Le Rafale F5 ne sera pas une simple évolution du F4 : Dassault Aviation en fait un appareil capable de rivaliser avec les standards de cinquième génération.
Le vocabulaire employé par Éric Trappier, président-directeur général de Dassault Aviation, ne laisse pas de place à l’ambiguïté. Le patron de l’avionneur parle désormais de « Super-Rafale » pour qualifier le standard F5, dont la première version doit voler entre 2033 et 2035. Le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’Armée de l’Air et de l’Espace, avait lui-même déclaré devant le Sénat : « C’est un nouvel avion, on aurait même dû l’appeler autrement. » Le F5 devrait ainsi s’écarter du F4 autant que le Super-Étendard s’était éloigné de l’Étendard IV ou que le F/A-18E/F Super Hornet diffère du F/A-18 Hornet.
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Sébastien Lecornu, ministre des Armées, a annoncé en septembre 2026 que les premières commandes du Rafale F5 avaient été notifiées aux industriels « il y a quelques semaines » lors d’une cérémonie sur la base aérienne de Saint-Dizier. La loi de programmation militaire 2024-2030 actualisée prévoit la livraison d’au moins 47 Rafale F5 aux Forces aériennes stratégiques françaises d’ici 2035. Dassault Aviation poursuit l’étude de levée de risques notifiée en 2023 par le ministère des Armées et prépare la contractualisation du programme.
Le calendrier impose une cadence serrée. Entre la conception détaillée, les essais, l’industrialisation et les premières livraisons, les équipes de Dassault disposent de sept ans. La Direction générale de l’armement a déjà engagé plusieurs contrats préparatoires portant sur les principaux équipements du futur appareil. Le ministère des Armées a prévu d’investir 195 millions d’euros sur la période 2023-2026 pour la phase de levée de risques. Une enveloppe supplémentaire de 318 millions d’euros finance les technologies clés : radar, guerre électronique, connectivité et intégration nucléaire de l’ASN4G.
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Un moteur M88 T-REX porté à 9,5 tonnes de poussée
Le saut capacitaire repose d’abord sur la propulsion. Safran Aircraft Engines développe le moteur M88 T-REX, qui devra passer de 7,5 à 9,5 tonnes de poussée avec postcombustion tout en maintenant le rayon d’action et les performances du Rafale dans ses configurations les plus lourdes[1]. En juin 2025, l’industriel avait annoncé des études préalables visant initialement une poussée de 9 tonnes. Emmanuel Chiva, président de l’Office national d’études et de recherches aérospatiales, avait qualifié cette combinaison d’exigences de « défi ».
La Direction générale de l’armement met actuellement à l’épreuve les briques technologiques du futur réacteur. Ces essais portent sur la chambre de combustion, la turbine haute pression et les matériaux capables de supporter des températures accrues. Le M88 T-REX devra offrir une poussée supérieure sans dégrader la consommation ni alourdir l’appareil. Les premiers tests au banc ont débuté fin 2025.
Combat collaboratif : un drone furtif issu du Neuron
Le F5 sera conçu nativement pour opérer avec un drone de combat furtif. Éric Trappier a précisé que ce drone, issu des travaux menés sur le démonstrateur Neuron, contribuera « à la supériorité technologique et opérationnelle des ailes françaises à partir de 2033 »[2]. Sébastien Lecornu a ajouté que le standard F5 doit permettre aux avions de « pénétrer les défenses les plus aguerries pour rejoindre leur point de tir de l’ASN4G », le missile nucléaire hypersonique de quatrième génération prévu pour 2035.
Le drone de combat, désigné par l’acronyme CCA dans les documents de planification, sera piloté depuis le cockpit du Rafale F5. Il pourra assurer des missions de reconnaissance, de brouillage ou de saturation des défenses adverses. Seuls les appareils produits directement au standard F5 disposeront de cette capacité dès leur sortie de chaîne. Les 42 Rafale de la tranche 5, notifiés fin 2023 au standard F4, sont contractuellement évolutifs vers le F5, mais devront subir une modernisation estimée entre 15 et 25 millions d’euros par appareil[3].
Pourquoi le F5 marque une rupture
Une nouvelle cellule et des réseaux en fibre optique
Le F5 embarquera une cellule modifiée pour accueillir le nouveau moteur et les systèmes de combat collaboratif. Dassault Aviation a conçu cette évolution pour faciliter les rétrofits ultérieurs. Tous les Rafale F4 produits, y compris ceux de l’Indian Air Force en cas de commande, pourront être portés à un standard comparable au F5 afin d’assurer l’uniformité des flottes. Les négociations en cours avec New Delhi portent sur 114 Rafale, dont 90 en F4 et 24 potentiellement directement en F5.
Les réseaux internes passeront en fibre optique pour supporter les flux de données nécessaires au combat en réseau. Le F5 devra échanger en temps réel avec les autres moyens engagés dans une opération : satellites, drones, navires, avions de patrouille maritime. Cette architecture réseau constitue l’un des cinq piliers du Système de combat aérien du futur, programme franco-germano-espagnol abandonné en 2026 après neuf ans de tractations.
Une furtivité par délégation sans refonte complète
Le Rafale F5 ne sera pas un chasseur à très faible observabilité comme le F-35 ou le Su-57. Dassault Aviation ne refondera pas la signature radar de l’appareil. En revanche, le drone de combat furtif piloté depuis le F5 offrira une capacité de pénétration dans les environnements fortement défendus. Cette approche permet à l’Armée de l’Air et de l’Espace de retrouver une capacité de combat furtif à l’horizon 2035 sans engager le développement d’un chasseur piloté de sixième génération.
Éric Trappier a confirmé que le F5 couvre cinq des sept piliers du SCAF. Ne manquent qu’un moteur de nouvelle génération et une cellule entièrement repensée pour franchir le cap de la sixième génération. Le calendrier prévoit la poursuite des études sur un avion de sixième génération franco-britannique ou entièrement national après 2040. D’ici là, le F5 et son drone de combat assureront la supériorité aérienne française face aux défenses sol-air modernes.
Rafale F5 : calendrier et commandes
- Au moins 47 Rafale F5 livrés d’ici 2035 aux Forces aériennes stratégiques françaises
- Premières commandes notifiées en septembre 2026 par le ministère des Armées
- Entrée en service visée entre 2033 et 2035
- Investissement de 195 millions d’euros sur 2023-2026 pour la levée de risques
- 318 millions d’euros pour les technologies clés (radar, guerre électronique, connectivité, intégration nucléaire)
- Modernisation d’un F4 vers le F5 estimée entre 15 et 25 millions d’euros par appareil
Pourquoi le F5 marque une rupture
Le moteur M88 T-REX de Safran passe de 7,5 à 9,5 tonnes de poussée avec postcombustion, tout en maintenant rayon d’action et performances dans les configurations lourdes.
Le F5 pilotera un drone de combat furtif issu du Neuron. Cette capacité native distingue le F5 des standards précédents, qui nécessiteront un retrofit pour opérer avec un CCA.
Le F5 intégrera l’ASN4G, missile nucléaire hypersonique de quatrième génération prévu pour 2035. Il devra pénétrer les défenses adverses pour atteindre son point de tir.
Réseaux internes en fibre optique pour échanger en temps réel avec satellites, drones et autres moyens engagés. Le F5 couvre cinq des sept piliers du SCAF.
Rafale F5 : calendrier et commandes
- Le Rafale F5 est qualifié de « Super-Rafale » par Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation
- Premières commandes notifiées en septembre 2026 par le ministère des Armées
- Le moteur M88 T-REX de Safran passera de 7,5 à 9,5 tonnes de poussée avec postcombustion
- Le F5 pilotera nativement un drone de combat furtif issu du démonstrateur Neuron
- Entrée en service visée entre 2033 et 2035 avec au moins 47 appareils livrés d'ici 2035
- La modernisation d'un F4 vers le F5 coûtera entre 15 et 25 millions d'euros par appareil
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
- Dassault relance le calendrier du Rafale F5 avec trois nouveaux contrats - 13 septembre 2026
- Quatre Rafale français bouclent 40 000 km, du Groenland à l’Égypte : une démonstration rare - 12 septembre 2026
- La Suisse reconsidère le F-35 : des élus appellent au Rafale après un contrat mal lu - 11 septembre 2026