Réalité augmentée, réalité virtuelle et développement durable, est-ce compatible ?

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La VR et la RA ont déjà de nombreuses applications dans notre quotidien, éveillant l’intérêt des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), qui s’investissent de plus en plus dans leur évolution. Mais, comme pour toute nouvelle technologie, la question de l’impact environnemental doit se poser, pour nous assurer un futur sain.

Quelques définitions

Avant d’aller plus loin, il est important de comprendre ce que sont la réalité augmentée, la réalité virtuelle et le développement durable.

Qu’est-ce que la réalité augmentée (RA) ?

La réalité augmentée superpose des éléments virtuels au monde réel, actualisé en direct. La perception que l’homme a de son environnement est alors enrichie. Image 2D, 3D, sons, géolocalisation… Ces fonctionnalités permettent une interaction en temps réel. L’intégration du numérique est possible grâce à un appareil, qui ajuste en permanence la position de l’utilisateur, en analysant ses données GPS, ou en s’aidant d’un motif prédéterminé à placer sur les objets à suivre. 

La récente révélation en matière de RA, a été le succès phénoménal de « Pokemon GO ». On peut aussi citer d’autres sytèmes comme les Google Glass, qui affichaient l’itinéraire à suivre, ou encore l’Hololens de Microsoft et sa projection d’hologrammes sur lentilles.

Qu’est-ce que la réalité virtuelle (VR) ?

La VR plonge l’utilisateur dans un monde virtuel et l’isole de la réalité. Un casque et des capteurs de mouvement lui permettent de progresser dans cet univers factice. Les systèmes HTC Vive ou l’Oculus Rift sont les plus répandus chez les industriels tandis que le PlayStation VR trône dans les salons.

Aujourd’hui, l’amélioration de la VR se tourne vers le sens du toucher (haptique). Tesla Studios a, ainsi, créé une combinaison qui transmet des perceptions physiques par stimulation électrique. Ils ont d’ailleurs annoncé à la Consumer Electronics Show 2020, la commercialisation de leurs gants pour fin de l’année, dans le secteur professionnel. 

Qu’est-ce que le développement durable ?

La notion de développement durable a été rendue officielle en 1992 lors du Sommet de la Terre à Rio. Ce terme soutient l’idée que la société actuelle doit vivre sans porter préjudice aux générations futures. C’est le symbole d’une prise de conscience mondiale sur la nécessité de changer nos habitudes pour limiter notre impact sur l’environnement et protéger l’écosystème.

Il concerne trois axes majeurs : une économie viable, l’équité sociale et le respect de l’écologie. 

Comment la RA et la VR peuvent-elles aider le développement durable et l’écologie ? 

La VR et la RA ont été conçues pour améliorer notre milieu personnel et professionnel, mais elles ont également un intérêt écologique. 

Diminution des déplacements inutiles

Dans l’immobilier, l’utilisation de la VR permet de visualiser l’avancée d’un chantier et d’anticiper les erreurs sans bouger de son bureau. 

Les promoteurs en font aussi usage pour aider les acquéreurs potentiels à se projeter dans leur futur logement, lorsque ce dernier n’est pas encore construit. La visite virtuelle de biens évite les déplacements superflus. C’est une économie importante car, d’après une étude du Crédit foncier, les Français effectuent en moyenne 6 visites avant de déménager. 

L’application IKEA, quant à elle, exploite la RA pour donner aux clients la possibilité de visualiser leurs meubles dans une pièce, avant achat. Ainsi, les risques de se tromper sont considérablement réduits, et les transporteurs limitent les allers-retours inutiles. La prévisualisation est aussi valable dans d’autres secteurs : décoration, vêtements, cosmétiques ou lunettes !

Réduction des erreurs de conception

La VR permet aux architectes d’ajuster tous les paramètres d’une construction, en prenant en compte l’environnement. Ils peuvent ainsi optimiser l’espace et le rendre moins énergivore, en privilégiant la lumière naturelle, par exemple. 

La RA offre déjà la possibilité de visualiser un bâtiment sur son futur emplacement. Ainsi, si la moindre erreur est détectée elle peut être rectifiée en avance. Grâce à ces technologies, on peut aussi créer des prototypes, et les tester sans les fabriquer. Ford utilise ce système pour ses véhicules, réduisant leur temps de conception de plusieurs mois à seulement 20 heures.

Le virtuel évite aux employés de commettre des fautes dommageables pour eux ou pour la structure. Les pilotes se forment depuis des années sur des simulateurs, et certaines auto-écoles y ont également recours. Des usines, comme celle de Nestlé, entraînent leurs futurs ouvriers à l’aide de l’oculus. De plus, la VR permet de reproduire des incidents, sans réel danger (centrales nucléaires, incendies…). 

Sensibiliser aux répercussions du changement climatique 

La VR facilite l’apprentissage en le rendant plus ludique, pour nous montrer concrètement l’impact que nous avons sur l’écosystème. L’émotion suscitée par le virtuel est plus apte à engager le spectateur à une cause. 

Les créateurs de «  Tree VR » ont su tirer parti de cette technologie, pour sensibiliser à la déforestation, en plaçant les joueurs dans la peau d’un arbre : de sa naissance à sa mort. Ainsi les 12 millions d’hectares de forêts tropicales, perdus en 2018 , selon le Global Forest Watch, deviennent soudain plus tangibles. 

Les enfants sont très sensibles à ces initiatives. Le livre en réalité virtuelle « Little Earth », par exemple, leur permet d’interagir avec la faune et la flore et de naviguer dans le temps et l’espace pour comprendre les enjeux du réchauffement climatique. 

Créer un laboratoire scientifique virtuel

La VR impacte aussi positivement le domaine de la recherche. En 2018, la société Labster, en partenariat avec Google, a commercialisé son laboratoire virtuel, destiné aux universités. Ce simulateur promet « l’expérience d’un laboratoire à un million de dollars, à portée de clic », et surtout à moindre coût !

« Labster » offre la possibilité de faire des manipulations en VR. Les étudiants peuvent ainsi revenir en arrière pour corriger leurs erreurs. Ce système présente de nombreuses qualités : moins de déchets, une baisse de la consommation d’énergie, aucun accident, et un gain de temps pour les élèves qui peuvent obtenir des résultats en une fraction de seconde, au lieu d’attendre des semaines. 

Autres applications possibles

La médecine a souvent recours à ces systèmes pour former les chirurgiens. Avec « LIFE VR » ils peuvent pratiquer des opérations virtuelles pour s’entraîner sans risque. 

Le bien-être animal est également l’une des causes les plus mises en avant, car la VR permet de placer directement les spectateurs en situation, comme dans « My Africa : Elephant Keeper » qui les transforme en soigneur au Reteti Elephant Sanctuary ou « The Extraordinary Honey Bee », une initiative d’Häagen-Dazs, les transporte dans la peau d’une abeille.

Les développeurs commencent aussi à réfléchir au tourisme virtuel, qui pourrait permettre de préserver certains lieux sensibles comme les ruines du Machu Picchu, par exemple, en grand danger à cause du million et demi de visiteurs qui s’y rendent chaque année. Les vols commerciaux, qui sont une véritable catastrophe écologique, pourraient aussi s’en trouver diminués. 

RA et VR, à quel prix ?

L’aspect économique est intégré à la définition de développement durable. Il est donc indispensable de s’interroger sur les coûts financiers et écologiques.

Coût/gains financier, matériel nécessaire…

Le choix de l’équipement dépend des besoins d’interaction, de mouvement et de graphisme. La fourchette de prix est vaste, de 200 € pour des casques légers à 5000 € pour des technologies plus complexes.

Les développeurs doivent aussi penser aux licences, qui vont de 0 € à 3000 € en plus du tarif de création de l’application (scénario, images, techniques…).

Selon la nature du projet, il peut bénéficier de subventions publiques ou de financements. En 2017, par exemple, HTC Vive a lancé une campagne de 10 millions de dollars, pour récompenser les programmes d’enseignement écologique. La rentabilité doit se mesurer en tenant compte des futures économies de matières, de prototypes, ou encore du gain de temps et de main d’œuvre. 

Coût écologique : matériaux, consommation…

En analysant les matériaux employés pour la fabrication des appareils, on constate qu’ils ne sont pas sans danger pour la planète. Le plastique et les composants électroniques posent toujours des problèmes de recyclage. Pour rappel, selon une étude de WWF (2016), près d’un tiers des déchets plastiques finissent dans la nature. 

Dans le futur, si l’utilisation de la VR devient massive, le prix environnemental s’accentuera nécessairement. Conscients de ces interrogations, les constructeurs mettent l’accent sur la longévité de leurs produits. 

Quel est le bilan écologique de la RA et du VR ?

La réalité virtuelle et la réalité augmentée sont encore des technologies jeunes. Il faudra donc attendre pour analyser concrètement leur impact à long terme. Comme toujours, les autorités compétentes devront s’assurer que les constructeurs ne tombe pas dans certains travers comme celui de l’obsolescence programmée, dont raffolent les smartphones.

En revanche, on ne peut pas nier la bonne volonté des développeurs. Aussi, à petite échelle, le bilan est clairement positif : réduction de la consommation d’énergie, de matériaux, de déchets… Les applications améliorent notre impact sur l’écosystème, et elles se veulent en faveur d’un développement durable.