Airbus a retenu le français Scaleway pour héberger son infrastructure cloud critique, actant un virage souverain majeur dans sa stratégie numérique.
L’annonce marque un tournant pour l’avionneur européen. Airbus a désigné Scaleway, filiale du groupe Iliad, pour héberger l’ensemble de ses données sensibles et applications stratégiques en France. Le contrat porte sur plusieurs années et concerne les systèmes de conception industrielle, les plateformes de collaboration interne et les données clients classifiées. Une partie des charges de travail aujourd’hui opérées sur Amazon Web Services sera progressivement rapatriée sur les datacenters français de Scaleway d’ici fin 2027.
Ce choix intervient dans un contexte de durcissement des exigences réglementaires européennes. Le règlement DORA (Digital Operational Resilience Act), entré en application en janvier 2025, impose aux entreprises stratégiques une maîtrise accrue de leurs prestataires numériques. Airbus, soumis à la directive NIS 2 et aux obligations de sécurité nationale, devait réduire sa dépendance aux fournisseurs américains pour garantir la conformité de ses infrastructures.
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Une rupture avec Amazon Web Services sur le périmètre sensible
Airbus opère depuis 2019 une partie de ses charges de travail sur AWS. La relation couvre des applications non critiques : gestion RH, logistique, certaines plateformes d’analyse. Mais le volet industriel (conception des avions, ingénierie, données de certification) restait majoritairement hébergé sur des infrastructures internes ou chez des partenaires européens. Le nouveau contrat avec Scaleway formalise cette séparation : AWS conserve les services périphériques, Scaleway récupère le cœur de métier.
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L’avionneur a testé les infrastructures de Scaleway pendant dix-huit mois, sur un périmètre pilote couvrant 8 000 utilisateurs. Les performances ont convaincu la direction des systèmes d’information : latence inférieure à 15 millisecondes entre les sites de Toulouse et les datacenters franciliens, taux de disponibilité supérieur à 99,95 %, certification SecNumCloud de l’ANSSI. Scaleway a aussi ouvert un datacenter dédié à Toulouse en mars 2026, opéré sous protocole de sécurité renforcé.
| Phase | Périmètre | Date cible |
|---|---|---|
| Phase 1 | Conception et ingénierie (CAO, PLM) | T4 2026 |
| Phase 2 | Applications de collaboration interne | T2 2027 |
| Phase 3 | Données clients et certification | T4 2027 |
Source : Airbus, communiqué interne juin 2026
Scaleway face à OVHcloud et Google Cloud dans la bataille de la souveraineté
Airbus avait consulté trois candidats français : Scaleway, OVHcloud et Google Cloud Platform via son offre souveraine S3NS. OVHcloud a longtemps occupé une position d’hébergeur privilégié pour les administrations françaises, mais Scaleway a su valoriser son intégration verticale (datacenters, réseau backbone, stack logicielle) et son tarif jugé plus compétitif de 18 % sur le périmètre Airbus. Google Cloud, malgré sa certification SecNumCloud, a été écarté pour des raisons de dépendance stratégique : Airbus souhaitait un acteur entièrement européen, sans filiale américaine dans la chaîne capitalistique.
Le contrat Scaleway s’élèverait, selon des sources proches du dossier, entre 40 et 60 millions d’euros annuels sur cinq ans. Il comprend l’hébergement, la gestion du réseau privé virtuel entre sites Airbus, le support 24/7 et des services d’intégration applicative. Scaleway a embauché quinze ingénieurs dédiés au compte Airbus, basés à Toulouse et Paris.
Pourquoi Airbus bascule sur un cloud français
La souveraineté numérique, nouveau levier de compétitivité industrielle
Le virage d’Airbus s’inscrit dans une dynamique plus large. Thales a annoncé en février 2026 la relocalisation de 70 % de ses infrastructures cloud sur des prestataires européens d’ici 2028. Safran a signé en avril un partenariat avec OVHcloud pour héberger ses plateformes d’analyse de données moteur. Naval Group opère depuis 2024 un cloud privé certifié Secret Défense en partenariat avec Atos. La filière aérospatiale française bascule progressivement vers des architectures souveraines, poussée par les contraintes réglementaires mais aussi par la volonté de maîtriser la chaîne de valeur numérique.
Cette tendance ne fait pas l’unanimité. Certains industriels, notamment dans l’équipement automobile, jugent les solutions européennes encore trop chères et moins riches en services que les hyperscalers américains. AWS propose 250 services intégrés, Azure en offre plus de 200, là où Scaleway et OVHcloud plafonnent à une soixantaine. Le différentiel tarifaire se réduit dès qu’on ajoute les coûts de développement interne pour combler les services manquants.
Un marché européen du cloud à 18 milliards d’euros en 2026
Le marché européen du cloud souverain pèse 18 milliards d’euros en 2026, en hausse de 23 % sur un an, selon le cabinet PAC. La France représente 28 % de ce marché, devant l’Allemagne (26 %) et le Royaume-Uni (22 %). Les acteurs français captent 41 % des dépenses hexagonales, contre 34 % en 2024. Le projet Gaia-X, lancé en 2020 pour fédérer les clouds européens, peine à s’imposer comme standard technique, mais a accéléré la structuration de l’offre locale.
| Acteur | Part de marché | Évolution 2024-2026 |
|---|---|---|
| AWS | 32 % | -4 points |
| Microsoft Azure | 27 % | -2 points |
| OVHcloud | 19 % | +3 points |
| Scaleway | 11 % | +5 points |
| Google Cloud | 7 % | -1 point |
| Autres | 4 % | -1 point |
Source : PAC, baromètre du cloud souverain France 2026
Scaleway, qui comptait 25 000 clients entreprises fin 2025, en revendique 32 000 mi-2026. L’entreprise a levé 150 millions d’euros en janvier auprès d’Iliad et de la Banque des Territoires pour financer l’ouverture de quatre nouveaux datacenters en France et en Allemagne. Son chiffre d’affaires 2025 s’établit à 340 millions d’euros, en progression de 31 % sur un an. Le contrat Airbus pourrait ajouter 200 à 300 millions d’euros de revenus cumulés sur cinq ans, soit une hausse de 12 à 18 % du chiffre annuel moyen.
Les limites techniques du tout-souverain
Le basculement d’Airbus ne couvre pas l’intégralité de ses besoins cloud. L’avionneur conserve AWS pour ses plateformes d’analyse de données de vol (environ 40 téraoctets par jour), qui nécessitent des capacités de calcul massif que Scaleway ne propose pas encore à cette échelle. Les applications mobiles grand public, comme l’application Airbus World pour les passagers, restent hébergées sur Azure. La partie open data de l’avionneur (statistiques publiques, données de recherche) demeure sur Google Cloud Storage.
Cette fragmentation soulève des questions d’interopérabilité. Airbus doit maintenir des passerelles entre ses trois environnements cloud, ce qui complexifie la gouvernance et multiplie les risques de fuite de données. La direction informatique d’Airbus a déployé une plateforme de gestion multi-cloud développée avec le français Margo, elle-même hébergée chez Scaleway, pour orchestrer les flux entre environnements. Coût estimé : 8 millions d’euros sur trois ans.
Les syndicats d’Airbus ont salué le choix de Scaleway, y voyant une garantie pour les emplois IT en France. Le groupe a annoncé la création de 120 postes en ingénierie cloud à Toulouse d’ici fin 2027, pour accompagner la migration. Mais certains experts soulignent que la relocalisation des données ne garantit pas l’indépendance technologique : les logiciels de virtualisation utilisés par Scaleway (VMware, Kubernetes) restent largement américains. La souveraineté réelle supposerait de maîtriser l’ensemble de la stack, du matériel au code applicatif. Une ambition que la France n’a pas encore concrétisée à l’échelle industrielle.
Airbus et Scaleway : les étapes du virage souverain
- Airbus migre ses données critiques vers Scaleway d'ici fin 2027, quittant partiellement AWS
- Le contrat représente 40 à 60 millions d'euros par an sur cinq ans pour Scaleway
- Scaleway a ouvert un datacenter dédié à Toulouse en mars 2026, certifié SecNumCloud
- Le marché français du cloud souverain pèse 18 milliards d'euros en 2026, en hausse de 23 %
- Airbus conserve AWS pour l'analyse de données de vol et Azure pour ses applications mobiles
- 120 postes en ingénierie cloud seront créés à Toulouse d'ici fin 2027