L’EPR de Flamanville a déclaré 111 kg d’uranium enrichi manquants dans son inventaire 2025. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) examine le dossier en vue d’une sanction financière.
La centrale nucléaire de Flamanville, exploitée par EDF, fait face à une procédure administrative après avoir notifié une perte de combustible lors de son bilan physique annuel. Les 111 kg d’uranium enrichi manquants représentent une anomalie comptable détectée lors de l’inventaire réalisé en fin d’année 2025, dans le cadre du régime de transparence imposé aux opérateurs nucléaires français.
L’écart concerne spécifiquement le réacteur EPR, dont la mise en service commerciale remonte à juin 2024 après dix-sept ans de chantier. Le site de Flamanville héberge également deux réacteurs de 1300 MW mis en service dans les années 1980. La déclaration de perte a été transmise à l’ASN conformément à la réglementation en vigueur, qui impose aux exploitants de signaler toute divergence entre les stocks théoriques et les mesures physiques.
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Une procédure de sanction engagée par l’ASN
L’Autorité de sûreté nucléaire a ouvert une instruction pour déterminer les circonstances de cette perte comptable. Selon les informations communiquées par l’ASN, l’écart constaté ne résulte pas d’un vol ni d’une fuite physique de matière radioactive : il s’agit d’un désaccord entre les données théoriques du système de suivi et les mesures effectuées sur site.
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La procédure peut déboucher sur une amende administrative, dont le montant reste à définir. Le cadre réglementaire prévoit des sanctions graduées en fonction de la gravité des manquements : les écarts de comptabilité matières nucléaires sont classés parmi les non-conformités de niveau 1 ou 2 sur l’échelle de l’ASN, qui en compte quatre.
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Perte déclarée (uranium enrichi) | 111 kg |
| Type de réacteur | EPR 1650 MW |
| Mise en service commerciale | Juin 2024 |
| Statut procédure ASN | Instruction en cours |
Source : Autorité de sûreté nucléaire
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EDF a précisé dans sa communication que l’ensemble du combustible demeure confiné dans l’enceinte du réacteur. Les systèmes de surveillance radiologique n’ont enregistré aucune anomalie : aucun rejet supplémentaire vers l’environnement, aucune contamination détectée. L’exploitant attribue l’écart à un biais de mesure ou à une erreur dans la traçabilité administrative des assemblages combustibles.
Des précédents dans le parc nucléaire français
Les pertes comptables de matière nucléaire ne constituent pas un phénomène isolé. Le parc français recense régulièrement des écarts d’inventaire, généralement de faible ampleur : quelques grammes à quelques dizaines de kilogrammes. En 2023, la centrale de Gravelines avait déclaré un écart de 35 kg d’uranium appauvri, résorbé après révision des procédures de pesée.
Flamanville présente néanmoins une spécificité : l’EPR utilise un combustible MOX enrichi en plutonium pour une partie de son cœur, ainsi que des assemblages UOX (uranium enrichi). Cette configuration mixte complexifie le suivi comptable, qui repose sur des algorithmes de calcul de burn-up, la consommation progressive du combustible au fil des cycles d’irradiation.
Les 111 kg manquants représentent environ 0,15 % de la masse totale de combustible chargé dans le cœur de l’EPR, qui compte 241 assemblages pour une masse totale de près de 75 tonnes d’uranium. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) fixe un seuil d’alerte à 75 kg pour l’uranium hautement enrichi ; l’uranium utilisé à Flamanville, enrichi à environ 4 %, reste en deçà de ce seuil critique.
Pourquoi cette perte comptable expose EDF
Impact sur le calendrier industriel d’EDF
Cette procédure intervient alors qu’EDF déploie son programme de construction de six nouveaux EPR2, variante optimisée du réacteur de Flamanville. Le chantier des deux premières unités à Penly (Seine-Maritime) doit démarrer en 2027, avec une mise en service prévue en 2037.
Le groupe électrique a investi 19,1 milliards d’euros dans l’EPR de Flamanville, contre un budget initial de 3,3 milliards. Les retards et surcoûts ont alimenté un débat sur la capacité industrielle française à conduire des projets nucléaires de cette envergure. Le retour d’expérience de Flamanville doit justement servir de socle aux EPR2, censés coûter 7,5 milliards l’unité.
La sanction de l’ASN, si elle est prononcée, n’aura pas d’impact direct sur l’exploitation du réacteur : elle relève du volet administratif et financier, sans conséquence sur l’autorisation de fonctionnement. EDF dispose d’un délai pour présenter ses observations avant la décision finale de l’autorité.
Traçabilité et transparence sous surveillance renforcée
L’ASN a renforcé ses exigences en matière de comptabilité matières depuis l’incident de La Hague en 2021, où l’usine de retraitement d’Orano avait notifié un écart de plusieurs centaines de kilogrammes d’uranium dans ses stocks. L’autorité impose désormais des audits trimestriels et des contrôles inopinés aux exploitants, avec obligation de réponse documentée sous quinze jours en cas d’anomalie.
Le système français de traçabilité nucléaire repose sur trois niveaux : la comptabilité administrative tenue par l’exploitant, les mesures physiques réalisées lors des arrêts de tranche, et les inspections de l’ASN. Les écarts persistants déclenchent une investigation approfondie, mobilisant des équipes d’experts en neutronique et en spectrométrie gamma.
Pour Flamanville, l’instruction porte également sur les procédures de déclaration : EDF aurait tardé de plusieurs semaines avant de notifier l’écart, selon des sources proches du dossier. Ce retard pourrait alourdir la sanction, l’ASN sanctionnant aussi sévèrement les défauts de transparence que les manquements techniques.
La centrale de Flamanville emploie 1800 salariés permanents. Le site produit environ 10 TWh par an avec ses deux réacteurs de 1300 MW ; l’EPR doit ajouter 12 TWh supplémentaires une fois son facteur de charge stabilisé. EDF table sur une disponibilité de 85 % pour le nouveau réacteur d’ici 2028, après la phase de montée en puissance.
EPR Flamanville : les chiffres de la perte comptable
- 111 kg d'uranium enrichi manquants dans l'inventaire 2025 de l'EPR de Flamanville
- L'ASN a ouvert une procédure de sanction financière contre EDF
- Aucune fuite physique détectée : écart entre comptabilité et mesures réelles
- L'EPR de Flamanville a coûté 19,1 milliards d'euros, mis en service en juin 2024
- Le parc nucléaire français recense régulièrement des écarts d'inventaire de faible ampleur
- EDF déploie six nouveaux EPR2 à partir de 2027, première unité prévue en 2037