Eurazeo se sépare de deux fonds tech et confie leur gestion à Breega. Olybe abandonne le présentiel pour le 100 % distanciel. Zoom sur les mouvements discrets qui recomposent la French Tech.
Eurazeo transfère deux fonds d’investissement à Breega
Gravelines : 80% de grévistes dans la plus grosse centrale nucléaire française
Eurazeo a cédé la gestion de deux véhicules d’investissement dans la tech à Breega, société de capital-risque spécialisée dans les early-stage européennes. Les deux fonds concernés totalisent 150 millions d’euros d’actifs sous gestion et regroupent une trentaine de participations dans des start-up B2B SaaS et fintech. L’opération a été finalisée le 12 septembre 2026, selon nos informations.
Breega récupère ainsi la gestion opérationnelle des portfolios, tandis qu’Eurazeo conserve sa position d’investisseur limité (LP) dans les deux structures. Les équipes de gestion restent en place et intègrent les bureaux parisiens de Breega, rue du Faubourg Saint-Honoré. Le transfert s’inscrit dans une stratégie de recentrage d’Eurazeo sur des tickets moyens supérieurs à 10 millions d’euros, loin des tours de table seed et série A qui caractérisent les deux fonds transférés.
« Nous sortons progressivement du very early stage pour nous concentrer sur des growth equity et des LBO dans la tech européenne », résume un porte-parole d’Eurazeo. Breega, de son côté, franchit la barre des 500 millions d’euros d’actifs sous gestion et renforce sa présence en France après plusieurs années de développement prioritaire en Allemagne et au Royaume-Uni.
Olybe supprime les cours en présentiel, seul le distanciel subsiste
Olybe, plateforme de bien-être mental en entreprise lancée en 2020, a décidé de mettre fin à tous ses cours en présentiel. Les séances de méditation, yoga et sophrologie proposées dans les locaux des clients disparaissent. Seuls les formats vidéo et les sessions en visioconférence sont maintenus. La décision a été actée début septembre et s’applique depuis le 9 septembre 2026.
“Si Dampierre n’accueille pas l’EPR2, elle sera démantelée” : le Loiret face au risque nucléaire
L’entreprise compte 180 clients B2B, principalement des groupes du CAC 40 et des ETI. Elle revendique 45 000 utilisateurs actifs mensuels. Le virage 100 % distanciel découle d’un arbitrage économique : les coûts logistiques liés au présentiel (déplacements des intervenants, coordination des plannings, assurances) alourdissaient la structure de coûts sans générer de revenus proportionnels. Les taux de participation aux séances en visio dépassent ceux du présentiel de 22 %, selon les données internes de la société.
Une quinzaine d’intervenants free-lance, qui animaient exclusivement des cours physiques, voient leurs contrats résiliés. Olybe mise désormais sur l’asynchrone et les contenus à la demande, avec un catalogue enrichi de vidéos courtes (5 à 15 minutes) produites en interne. Le modèle SaaS pur permet de réduire le churn en offrant une disponibilité permanente, argument commercial face aux grandes plateformes américaines comme Calm ou Headspace.
Pourquoi la French Tech se restructure en profondeur
Deux levées de fonds discrètes dans l’IoT industriel
Azeti, spécialiste allemand de l’IoT pour l’industrie et les infrastructures, a bouclé un tour de table de 12 millions d’euros mené par M13 Ventures. La société, basée à Berlin avec un bureau à Lyon, développe une plateforme de monitoring en temps réel pour les équipements industriels et les réseaux d’énergie. Elle compte 80 clients en Europe, dont Engie, Deutsche Bahn et plusieurs opérateurs de réseaux électriques.
Le financement servira à muscler l’équipe commerciale en France et à ouvrir un hub technique à Grenoble. Azeti revendique une croissance de revenus de 65 % en 2025 et vise un doublement d’ici fin 2027. La plateforme analyse plus de 200 millions de points de données par jour et utilise des modèles de machine learning pour anticiper les pannes sur les chaînes de production.
Parallèlement, la start-up française Wattson, qui développe des capteurs de consommation électrique pour le résidentiel, a levé 4 millions d’euros auprès de Demeter et de business angels. Créée en 2023, elle commercialise un boîtier branché sur le tableau électrique qui détaille la consommation par appareil, sans installation complexe. L’objectif : équiper 50 000 foyers d’ici mi-2027 et signer des partenariats avec des fournisseurs d’énergie pour proposer des offres d’effacement diffus.
Un fonds parisien ferme, ses LP récupèrent les participations
Le fonds Velocity Ventures, véhicule d’investissement early-stage basé à Paris et géré par trois associés, a été placé en liquidation amiable le 10 septembre 2026. Les 18 participations du portefeuille sont transférées directement aux limited partners, principalement des family offices français et suisses, qui deviennent actionnaires en direct des start-up. Aucun nouveau tour de financement ne sera réalisé via le fonds.
Velocity Ventures avait investi dans des start-up B2B entre 2021 et 2024, avec des tickets moyens de 500 000 euros. Plusieurs participations connaissent des difficultés : deux sociétés ont déposé le bilan en 2025, trois autres n’ont pas réussi à lever de série A et tournent en mode « ramen profitability ». La décision de liquider le fonds anticipe la fin de la période d’investissement prévue en 2027 et permet aux LP de gérer directement la sortie ou le suivi des participations.
Les trois associés fondateurs se séparent. Deux rejoignent des sociétés de gestion établies (Partech et Idinvest), le troisième monte un nouveau véhicule ciblé sur la climate tech. La liquidation de Velocity Ventures illustre la correction en cours sur le segment early-stage, où les levées de fonds en série A ont chuté de 38 % en volume entre 2024 et 2025 en France, selon les données EY.
Un éditeur de logiciels RH rachète un concurrent plus petit
Kelio, éditeur de solutions de gestion des temps et des activités pour les PME et ETI, a racheté Horoquartz, concurrent historique positionné sur le même marché. Le montant de la transaction n’a pas été communiqué. Horoquartz comptait 15 salariés et environ 300 clients, principalement dans l’industrie et la logistique. Kelio passe ainsi à 1 200 clients et renforce sa couverture sur le secteur industriel.
Les équipes d’Horoquartz sont intégrées et les produits migreront progressivement vers la plateforme Kelio d’ici début 2027. Les clients actuels d’Horoquartz bénéficieront d’un accompagnement dédié pour la transition. Kelio est détenu par le fonds de private equity Ardian depuis 2022. L’opération s’inscrit dans une stratégie de consolidation du marché français des logiciels RH, fragmenté entre une dizaine d’acteurs de taille moyenne.
Le rachat intervient après trois ans de croissance externe pour Kelio, qui avait acquis deux autres éditeurs en 2023 et 2024. Objectif : atteindre 50 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2027 et se positionner comme un challenger face aux solutions internationales (SAP, Workday) sur le segment des entreprises de 200 à 2 000 salariés.
| Société | Opération | Montant / Détail |
|---|---|---|
| Eurazeo | Transfert de fonds à Breega | 150 M€ d’actifs, 30 participations |
| Olybe | Arrêt du présentiel | 180 clients B2B, 45 000 utilisateurs actifs |
| Azeti | Levée de fonds (série B) | 12 M€ (M13 Ventures) |
| Wattson | Levée de fonds (seed) | 4 M€ (Demeter + BA) |
| Velocity Ventures | Liquidation amiable | 18 participations transférées aux LP |
| Kelio | Acquisition d’Horoquartz | Montant non communiqué, 300 clients intégrés |
Le recentrage stratégique des acteurs historiques
Les mouvements de cette semaine dessinent une French Tech en phase de maturation. Les fonds généralistes comme Eurazeo se retirent du very early stage, laissant le terrain aux spécialistes du risque (Breega, Serena, Elaia). Les plateformes B2B sacrifient la présence physique pour optimiser leurs marges et accélérer la scalabilité, quitte à perdre une partie de l’expérience utilisateur. Les consolidations se multiplient dans les verticales matures (RH, IoT, fintech), où la taille critique devient décisive face aux géants américains et aux nouveaux entrants dopés à l’IA générative.
La liquidation de Velocity Ventures n’est pas un cas isolé. Quatre autres fonds français early-stage ont cessé leurs activités depuis début 2025, incapables de lever un millésime suivant dans un contexte de resserrement des conditions de financement. Les LP privilégient désormais les track records éprouvés et les stratégies thématiques claires (deeptech, climate, cyber), délaissant les véhicules généralistes de petite taille. Le cycle 2020-2022, marqué par une abondance de liquidités et une multiplication des micro-fonds, laisse place à une phase de sélection darwinienne.
Pour les start-up, les conséquences sont tangibles : allongement des délais de levée (9 mois en moyenne pour une série A en 2026, contre 4 mois en 2021), baisse des valorisations (down rounds fréquents), pression accrue sur la rentabilité. Les modèles 100 % distanciel comme celui d’Olybe traduisent cette quête d’efficacité opérationnelle, mais posent la question de la différenciation à long terme dans un univers SaaS de plus en plus commoditisé.
French Tech septembre 2026 : les faits marquants
- Eurazeo transfère 150 M€ d'actifs tech à Breega, se retire du very early stage
- Olybe supprime tous ses cours présentiels, passe au 100 % distanciel dès le 9 septembre
- Velocity Ventures liquide son fonds, les LP récupèrent 18 participations en direct
- Kelio rachète Horoquartz, vise 1 200 clients et 50 M€ de CA en 2027
- Azeti lève 12 M€ pour son IoT industriel, Wattson boucle 4 M€ dans les capteurs électriques
- Les candidats à la présidentielle rivalisent de promesses devant la French Tech - 18 septembre 2026
- Eurazeo cède deux fonds tech, Olybe passe au 100 % distanciel : les coulisses de la French Tech - 17 septembre 2026
- « Tout l’enjeu, c’est de rapprocher ces deux regards » : pourquoi la French Tech peine à convaincre les grands groupes - 16 septembre 2026