La centrale nucléaire de Gravelines, la plus puissante de France, connaît un mouvement de grève massif avec 80% de participation selon les syndicats, dans un contexte de tensions salariales.
La centrale de Gravelines, implantée dans le Nord et forte de ses six réacteurs, traverse une mobilisation sociale d’ampleur. Les syndicats annoncent un taux de grévistes de 80%, un chiffre qui reflète la tension qui monte depuis plusieurs semaines autour des négociations salariales. Le site, qui représente à lui seul près de 10% de la production électrique nationale, voit son activité perturbée alors que la filière nucléaire française traverse une phase de relance.
EDF, propriétaire et exploitant du site, n’a pas communiqué de chiffre officiel sur la participation au mouvement. La direction confirme toutefois la tenue d’un préavis de grève et indique que des discussions sont en cours avec les organisations syndicales. Le site de Gravelines emploie environ 2 300 salariés EDF, auxquels s’ajoutent régulièrement plusieurs centaines de prestataires lors des arrêts de tranche.
Un site stratégique pour la production électrique
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Gravelines est la centrale la plus puissante du parc nucléaire français. Avec une capacité installée de 5 460 mégawatts répartis sur six réacteurs de 900 MW, elle devance largement Paluel ou Cattenom. Cette puissance en fait aussi la plus grosse centrale d’Europe occidentale. Le site produit chaque année entre 30 et 35 térawattheures, soit l’équivalent de la consommation électrique de 7 millions de foyers.
La centrale fonctionne depuis 1980 pour son premier réacteur, et tous les autres ont été mis en service avant 1985. Ces réacteurs de 900 MW, les plus anciens du parc, sont précisément ceux pour lesquels EDF mène actuellement des programmes de prolongation de durée de vie. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) examine au cas par cas les dossiers permettant de dépasser les 40 ans de fonctionnement. Gravelines 1 a obtenu son feu vert en 2024, les autres unités suivent progressivement le même processus.
Des revendications salariales dans un contexte de relance
Les syndicats réclament des revalorisations salariales que la direction d’EDF juge incompatibles avec les contraintes budgétaires du groupe. La CGT, FO et la CFE-CGC portent des demandes d’augmentations générales, ainsi que des primes spécifiques liées aux conditions de travail sur le site. Le contexte est d’autant plus tendu qu’EDF multiplie les chantiers : construction de l’EPR2 à Penly, grand carénage du parc existant, recrutements massifs pour combler les départs en retraite.
Le groupe a annoncé en 2025 un plan de recrutement de 10 000 personnes par an jusqu’en 2028, tous métiers confondus. Mais les négociations salariales achoppent sur la répartition de l’effort : les syndicats estiment que les salariés en poste paient le prix de ces investissements futurs, sans bénéficier d’une reconnaissance à la hauteur de leur engagement dans la relance de la filière.
| Indicateur | Gravelines | Parc EDF (total) |
|---|---|---|
| Nombre de réacteurs | 6 | 56 |
| Puissance installée | 5 460 MW | 61 370 MW |
| Production annuelle | 30-35 TWh | ~320 TWh |
| Mise en service | 1980-1985 | 1977-2002 |
Source : EDF
Impact sur la production et la filière
La grève intervient alors que le parc nucléaire français a connu des années difficiles. En 2022, la production avait chuté à 279 TWh, son plus bas niveau depuis 1990, en raison d’une vague d’arrêts pour corrosion sous contrainte. La remontée en puissance a été progressive : 320 TWh en 2023, 335 TWh en 2024, et EDF vise 350 TWh en 2026. Chaque jour d’arrêt non programmé sur un réacteur de 900 MW représente une perte de production de 21,6 GWh.
À Gravelines, la sûreté reste assurée en toutes circonstances : les équipes minimales de conduite et de sécurité sont maintenues, grève ou pas. Mais les opérations de maintenance, les chantiers de modernisation et les préparations d’arrêts de tranche peuvent prendre du retard. Or, le planning est serré : EDF doit tenir ses objectifs de disponibilité pour sécuriser l’approvisionnement électrique du pays et honorer ses engagements sur le marché européen.
La direction d’EDF a multiplié les réunions ces derniers jours, tentant de trouver un terrain d’entente. Aucune issue n’est annoncée à court terme. Les syndicats maintiennent la pression et n’excluent pas de durcir le mouvement si les discussions restent au point mort. De son côté, le ministère de la Transition énergétique observe la situation de près, conscient que toute perturbation durable du parc nucléaire pèse sur la stratégie de souveraineté énergétique.
Gravelines, symbole des enjeux de la filière
Ce mouvement social dépasse le cadre d’un conflit salarial classique. Il cristallise les tensions d’une filière nucléaire française en pleine mutation. D’un côté, l’État réaffirme son soutien au nucléaire, avec la relance des EPR2 et la prolongation du parc existant. De l’autre, les salariés qui font tourner ces installations au quotidien estiment ne pas bénéficier des fruits de cette relance.
Gravelines incarne cette contradiction : site vieillissant mais stratégique, premier employeur industriel du département du Nord, outil de production indispensable à l’équilibre du réseau électrique, mais aussi théâtre de revendications sociales légitimes dans un contexte de réindustrialisation qui tarde à se traduire en améliorations concrètes pour les équipes en place. La résolution de ce conflit dira beaucoup de la capacité d’EDF et de l’État à accompagner humainement la relance qu’ils affichent techniquement.
Centrale de Gravelines : les points clés
- 80% de grévistes selon les syndicats, la direction d’EDF n’a pas confirmé ce chiffre
- Site le plus puissant de France : 6 réacteurs, 5 460 MW, 30 à 35 TWh par an
- Revendications salariales dans un contexte de relance de la filière nucléaire
- Environ 2 300 salariés EDF sur le site, auxquels s’ajoutent des prestataires
- Négociations en cours, issue incertaine à court terme
Pouvoir d’achat
Les syndicats réclament des revalorisations salariales que la direction juge incompatibles avec les contraintes budgétaires d’EDF, dans un groupe qui recrute massivement.
Production électrique
Gravelines représente près de 10% de la production nationale. Tout retard dans les opérations de maintenance pèse sur les objectifs de disponibilité du parc pour 2026.
Souveraineté énergétique
Le site est stratégique pour l’équilibre du réseau. La résolution rapide du conflit conditionne la crédibilité de la stratégie de relance nucléaire affichée par l’État.
Climat social dans la filière
Ce mouvement pourrait faire tache d’huile sur d’autres sites EDF si aucune issue n’est trouvée, fragilisant le plan de recrutement de 10 000 personnes par an.
Centrale de Gravelines : les points clés
- 80% de grévistes selon les syndicats à la centrale de Gravelines
- Gravelines est la centrale nucléaire la plus puissante de France avec 5 460 MW
- Le site produit près de 10% de l'électricité nationale, soit 30 à 35 TWh par an
- Les syndicats réclament des revalorisations salariales, la direction invoque les contraintes budgétaires
- EDF prévoit de recruter 10 000 personnes par an jusqu'en 2028 dans la filière nucléaire
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