Calogena franchit deux étapes majeures : une première levée de fonds approchant les 50 millions d’euros et le renouvellement du soutien de France 2030 pour sa chaudière nucléaire dédiée au chauffage urbain.
La start-up française Calogena annonce une double bonne nouvelle ce 20 août 2026. Elle boucle sa première levée de fonds, proche de 50 millions d’euros, et obtient un nouveau financement du programme France 2030. Ces deux mouvements accélèrent le développement de sa chaudière nucléaire Flashcore, conçue pour alimenter en chaleur les réseaux urbains.
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Fondée en 2021, Calogena développe un réacteur nucléaire de petite taille (un Small Modular Reactor (SMR)) spécialisé dans la production de chaleur. Contrairement aux réacteurs classiques qui génèrent de l’électricité, le Flashcore vise à fournir directement de la vapeur ou de l’eau chaude aux industries lourdes et aux réseaux de chauffage collectif. L’entreprise mise sur un marché jusqu’ici peu adressé par la filière nucléaire française : décarboner les usages thermiques.
Un tour de table mené par des industriels et des fonds spécialisés
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La levée de fonds réunit plusieurs catégories d’investisseurs. Parmi eux figurent des fonds spécialisés dans la transition énergétique, des acteurs industriels et des family offices français. Le montant final n’est pas encore officialisé, mais Calogena évoque un ticket proche de 50 millions d’euros. Ce tour constitue le premier appel massif au capital privé pour la jeune société, qui jusque-là avait surtout bénéficié de subventions publiques.
L’argent servira à financer les études de conception détaillée du réacteur, à préparer les essais de qualification des matériaux et à constituer une équipe d’ingénieurs nucléaires. Calogena emploie aujourd’hui une cinquantaine de personnes, contre une vingtaine début 2025. La société table sur un effectif d’une centaine de collaborateurs d’ici fin 2027.
France 2030 reconduit son soutien aux SMR de chaleur
En parallèle, Calogena obtient un nouveau financement du programme France 2030, géré par l’Agence de l’innovation de défense (AID) et Bpifrance. Le montant exact n’est pas communiqué, mais ce coup de pouce public s’inscrit dans le volet « Réacteurs nucléaires innovants » du plan, qui mobilise au total 1 milliard d’euros. Calogena avait déjà bénéficié d’une première enveloppe en 2024, à hauteur de plusieurs millions d’euros.
Ce renouvellement valide la trajectoire technique de l’entreprise aux yeux des services de l’État. Il intervient après une phase d’études de faisabilité et de modélisation du cœur du réacteur, menées en collaboration avec le CEA. La prochaine étape prévoit la réalisation d’une maquette à échelle réduite pour tester le comportement thermique du système.
Les enjeux du pari nucléaire thermique français
Flashcore : un réacteur de 40 MW thermiques destiné aux réseaux urbains
Le Flashcore affiche une puissance de 40 MW thermiques. Il ne produit pas d’électricité : toute l’énergie du cœur est convertie en chaleur, transmise à un fluide caloporteur, puis livrée sous forme de vapeur ou d’eau chaude. Calogena vise d’abord les réseaux de chaleur urbains, qui alimentent aujourd’hui des millions de logements en France, souvent à partir de gaz ou de biomasse.
L’entreprise estime qu’un Flashcore peut chauffer l’équivalent de 50 000 à 70 000 logements, selon la configuration du réseau et les besoins de température. Le réacteur est conçu pour fonctionner en continu, avec un rechargement du combustible tous les trois à cinq ans. Calogena mise sur une durée de vie de quarante ans minimum pour chaque installation.
Le cœur utilise un combustible solide à base d’uranium faiblement enrichi, dans une configuration dite à caloporteur liquide. La société affirme viser des normes de sûreté équivalentes à celles des réacteurs de puissance, avec des systèmes passifs de refroidissement en cas d’incident. Le Flashcore est conçu pour être installé en milieu urbain ou périurbain, à proximité immédiate des zones de consommation.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Puissance thermique | 40 MW |
| Usage cible | Chaleur pour réseaux urbains et industrie |
| Capacité de chauffage | 50 000 à 70 000 logements équivalents |
| Rechargement combustible | Tous les 3 à 5 ans |
| Durée de vie visée | 40 ans minimum |
| Type de combustible | Uranium faiblement enrichi, solide |
Source : Calogena
Un marché encore absent en France, mais observé ailleurs en Europe
Le chauffage urbain représente environ 6 % de la consommation finale d’énergie en France, d’après les données du Syndicat national du chauffage urbain. Sur les quelque 850 réseaux de chaleur français, moins de 5 % intègrent une source nucléaire, essentiellement via la récupération de chaleur fatale de centrales EDF situées à proximité de villes.
Le modèle de Calogena diffère : il s’agit d’un réacteur dédié à la chaleur, non pas d’une récupération sur un réacteur électrique. En Europe, aucune installation de ce type n’est encore en service commercial. Quelques projets existent cependant en Russie et en Chine, où des réacteurs de chauffage urbain fonctionnent depuis les années 1990, notamment à Bilibino et Shenzhen.
En France, plusieurs réseaux urbains explorent la piste nucléaire. Paris, Lyon et Strasbourg ont engagé des études de faisabilité pour intégrer de la chaleur bas-carbone d’origine nucléaire. Ces démarches restent pour l’instant au stade de l’étude, sans engagement ferme. Calogena vise une première mise en service d’un prototype à horizon 2030-2032, sous réserve d’obtenir les autorisations de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).
Concurrence naissante sur le segment des SMR thermiques
Calogena n’est pas seule sur le créneau. Plusieurs acteurs internationaux développent des réacteurs de petite taille orientés chaleur. Aux États-Unis, NuScale propose un SMR modulaire de 77 MW électriques, qui peut aussi produire de la vapeur pour l’industrie. Au Royaume-Uni, Rolls-Royce travaille sur un SMR de 470 MW électriques, avec une option cogénération chaleur-électricité.
En France, Nuward, coentreprise pilotée par EDF, développe un SMR de 340 MW électriques, avec une possible déclinaison en mode cogénération. Contrairement à Calogena, ces projets visent d’abord la production électrique, la chaleur venant en sous-produit. Le positionnement de Calogena reste donc spécifique : un réacteur 100 % thermique, dimensionné pour des besoins locaux, sans passer par la conversion électrique.
Ce choix technique présente des avantages : rendement thermique supérieur (pas de perte à la conversion en électricité), encombrement réduit, investissement initial potentiellement plus faible. Mais il comporte aussi des limites : le marché adressable reste plus étroit que celui de l’électricité, et la rentabilité dépend de la densité urbaine et de la taille du réseau de chaleur.
Étapes réglementaires et calendrier industriel
Calogena doit franchir plusieurs jalons avant de voir son réacteur autorisé. L’ASN devra examiner les dossiers de sûreté, valider la conception de base, puis autoriser la construction d’un prototype. Ce processus prend généralement plusieurs années. L’entreprise espère déposer un premier dossier complet auprès de l’ASN d’ici mi-2027.
En parallèle, Calogena doit qualifier ses fournisseurs et construire une chaîne d’approvisionnement pour le combustible, les composants du cœur et les systèmes de sûreté. La société travaille avec plusieurs sous-traitants de la filière nucléaire française, dont certains issus de l’écosystème Framatome et Orano.
Le calendrier industriel reste tendu. Calogena vise un premier réacteur opérationnel début 2032, ce qui suppose de boucler la conception détaillée d’ici fin 2027, de lancer la construction du prototype en 2028, et de mener les essais de mise en service en 2031. Ce rythme implique que chaque étape réglementaire se déroule sans accroc, hypothèse optimiste dans l’industrie nucléaire.
Potentiel de déploiement et retombées industrielles
Si le Flashcore obtient ses autorisations et atteint la maturité commerciale, Calogena estime qu’une cinquantaine de réacteurs pourraient être installés en France d’ici 2045. Ce chiffre repose sur une analyse des réseaux de chaleur existants et des projets d’extension en cours. Chaque installation représenterait un investissement de l’ordre de 150 à 200 millions d’euros, selon les premières estimations de l’entreprise.
L’impact industriel se concentrerait sur la fabrication des composants nucléaires, la construction des modules de réacteur et l’exploitation des installations. Calogena prévoit de sous-traiter la majorité de la fabrication à des acteurs français, en s’appuyant sur les compétences de la filière nucléaire et sur les infrastructures existantes.
Au-delà du marché français, l’entreprise vise l’export, notamment vers les pays d’Europe du Nord et de l’Est, où les réseaux de chaleur sont très développés. La Suède, la Finlande, la Pologne et les pays baltes affichent des taux de pénétration du chauffage urbain supérieurs à 40 %, contre 6 % en France. Ces marchés pourraient représenter plusieurs dizaines de réacteurs supplémentaires d’ici 2050.
Calogena et le nucléaire de chaleur : les chiffres
- Calogena lève près de 50 millions d'euros et obtient un nouveau financement France 2030 en août 2026
- Le Flashcore affiche 40 MW thermiques, 100 % dédiés au chauffage urbain et industriel
- Mise en service d'un prototype visée entre 2030 et 2032, après validation de l'ASN
- Une cinquantaine de réacteurs pourraient être installés en France d'ici 2045
- Le chauffage urbain représente 6 % de la consommation énergétique française, avec moins de 5 % de source nucléaire
- Calogena emploie une cinquantaine de personnes en 2026, objectif 100 fin 2027