l’espace grâce à un dispositif spécifique. Le caisson étanche descend la pression en dessous de 0,00001 millibar pour recréer le vide spatial. En orbite, l’absence de convection thermique impose des températures extrêmes : la cuve les simule grâce à des écrans radiatifs noirs dans lesquels circule de l’azote gazeux.
Denis Gasnier, responsable du projet SimOne chez Airbus Defence & Space, détaille : « On va pouvoir maintenir froid, à moins 173 °C, ou maintenir chaud, à plus 155 °C. On réussit ainsi à générer des conditions qui vont même pouvoir être un peu plus contraignantes qu’en orbite »[1]. Cette marge de sécurité garantit que les satellites supporteront sans défaillance les variations thermiques de l’espace.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Longueur de la cuve | 12 mètres |
| Diamètre | 10 mètres |
| Épaisseur paroi acier | 2,4 cm |
| Masse satellite max | 6,5 tonnes |
| Pression minimale | 0,00001 millibar |
| Température minimale | -173 °C |
| Température maximale | +155 °C |
Source : La Dépêche
Pourquoi cette cuve change la donne pour Airbus
Six à huit semaines de tests par satellite
Les essais portent généralement sur les cinq premiers satellites d’un nouveau programme. Chaque campagne dure entre six et huit semaines. Les satellites de télécommunication, d’observation, de navigation et scientifiques passent par cette étape avant leur mise en orbite. SimOne sera opérationnelle au printemps 2027 et devrait accueillir des satellites du programme Galileo pour commencer.
L’investissement s’inscrit dans le renforcement des moyens d’essais spatiaux d’Airbus à Toulouse. La division Défense & Espace du groupe concentre sur son site Astrolabe une capacité industrielle rare en Europe. La taille XXL de SimOne répond à l’évolution des satellites : les nouvelles générations gagnent en masse et en complexité, notamment pour les constellations de navigation par satellite et les missions d’observation haute résolution.
Un équipement assemblé sur place
La cuve a nécessité trois ans de travaux. Son assemblage in situ s’imposait : impossible de la transporter d’un bloc. Les équipes d’Airbus ont d’abord installé la structure semi-enterrée, puis construit le bâtiment autour. Cette méthode garantit la stabilité de l’ensemble et facilite les opérations de maintenance future. Le site Astrolabe dispose désormais de trois chambres à vide opérationnelles, dont deux de dimensions exceptionnelles.
La montée en puissance des capacités de test répond à la demande croissante en satellites de nouvelle génération. Les programmes européens comme Galileo, les missions scientifiques de l’Agence spatiale européenne et les satellites commerciaux d’Airbus bénéficient de cette infrastructure. La certification avant lancement devient d’autant plus cruciale que les satellites coûtent plusieurs dizaines de millions d’euros : une défaillance en orbite se paie cash.
Ramonville au cœur de l’écosystème spatial toulousain
Le site Astrolabe s’impose comme un maillon central de la filière spatiale française. À quelques kilomètres, le Centre national d’études spatiales coordonne les programmes nationaux. Thales Alenia Space, ArianeGroup et une centaine de PME spécialisées complètent l’écosystème. Toulouse concentre 15 000 emplois directs dans le spatial, un poids unique en Europe.
SimOne renforce cette position. Les satellites testés à Ramonville partent ensuite vers les bases de lancement de Kourou ou de Cap Canaveral. La France conserve ainsi la maîtrise complète de la chaîne de valeur spatiale, de la conception à la mise en orbite. L’outil industriel toulousain reste un atout stratégique face à la concurrence américaine et chinoise, qui investissent massivement dans les infrastructures de test.
SimOne : les chiffres de la nouvelle cuve Airbus
- SimOne remplace SimLes, une chambre à vide âgée de près de 50 ans encore en service à Ramonville-Saint-Agne
- La cuve a été livrée en kit et assemblée sur place, puis le bâtiment a été construit autour d'elle
- SimOne sera opérationnelle au printemps 2027 et accueillera les satellites du programme Galileo
- Les essais durent entre 6 et 8 semaines et concernent généralement les 5 premiers satellites d'un programme
- Le site Astrolabe dispose depuis les années 1970 de chambres à vide pour qualifier les satellites avant lancement
Sources
1 source · 2 faits sourcés
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