Les ransomwares ont fait 389 % de victimes supplémentaires en un an. Face à l’industrialisation du cybercrime et l’usage de l’IA par les attaquants, la souveraineté numérique change de nature : elle ne se joue plus sur le choix du fournisseur mais sur la capacité à continuer d’opérer sous pression.
Les grands groupes industriels et les opérateurs critiques ont subi ces dernières années des cyberattaques qui ont interrompu des sites de production, paralysé des chaînes d’approvisionnement ou perturbé des infrastructures vitales. Les coûts se comptent en centaines de millions d’euros, parfois en milliards. La continuité d’activité dépend d’écosystèmes numériques dont la disponibilité ne peut plus être tenue pour acquise.
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L’enjeu a changé de nature. La souveraineté numérique ne se résume plus au lieu d’hébergement des données ni au passeport du fournisseur cloud. Elle désigne une capacité opérationnelle : maintenir la mission, remplir le service, faire tourner la production malgré la perturbation. C’est une affaire de résilience plus que de drapeau.
Une hausse de 389 % des victimes de ransomware en douze mois
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Le Rapport 2026 sur le panorama des menaces mondiales de FortiGuard Labs, laboratoire de recherche et de veille de Fortinet, enregistre un bond de 389 % du nombre de victimes de ransomware sur un an [1]. Les attaques s’appuient de plus en plus sur l’intelligence artificielle, signe d’une industrialisation rapide du cybercrime. Les groupes criminels automatisent la reconnaissance des failles, personnalisent les messages de phishing et accélèrent la propagation latérale une fois entrés dans un réseau.
La question n’est plus de savoir si une organisation sera touchée. L’interconnexion des infrastructures, la multiplication des vecteurs d’attaque et la professionnalisation des attaquants rendent le scénario inévitable. L’enjeu consiste à développer une capacité de résistance et d’adaptation face à des menaces qui évoluent en permanence.
Quand la dépendance technologique devient dépendance stratégique
Une entreprise peut aujourd’hui faire reposer une part critique de son activité sur un fournisseur cloud, un éditeur de logiciel ou un prestataire technologique. Si ce fournisseur devient indisponible ou cesse de répondre aux besoins, les conséquences sont immédiates : interruption d’un processus métier, ralentissement de la production, dégradation du service aux clients ou perte d’accès aux données.
La souveraineté numérique consiste à éviter que cette dépendance technologique se transforme en dépendance stratégique. Cela suppose d’anticiper : disposer d’un fournisseur alternatif, conserver un niveau de maîtrise sur ses infrastructures, pouvoir récupérer et exploiter ses propres données sans l’intermédiaire du prestataire initial. L’accélération du numérique et la généralisation de l’intelligence artificielle renforcent encore cette exigence. Une organisation qui ne contrôle pas ses systèmes critiques ni ses données ne peut garantir sa continuité d’activité.
Pourquoi la résilience numérique change la donne
Résilience : maintenir les services vitaux pendant la crise
La résilience prend un relief particulier pour les infrastructures critiques des secteurs de l’énergie, du transport, de la santé ou de l’industrie. Concrètement, elle se traduit par la capacité à rétablir rapidement une activité critique, maintenir les services indispensables pendant une crise et limiter les conséquences d’une défaillance technique ou d’une attaque.
Cela passe par des architectures redondantes, la séparation des environnements sensibles, des plans de continuité régulièrement testés et la formation des équipes aux procédures dégradées. L’État français a acquis en novembre 2024 80 % du capital d’Alcatel Submarine Networks (ASN), acteur mondial des câbles sous-marins qui acheminent 99 % du trafic de données [4]. ASN déploie une flotte de navires câbliers et exploite des sites industriels en France, en Norvège et au Royaume-Uni, avec plus de 750 000 km de câbles posés. Cette acquisition positionne la France face aux géants américains et japonais du secteur et illustre la dimension concrète de la résilience numérique : contrôler les infrastructures physiques qui portent le trafic.
Au-delà de la conformité réglementaire, l’impératif opérationnel
La souveraineté numérique est souvent abordée sous un angle réglementaire ou géopolitique. Les implications restent avant tout opérationnelles. Une administration ou une entreprise doit pouvoir basculer sur un système de secours, récupérer ses données, reconfigurer une chaîne logistique ou déployer un patch sans attendre l’aval d’un tiers situé hors d’Europe.
Cette autonomie suppose des compétences internes, une architecture maîtrisée et des scénarios de crise documentés. Elle implique aussi de ne pas tout externaliser : conserver en interne la connaissance des systèmes critiques, des flux de données et des dépendances entre applications. La résilience ne s’achète pas clé en main. Elle se construit dans la durée, à travers des investissements en formation, en infrastructure et en processus.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Hausse du nombre de victimes de ransomware (en un an) | +389 % |
| Part du trafic de données mondial acheminée par câbles sous-marins | 99 % |
| Longueur de câbles sous-marins déployés par Alcatel Submarine Networks | 750 000 km |
| Part du capital d’ASN acquise par l’État français (novembre 2024) | 80 % |
Source : La Tribune, FortiGuard Labs
Les PME et ETI sont particulièrement exposées. Elles disposent rarement des moyens d’une DSI dédiée à la sécurité, mais subissent les mêmes attaques que les grands groupes. Les ransomwares ne font pas de distinction de taille. Une sous-traitance mal sécurisée, un VPN obsolète ou une sauvegarde non testée suffisent à ouvrir la porte. La résilience passe alors par des solutions mutualisées, des partenariats sectoriels et l’accompagnement public.
L’Europe tente de renforcer sa position avec plusieurs initiatives réglementaires et industrielles. Mais la réglementation ne suffit pas si les organisations ne disposent pas des compétences et des moyens pour l’appliquer. La souveraineté numérique se joue aussi dans les centres de formation, les laboratoires de recherche et les PME qui développent des solutions locales.
Les cyberattaques vont continuer d’augmenter en fréquence et en sophistication. L’enjeu pour les entreprises et les administrations est de passer d’une logique de protection à une logique de résilience. Savoir qu’on sera touché, savoir comment continuer quand même. C’est là que se joue désormais la souveraineté.
Cybersécurité et résilience : les faits marquants
- Les victimes de ransomware ont bondi de 389 % en un an, selon FortiGuard Labs.
- L'État français a acquis 80 % d'Alcatel Submarine Networks en novembre 2024, leader mondial des câbles sous-marins.
- 99 % du trafic de données mondial transite par ces câbles, infrastructures critiques pour la souveraineté.
- Les cyberattaques reposent de plus en plus sur l'intelligence artificielle, signe d'une industrialisation du cybercrime.
- La résilience consiste à maintenir les services vitaux pendant une crise et à rétablir rapidement l'activité.
- La dépendance à un fournisseur unique peut se transformer en risque stratégique lors d'une panne ou d'une attaque.
Sources
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