Le Rafale consolide sa position sur le marché export avec trois opportunités confirmées cette semaine : Varsovie, Abou Dhabi et Djakarta manifestent leur intérêt.
Trois négociations majeures se dessinent pour le chasseur tricolore. En Pologne, l’option se précise. Aux Emirats arabes unis, une commande complémentaire s’esquisse. En Indonésie, les discussions reprennent après des mois de silence. Pour Dassault Aviation, la séquence intervient dans un contexte de concurrence acharnée face aux appareils américains, notamment le F-35, et aux solutions européennes alternatives.
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La Pologne relance le dossier après des mois d’hésitation
Varsovie aurait sollicité Paris pour acquérir 36 Rafale selon plusieurs sources industrielles. Le ministère polonais de la Défense n’a pas confirmé officiellement le chiffre, mais l’ambassade de France à Varsovie travaille activement le dossier depuis juin. Les discussions portent sur une livraison échelonnée entre 2028 et 2032.
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Le contexte stratégique polonais explique cette approche. Varsovie multiplie les acquisitions tous azimuts depuis l’invasion russe en Ukraine : chars K2 coréens, lance-roquettes américains HIMARS, obusiers Caesar français. Le pays prévoit de porter son budget de défense à 4,7 % du PIB d’ici 2028, soit environ 30 milliards d’euros annuels. L’acquisition d’un chasseur européen viendrait diversifier une flotte actuellement dominée par les F-16 et les futurs F-35A commandés en 2024.
Problème : le calendrier. Les livraisons du F-35 à la Pologne doivent débuter en 2026, avec une montée en puissance jusqu’en 2030. Intercaler une commande Rafale imposerait de gérer deux flottes de génération équivalente mais aux logiques industrielles opposées. Certains analystes y voient plutôt un moyen de pression sur Washington pour accélérer les livraisons Lockheed Martin.
Les Emirats négocient une extension de leur commande initiale
Abou Dhabi discute l’acquisition de 24 Rafale supplémentaires, qui viendraient compléter les 80 appareils signés fin 2021 dans le cadre du contrat dit « du siècle ». Les premières livraisons de cette commande historique ont débuté en avril 2025. Les Emirats réceptionnent actuellement deux appareils par mois, un rythme qui doit monter à quatre d’ici début 2027.
Cette commande additionnelle traduirait moins un besoin opérationnel immédiat qu’une logique d’anticipation industrielle. Les forces aériennes émiriennes souhaitent constituer une flotte homogène de 104 appareils, chiffre qui correspond à huit escadrons complets avec réserve de maintenance. L’extension permettrait surtout de bloquer une partie des lignes de production françaises jusqu’en 2035.
Les négociations porteraient sur une version améliorée du standard F5, intégrant les évolutions radar et liaison de données prévues pour la tranche 2030. Montant estimé : 7 à 8 milliards d’euros, selon des sources proches du dossier. Dassault n’a pas souhaité commenter.
Pourquoi ces contrats restent incertains
L’Indonésie reprend contact après deux ans de silence
Djakarta aurait relancé les échanges avec Paris concernant l’acquisition de 24 à 36 Rafale. Les discussions avaient été gelées en 2024 au profit du programme KF-21 développé conjointement avec la Corée du Sud. Mais ce projet accuse désormais 18 mois de retard, et l’Indonésie cherche une solution de transition.
Le pays dispose actuellement d’une flotte vieillissante de F-16C/D et de Sukhoi Su-27/30. Aucun des deux types ne sera modernisé : Washington a refusé de vendre des kits de mise à niveau AESA en 2025, tandis que Moscou ne peut plus honorer les contrats de maintenance signés avant 2022. L’armée de l’air indonésienne se retrouve avec une capacité de combat réduite de moitié par rapport à son format théorique.
Problème budgétaire : Djakarta n’a pas les moyens de financer un contrat supérieur à 3 milliards d’euros en paiement comptant. Les discussions porteraient sur un financement étalé sur quinze ans via des prêts export garantis par Bpifrance et Coface. Mais cette formule impose l’accord du Trésor français, et Paris rechigne à accorder des conditions trop généreuses après l’échec du contrat de sous-marins australiens.
| Pays | Statut | Quantité | Période estimée |
|---|---|---|---|
| Pologne | Négociation | 36 | 2028-2032 |
| Emirats arabes unis | Extension possible | 24 (en plus de 80) | 2030-2035 |
| Indonésie | Relance discussions | 24-36 | Non précisé |
| Inde | Livraisons en cours | 36 | 2022-2027 |
| Croatie | Livraisons terminées | 12 (occasion) | 2024-2025 |
Une cadence de production sous tension jusqu’en 2035
Les lignes de Mérignac tournent actuellement à plein régime. Dassault livre simultanément l’armée de l’air et de l’espace française, les Emirats, l’Inde, l’Égypte et la Grèce. La cadence atteint désormais trois appareils par mois, contre deux en 2024. L’industriel vise quatre avions mensuels début 2027, ce qui nécessite d’embaucher 800 personnes supplémentaires d’ici fin 2026.
Problème : les délais s’allongent mécaniquement. Un pays qui signerait aujourd’hui ne recevrait son premier appareil qu’en 2029 au mieux. Cette latence joue contre le Rafale face au F-35, dont Lockheed Martin produit 180 exemplaires par an avec des livraisons sous 24 mois pour les clients export prioritaires. La Pologne, notamment, pourrait recevoir ses F-35 avant même qu’un contrat Rafale ne soit paraphé.
Dassault explore une solution : une « ligne export dédiée » qui assemblerait uniquement les appareils destinés à l’international, laissant Mérignac se concentrer sur la France. Bordeaux-Mérignac n’a pas la surface nécessaire. L’hypothèse d’une extension à Toulouse circule, mais rien n’a été décidé. Coût estimé de l’investissement : 600 à 800 millions d’euros, que Dassault ne souhaite engager qu’avec la certitude de commandes fermes pour au moins dix ans.
Le F-35 reste la référence, mais le Rafale tient son rang
Le chasseur américain a vendu plus de 1 000 exemplaires export. Le Rafale plafonne à 280 appareils commandés depuis 2015, toutes versions confondues. Mais la comparaison ne tient pas compte des logiques d’achat. Le F-35 s’impose dans les pays membres de l’OTAN par compatibilité système et par pression politique américaine. Le Rafale séduit les pays qui cherchent une autonomie stratégique : pas de contrôle d’utilisation par Washington, pas de clause d’embargo unilatéral, accès complet aux codes sources pour l’Inde et les Emirats.
Les performances pures ne sont plus le critère déterminant. Le Rafale reste supérieur au F-35 en combat tournoyant et en rayon d’action avec charge lourde. Le F-35 domine en furtivité radar et en guerre électronique intégrée. Mais la vraie différence tient au package industriel. Lockheed offre une intégration totale dans l’écosystème américain : missiles AMRAAM et JASSM, bombes JDAM, ravitailleurs Boeing, entraînement Red Flag. Dassault propose du sur-mesure et de la souveraineté, mais sans l’effet volume.
Résultat : le Rafale gagne là où les États-Unis refusent de vendre, ou imposent des conditions inacceptables. L’Inde a écarté le F-35 dès 2020, refusant la clause américaine de supervision permanente. Les Emirats ont négocié le F-35, mais Abu Dhabi a finalement préféré doubler la commande Rafale pour garder la main sur ses opérations au Yémen et en Libye, zones où Washington impose des restrictions.
Trois contrats qui ne signeront peut-être jamais
Discussions ne signifie pas signature. Sur dix négociations export annoncées pour le Rafale depuis 2015, quatre seulement ont abouti : Inde, Égypte, Qatar, Emirats. La Malaisie, la Colombie, la Belgique ont finalement opté pour d’autres solutions. L’Irak et la Serbie ont gelé leurs projets faute de budget.
La Pologne reste un pari risqué. Varsovie cherche surtout à négocier des compensations industrielles : assemblage local, transferts de technologie, sous-traitance pour Thales et Safran. Paris refuse systématiquement ce type de contrepartie pour le Rafale, considéré comme un « actif stratégique non délocalisable ». Si la Pologne maintient ses exigences, le contrat échouera.
Les Emirats, en revanche, présentent une probabilité élevée de concrétisation. Abou Dhabi dispose des fonds, des infrastructures et d’un besoin réel. Une annonce pourrait intervenir d’ici fin 2026, lors de la visite d’État prévue du président français aux Emirats. L’Indonésie reste l’inconnue : tout dépendra de l’arbitrage budgétaire du gouvernement Prabowo, qui privilégie actuellement la marine et l’armée de terre.
Rafale export 2026 : les trois dossiers en cours
- La Pologne négocie 36 Rafale avec livraison entre 2028 et 2032, mais possède déjà des F-35 commandés en 2024
- Les Emirats discutent 24 appareils additionnels après les 80 signés fin 2021, avec livraisons déjà en cours depuis avril 2025
- L'Indonésie relance les discussions après deux ans de gel, le programme KF-21 sud-coréen accusant 18 mois de retard
- Dassault produit actuellement trois Rafale par mois à Mérignac, visant quatre début 2027 avec 800 embauches prévues d'ici fin 2026
- Un pays signant aujourd'hui ne recevrait son premier appareil qu'en 2029, délai incompatible avec certains besoins opérationnels urgents
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