Pierre-Henri Chuet, ancien pilote de l’aéronavale française, a été mis en examen le 23 juillet pour intelligence avec une puissance étrangère. Il aurait divulgué des informations militaires à Pékin lors de deux déplacements en Chine.
L’affaire éclate après des mois d’investigation menée par la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI). Pierre-Henri Chuet, 39 ans, originaire de l’Eure, a été placé en garde à vue dans les locaux de la DGSI avant d’être présenté à un juge d’instruction. Le parquet de Paris a retenu quatre chefs d’accusation : divulgation de secret de défense nationale par son dépositaire, intelligence avec une puissance étrangère, collecte d’informations sur les intérêts fondamentaux de la nation et livraison d’information à une puissance étrangère. L’ancien pilote de chasse a été placé sous contrôle judiciaire. Son domicile a été perquisitionné.
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Franco-canadien, Chuet a servi dans l’aéronavale française durant les années 2010. Il a notamment piloté des Rafale depuis le porte-avions Charles-de-Gaulle lors d’opérations contre l’État islamique en Irak. Il a quitté l’armée en 2021 avant de se reconvertir dans le conseil aux entreprises et la formation. Parallèlement, il a lancé une chaîne YouTube sous le pseudonyme « Até Chuet », qui compte aujourd’hui 566 000 abonnés.
Deux séminaires en Chine, non déclarés à la hiérarchie
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Les soupçons portent sur deux voyages effectués entre le printemps 2018 et le début 2020, alors que Chuet était encore militaire d’active. Selon Mediapart, il s’est rendu en Chine à deux reprises pour animer des séminaires destinés à des militaires. Ces déplacements n’auraient jamais été signalés à sa hiérarchie, comme l’imposent les règles en vigueur dans les Armées [1].
En septembre 2018, l’ancien pilote aurait évoqué un système d’atterrissage de précision basé sur le GPS lors d’une première intervention. Cette conférence de quatre jours lui aurait rapporté plus de 20 000 euros, facturés à une école de pilotage basée en Afrique du Sud qui avait organisé le déplacement. Un second séminaire, consacré à un avion-radar de la Marine française, lui aurait permis d’encaisser plus de 60 000 euros. Contacté en 2023, Chuet avait démenti toute activité illégale et affirmé qu’aucun secret n’avait été divulgué.
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En 2025, Xavier Tytelman, consultant aéronautique et défense, avait publiquement accusé Pierre-Henri Chuet d’être « au service de la Chine ». « Soutenir la Chine, c’est soutenir un pays qui nous veut du mal à nous et à nos alliés. Le fait d’avoir des militaires français qui forment des soldats ennemis pour les faire monter en puissance contre nous, c’est dramatique », avait-il déclaré dans une vidéo YouTube.
Pékin recrute en Occident pour ses porte-avions
La montée en puissance de la Marine chinoise nécessite la formation accélérée de dizaines de pilotes d’aéronavale, capables d’apponter sur ses nouveaux porte-avions. En septembre 2025, la Chine est devenue le deuxième pays au monde à disposer de catapultes électromagnétiques pour faire décoller ses avions depuis le Fujian. Selon les renseignements américains, Pékin prévoit de mettre à l’eau six nouveaux porte-avions dans les années à venir.
Pour accélérer cette montée en compétence, la Chine a multiplié les approches auprès de pilotes occidentaux expérimentés. En octobre 2022, Le Figaro avait recueilli le témoignage d’un ancien pilote français de Super Étendard, approché par la même école de pilotage sud-africaine. « L’offre était très alléchante. Ils cherchent des instructeurs qualifiés pour l’appontage sur porte-avions », avait-il confié sous couvert d’anonymat. Le contrat proposait environ 20 000 euros par mois, nets d’impôts, pour former des instructeurs chinois pendant trois ans.
Le cas Chuet n’est pas isolé. Les services de renseignement occidentaux ont repéré plusieurs tentatives de recrutement similaires au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Australie. Les profils visés : des pilotes ayant une expérience opérationnelle de l’aviation embarquée, particulièrement sur porte-avions à propulsion nucléaire ou équipés de catapultes électromagnétiques.
Enjeux stratégiques de l'affaire
Une affaire qui ravive les tensions sur le renseignement
L’affaire survient dans un contexte de vigilance accrue des services français face aux ingérences étrangères. En juillet 2026, une stagiaire canadienne d’origine chinoise a été arrêtée en Belgique pour des soupçons d’espionnage au sein de l’Otan. Les autorités françaises ont renforcé les protocoles de déclaration des déplacements pour les militaires et les anciens militaires ayant accès à des informations classifiées.
Pierre-Henri Chuet a, de son côté, contesté les accusations. Interrogé par Le Canard enchaîné, il a déclaré : « Je me suis contenté d’animer deux séminaires de trois jours chacun […]. Mon voyage de 2019 ne s’est pas très bien passé, je n’ai plus jamais remis un pied en Chine ensuite. » Il a également affirmé que ses déplacements à l’étranger avaient toujours été signalés aux services compétents, en amont ou en aval.
L’enquête se poursuit désormais sous la direction d’un juge d’instruction. Les chefs d’accusation retenus exposent Chuet à une peine pouvant aller jusqu’à 30 ans de prison. Le parquet de Paris rappelle que l’ancien pilote est présumé innocent tant qu’il n’a pas été jugé.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Âge | 39 ans |
| Nationalité | Franco-canadienne |
| Carrière militaire | Pilote de Rafale sur le Charles-de-Gaulle, missions en Irak contre Daech |
| Départ de l’armée | 2021 |
| Reconversion | Conseil, formation, chaîne YouTube (566 000 abonnés) |
| Voyages en Chine | 2 séminaires entre 2018 et 2020, non déclarés à la hiérarchie |
| Rémunération estimée | Plus de 80 000 euros cumulés |
| Mise en examen | 23 juillet 2026 |
| Chefs d’accusation | Intelligence avec puissance étrangère, divulgation de secret défense, collecte et livraison d’informations |
| Peine encourue | Jusqu’à 30 ans de prison |
Source : Ouest-France
L’affaire Chuet soulève des questions sur le suivi des anciens militaires ayant accès à des informations sensibles. Les Armées françaises imposent depuis longtemps des obligations de déclaration pour tout déplacement à l’étranger, y compris après la fin du service actif. Mais le contrôle effectif de ces obligations reste difficile, notamment pour les personnels reconvertis dans le privé.
Affaire Chuet : ce qu'il faut retenir
- Pierre-Henri Chuet, 39 ans, ancien pilote de Rafale, mis en examen le 23 juillet 2026
- Quatre chefs d'accusation, dont intelligence avec une puissance étrangère
- Deux séminaires en Chine en 2018 et 2020, non déclarés à la hiérarchie militaire
- Rémunération cumulée estimée à plus de 80 000 euros
- Chaîne YouTube suivie par 566 000 abonnés
- Peine encourue : jusqu'à 30 ans de prison
Sources
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