EDF peut désormais préparer le terrain pour accueillir deux réacteurs EPR2 à Gravelines. Un décret publié le 22 août au Journal officiel autorise l’énergéticien à engager les premiers travaux d’aménagement du site.
Le texte signé par Sébastien Lecornu, Monique Barbut et Vincent Jeanbrun donne à EDF l’autorisation environnementale nécessaire pour viabiliser la zone d’implantation. Concrètement, cela signifie la préparation progressive du site, sans pour autant valider la construction des réacteurs eux-mêmes. L’énergéticien l’indique sans ambiguïté : « Ce décret ne constitue pas l’autorisation de création des deux réacteurs EPR2 et ne permet pas d’engager la construction des bâtiments destinés à recevoir des matières nucléaires ou à abriter des équipements nécessaires à la sûreté nucléaire. »
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Le chantier préparatoire porte sur Gravelines et Loon-Plage, avec un parking éloigné sur les communes de Craywick et Bourbourg. Les opérations incluent la viabilisation des plateformes, la création des installations de chantier, la relocalisation du terminal ferroviaire du Centre nucléaire de production d’électricité, ainsi que les terrassements et la création d’une enceinte étanche sous l’emprise des bâtiments du futur bloc usine. S’ajoutent le renforcement du sol, les premiers travaux de génie civil et la création du chenal d’amenée.
La relocalisation de la faune et de la flore à protéger fait partie intégrante du décret, avec une mise en œuvre prévue « aux périodes favorables ». Un nouveau centre d’information du public sera également mis en place.
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Deux réacteurs de 1 600 MW dans le dunkerquois
Le projet de Gravelines prévoit la construction de deux EPR2 d’une puissance unitaire de 1 600 MW, sur un site qui compte déjà six réacteurs de 900 MW. Cette centrale, l’une des plus importantes de France, se situe au cœur d’un territoire dunkerquois fortement industrialisé et dépendant des énergies fossiles. L’ajout de deux réacteurs de nouvelle génération doit contribuer à décarboner cette industrie locale.
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Le calendrier national fixe une mise en service à l’horizon 2038 pour la première paire d’EPR2, prévue à Penly en Seine-Maritime. La décision finale d’investissement pour les six nouveaux réacteurs EPR2 (annoncés par Emmanuel Macron en février 2022, avec une option pour huit autres) doit intervenir avant la fin de l’année 2026. Les trois sites retenus pour les trois premières paires sont Penly, Gravelines et Bugey dans l’Ain.
Un site sous tension durant l’été 2026
La centrale actuelle de Gravelines a connu un épisode particulier cet été. Trois de ses réacteurs ont été provisoirement mis à l’arrêt en raison d’un afflux massif de méduses. Ces arrêts, conjugués à une forte demande liée à la climatisation et à un faible rendement éolien durant les canicules, ont fait bondir le prix de l’électricité à un niveau record depuis un an et demi.
Cette situation rappelle la tension qui pèse sur le parc nucléaire français. Les périodes de forte chaleur mettent à l’épreuve la disponibilité des centrales, notamment celles situées sur le littoral. L’arrêt temporaire lié aux méduses illustre la vulnérabilité de certains sites face aux aléas environnementaux, un paramètre pris en compte dans la conception des EPR2.
Enjeux du programme EPR2 pour la filière nucléaire
Un processus administratif en deux temps
L’autorisation environnementale obtenue par EDF ne concerne que les travaux préparatoires. La construction effective des deux réacteurs nécessitera une seconde autorisation, dite « de création », qui interviendra après la décision finale d’investissement. Ce découpage permet d’avancer sur les aspects logistiques et de génie civil sans engager les équipements nucléaires proprement dits.
Le décret du 22 août découpe ainsi le chantier en phases successives : d’abord, l’aménagement du terrain et la mise en place des infrastructures de chantier ; ensuite, la construction des bâtiments destinés à recevoir des matières nucléaires, une fois l’autorisation de création délivrée. Cette méthode réduit les délais globaux de réalisation, en permettant de préparer le site pendant que les procédures réglementaires suivent leur cours.
Un enjeu de souveraineté énergétique
Le programme EPR2 s’inscrit dans une stratégie de relance du nucléaire français, pilier de la souveraineté énergétique et de la décarbonation. Les six réacteurs prévus doivent compenser la fermeture progressive des unités les plus anciennes et répondre à une demande électrique en hausse, portée par l’électrification des usages.
Gravelines occupe une place particulière dans ce schéma. Le dunkerquois concentre une industrie lourde (sidérurgie, chimie) qui cherche à réduire ses émissions de CO₂. L’apport de 3 200 MW supplémentaires (deux fois 1 600 MW) offrira une capacité de production décarbonée à proximité directe de ces consommateurs industriels. Ce maillage local entre production et consommation réduit les pertes en ligne et renforce la compétitivité des sites industriels.
Le territoire devrait également bénéficier d’un afflux d’emplois durant la phase de construction, puis de postes permanents pour l’exploitation. Si le décret du 22 août ne livre pas de chiffres précis, les chantiers EPR mobilisent typiquement plusieurs milliers de personnes sur plusieurs années.
Une décision attendue d’ici décembre 2026
Le calendrier reste serré. La décision finale d’investissement pour les six EPR2 doit tomber avant la fin de l’année 2026. Cette échéance conditionne le lancement effectif des constructions, y compris à Gravelines. Les travaux préparatoires autorisés ce 22 août permettent à EDF de gagner du temps, mais ne garantissent pas à eux seuls la poursuite du projet.
L’enjeu porte sur le bouclage financier (les EPR2 représentent des dizaines de milliards d’euros d’investissement) et sur la capacité de la filière nucléaire française à tenir les délais et les coûts. L’expérience de Flamanville, dont l’EPR a connu retards et dépassements, pèse sur les négociations avec l’État et les partenaires industriels.
Le dunkerquois attend cette confirmation. Pour un territoire en reconversion industrielle, l’arrivée de deux EPR2 peut redéfinir l’équilibre économique local. Mais d’ici là, le chantier préparatoire se met en marche, sans bruit, sur les communes de Gravelines et Loon-Plage.
| Critère | Valeur |
|---|---|
| Nombre de réacteurs prévus | 2 |
| Puissance unitaire | 1 600 MW |
| Nombre de réacteurs existants sur le site | 6 (900 MW chacun) |
| Communes concernées par les travaux préparatoires | Gravelines, Loon-Plage, Craywick, Bourbourg |
| Mise en service de la première paire EPR2 (Penly) | Horizon 2038 |
| Décision finale d’investissement (six réacteurs) | Avant fin 2026 |
Source : décret du 22 août 2026, EDF
EPR2 à Gravelines : points clés du décret du 22 août
- Le décret du 22 août 2026 autorise EDF à engager les travaux préparatoires pour deux EPR2 à Gravelines, sans valider leur construction définitive.
- Les travaux incluent la viabilisation des plateformes, la relocalisation du terminal ferroviaire et la création d'une enceinte étanche sous l'emprise du futur bloc usine.
- Trois réacteurs de la centrale actuelle ont été mis à l'arrêt cet été en raison d'un afflux massif de méduses, contribuant à une flambée des prix de l'électricité.
- La décision finale d'investissement pour les six EPR2 est attendue avant la fin de l'année 2026.
- Le dunkerquois, dépendant des énergies fossiles, mise sur ces deux réacteurs pour décarboner son industrie lourde.