Dassault Aviation enregistre un chiffre d’affaires en progression de 46 % au premier semestre 2026 et prévoit de livrer 28 Rafale dans l’année, porté par un carnet de commandes de 208 avions de combat.
Le constructeur français publie ses résultats semestriels ce 23 juillet. Le chiffre d’affaires consolidé atteint 3,7 milliards d’euros sur les six premiers mois de 2026, contre 2,5 milliards un an plus tôt. La division Défense capte l’essentiel de cette hausse, avec un bond de 64 % à 2,9 milliards d’euros. L’aviation d’affaires progresse de 11 %, à 780 millions d’euros.
Éric Trappier, PDG du groupe, annonce un objectif de 28 livraisons de Rafale pour l’année complète. Vingt et une sont destinées à l’export, sept à l’armée de l’Air et de l’Espace française. Le carnet de commandes compte désormais 208 exemplaires du chasseur, dont 194 pour des clients étrangers. Fin 2025, ce stock s’établissait à 228 appareils : la production absorbe progressivement le backlog accumulé depuis 2021.
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Un rythme de livraison qui remonte
Dassault a remis 13 Rafale au cours du premier semestre, contre 7 sur la même période en 2025. La cadence annuelle devrait dépasser celle de 2025, qui avait vu 20 livraisons. Le constructeur table sur une montée en puissance progressive de sa chaîne d’assemblage de Mérignac, sans préciser de plafond de production. La direction évoque « une capacité de production en cours de consolidation », sans chiffrer de cible précise de cadence mensuelle.
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Les nouveaux contrats signés en 2025 et début 2026 alimentent ce carnet : Serbie (12 exemplaires), Indonésie (18), Arabie saoudite (54), complétés par les tranches en cours pour l’Égypte, les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Inde et la Grèce. La commande française de 42 Rafale F5, notifiée en décembre 2023, structure également les livraisons à venir.
| Client | Nombre d’appareils |
|---|---|
| Export (tous clients confondus) | 194 |
| France (armée de l’Air et de l’Espace) | 14 |
| Total | 208 |
Source : Dassault Aviation, résultats semestriels 2026
L’aviation d’affaires en retrait relatif
Le segment civil affiche une croissance plus modeste. Dassault a livré 12 Falcon sur le semestre, soit un appareil de moins qu’en 2025. Le carnet de commandes civil s’établit à 2,1 milliards d’euros, stable. Le groupe maintient son objectif de 40 livraisons pour l’année complète, porté par le Falcon 6X et le Falcon 10X, dont les premières livraisons sont prévues en 2027.
Les marges de la division affaires restent sous pression : les coûts de développement du 10X pèsent sur la rentabilité à court terme, tandis que le marché nord-américain, principal débouché, ralentit. Dassault ne communique pas de marge opérationnelle par division, mais le groupe consolidé affiche un résultat net de 256 millions d’euros au premier semestre, contre 173 millions un an plus tôt.
Enjeux de la montée en cadence du Rafale
Un positionnement stratégique renforcé
La dynamique export du Rafale repose sur plusieurs facteurs. D’abord, la disponibilité immédiate : contrairement au F-35 américain, dont les délais de livraison dépassent cinq ans, Dassault promet des livraisons sous deux à trois ans pour les nouvelles commandes, selon les configurations. Ensuite, l’absence de contrainte politique : les clients ne subissent pas de contrôle d’usage comparable à celui imposé par Washington sur les matériels américains.
Le Rafale bénéficie également de son statut opérationnel éprouvé. Engagé au Mali, en Libye, en Irak, en Syrie et au Sahel, l’appareil affiche un taux de disponibilité de 75 % en opérations extérieures, selon les chiffres de l’armée de l’Air française. À titre de comparaison, le F-35 stagne autour de 55 % de disponibilité selon le Pentagone. Cette fiabilité pèse dans les décisions d’achat, en particulier pour les forces aériennes qui privilégient l’autonomie stratégique.
Autre atout : l’armement. Le Rafale emporte le missile de croisière Scalp-EG, la bombe guidée AASM, le missile air-air Meteor et, depuis 2023, le missile nucléaire ASMPA. Peu d’appareils concurrents proposent une telle polyvalence sans dépendance à un fournisseur étranger de munitions. Les Émirats arabes unis et l’Égypte ont d’ailleurs négocié l’intégration d’armements locaux ou israéliens sur leurs flottes.
Les défis de la montée en cadence
La chaîne d’approvisionnement demeure un point de tension. Dassault s’appuie sur 500 sous-traitants pour le Rafale, dont Thales (radar RBE2, optronique), Safran (moteurs M88), MBDA (missiles intégrés). Plusieurs d’entre eux peinent à suivre la montée en cadence : Safran a averti en avril que ses ateliers de Villaroche tournaient à pleine capacité, limitant la production de M88 à environ 30 moteurs par an. Chaque Rafale embarque deux M88, ce qui plafonne mécaniquement la production d’appareils complets.
Thales, de son côté, a investi 120 millions d’euros dans son site de Mérignac pour doubler la production de radars RBE2-AESA d’ici fin 2026. Mais l’entreprise reconnaît des tensions sur les composants électroniques, en particulier les FPGA (circuits logiques programmables) fabriqués en Asie. Les délais d’approvisionnement ont triplé depuis 2024, passant de 12 à 36 semaines.
Dassault ne détaille pas ses marges unitaires, mais la pression sur les coûts s’accroît. Le Rafale F4, entré en production en 2024, intègre des évolutions coûteuses : connectivité renforcée, fusion de données multi-capteurs, capacité de guerre électronique étendue. Le standard F5, qui doit entrer en service en 2030, promet des capacités « collaboratives » avec des drones de combat. Ces développements pèsent sur les budgets R&D : Dassault a dépensé 380 millions d’euros en recherche et développement sur le semestre, en hausse de 18 %.
| Appareil | Délai moyen de livraison |
|---|---|
| Rafale (Dassault) | 2 à 3 ans |
| F-35A (Lockheed Martin) | 5 ans et plus |
| Eurofighter Typhoon (Consortium) | 3 à 4 ans |
| F-15EX (Boeing) | 4 ans |
Source : Dassault Aviation, Lockheed Martin, Boeing, estimations constructeurs 2026
Un marché export en expansion, mais fragmenté
Le Rafale reste en compétition sur plusieurs dossiers. La Colombie évalue 24 appareils pour remplacer ses Kfir israéliens. L’Irak négocie un lot de 14 exemplaires, malgré les réticences américaines liées aux liens de Bagdad avec Téhéran. La Malaisie, après avoir longtemps privilégié le F/A-18, réétudie le Rafale dans le cadre de son programme MRCA.
Mais les échecs s’accumulent aussi. La Suisse a préféré le F-35 en 2022, l’Allemagne a renouvelé sa flotte avec des F-35 en 2024, la Finlande a opté pour le F-35 dès 2021. Le Rafale peine face à l’argument interopérabilité OTAN : dans un contexte de réarmement européen, les États-majors privilégient les appareils compatibles avec les systèmes de commandement américains, en particulier le Link 16 et les futurs standards JADC2.
Dassault mise sur une stratégie de partenariats industriels pour contourner cet obstacle. En Inde, l’industriel négocie depuis 2023 une co-production locale de 114 Rafale avec Hindustan Aeronautics Limited. En Indonésie, le contrat signé en février 2026 prévoit un transfert partiel de technologies d’assemblage. Ces accords ralentissent les négociations, mais ouvrent des marchés autrement fermés.
Le concurrent principal demeure le F-35, avec 1 050 exemplaires livrés à ce jour et un carnet de 3 200 appareils. Mais son coût (90 millions de dollars l’unité en configuration de base, contre 115 millions pour un Rafale F4) ne reflète pas la réalité des contrats : le coût de possession sur 30 ans d’un F-35A dépasse 400 millions de dollars, selon le Government Accountability Office américain. Le Rafale, lui, affiche un coût de possession de 280 millions d’euros, selon la DGA française.
Reste la question du SCAF, le futur système de combat aérien franco-allemand. Dassault en est le maître d’œuvre côté français, mais les tensions avec AirDefence and Space, partenaire allemand, ralentissent le programme. Berlin réclame un partage de leadership industriel, Paris refuse. Le premier vol du démonstrateur, initialement prévu en 2027, pourrait glisser à 2029. Ce retard n’impacte pas directement le Rafale, mais il pèse sur la crédibilité de Dassault comme architecte de systèmes complexes.
Dassault Aviation : chiffres clés du premier semestre 2026
- Dassault Aviation prévoit de livrer 28 Rafale en 2026, dont 21 à l'export
- Le carnet de commandes du chasseur compte 208 appareils, dont 194 pour des clients étrangers
- Le chiffre d'affaires consolidé bondit de 46 % au premier semestre, à 3,7 milliards d'euros
- La division Défense affiche une hausse de 64 %, portée par les livraisons et les jalons de contrats
- Safran limite la production de moteurs M88 à environ 30 unités par an, freinant la cadence Rafale
- Dassault négocie une co-production de 114 Rafale en Inde avec Hindustan Aeronautics Limited
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