Fermetures de sites, licenciements massifs, défaillances records : le secteur automobile symbolise l’échec du projet France 2030 de réindustrialisation lancé à l’automne 2021.
Marc Ferracci a choisi ses mots. Le 8 novembre 2024, le ministre de l’Industrie déclarait au micro de France Inter que de nouvelles « fermetures de sites dans les semaines et les mois à venir » allaient toucher l’automobile française. Le même jour, il essuyait des huées nourries à Cholet (Maine-et-Loire), sur l’un des deux sites Michelin condamnés à disparaître. Plus de 3 600 emplois supprimés rien que chez Michelin et Auchan : la promesse de réindustrialisation d’Emmanuel Macron s’efface sous une vague de plans sociaux.
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La concurrence chinoise, le recul des ventes, la lenteur de l’électrification : tous ces facteurs ont mis le secteur à terre. Le projet France 2030, lancé avec éclat il y a trois ans, peine à produire les résultats escomptés. Les voyants passent au rouge.
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L’économiste Marc Touati résume la situation en quelques mots : « Les entreprises ont dû faire face à une augmentation des coûts de production, avec une baisse du pouvoir d’achat qui a cassé la consommation. » À cela s’ajoutent la hausse des taux d’intérêt et l’instabilité politique. « Il y a une conjonction d’évolutions qui fait que les entreprises ne peuvent plus, aujourd’hui, créer d’emplois. C’est même l’inverse, elles en détruisent, elles licencient. »
La France affiche déjà la pression fiscale la plus élevée du monde. La croissance stagne depuis plusieurs années. Et maintenant que les impôts ont encore grimpé, que la croissance s’effondre et que la récession menace, la situation ne peut qu’empirer. « Nous sommes très, très loin de la réindustrialisation promise par messieurs Macron, Lemaire et tutti quanti. Malheureusement, c’est exactement l’inverse qui se produit », assène Marc Touati.
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Dans le secteur automobile, la récession ne date pas d’hier : « la récession est là depuis deux ans ». Les chiffres de défaillances d’entreprises parlent d’eux-mêmes.
66 000 défaillances d’entreprises en douze mois
Sur les douze derniers mois, la France a enregistré 66 000 défaillances d’entreprises, un record. Beaucoup de petites structures disparaissent, avec des conséquences lourdes sur l’emploi. L’État, de son côté, doit gérer un budget à la dérive et ne peut plus jouer les sauveurs. Les marges de manœuvre budgétaires se sont réduites comme peau de chagrin.
Le secteur automobile concentre à lui seul une grande partie des tensions. Michelin ferme deux usines, d’autres sites sont menacés. Les annonces de licenciements se multiplient, les carnets de commandes ne se remplissent plus comme avant. Le modèle économique des équipementiers et constructeurs français vacille.
Pourquoi le secteur automobile français vacille
L’exécutif fait le dos rond
Face à cette succession de coups durs, l’exécutif multiplie les annonces de moyens et promet des « solutions dignes pour les salariés licenciés ». Mais les promesses se heurtent à la réalité budgétaire. Difficile de soutenir massivement des plans de reclassement quand les caisses sont vides et que la politique industrielle tarde à produire ses effets.
Le contraste est brutal avec les déclarations tonitruantes de 2021. À l’époque, Emmanuel Macron lançait le projet France 2030 en fanfare, avec l’objectif de réindustrialiser le pays et de faire émerger des champions dans les secteurs d’avenir. Trois ans plus tard, le bilan est sombre. L’industrie française enchaîne les mauvaises nouvelles, et l’automobile en est le symbole le plus visible.
Le secteur pâtit aussi de l’électrification trop lente du parc. Les investissements dans les batteries et les infrastructures de recharge n’ont pas suivi le rythme annoncé. Les constructeurs français se retrouvent en retard face à la concurrence chinoise, qui a massivement investi dans l’électrique et qui inonde désormais le marché européen de modèles à prix compétitifs.
Une crise politique qui aggrave la situation
L’instabilité politique ajoute une couche d’incertitude. Les entreprises ont besoin de visibilité pour investir, embaucher, se projeter. Or la crise politique installée depuis plusieurs mois complique la donne. Les décisions se prennent au compte-gouttes, les arbitrages budgétaires s’éternisent, et les acteurs économiques peinent à obtenir des orientations claires.
Dans ce contexte, les fermetures de sites annoncées par Marc Ferracci ne sont probablement que le début d’une série plus longue. Les semaines et les mois à venir risquent d’apporter leur lot de mauvaises nouvelles. Les équipementiers, déjà fragilisés, redoutent un effet domino.
Pour l’instant, l’exécutif tente de limiter les dégâts en misant sur l’accompagnement des salariés et en multipliant les annonces d’aides sectorielles. Mais sans un redressement rapide de la conjoncture et sans un plan industriel ambitieux, la situation pourrait encore se détériorer.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Défaillances d’entreprises (12 mois) | 66 000 |
| Sites Michelin fermés | 2 |
| Suppression d’emplois (Michelin + Auchan) | + 3 600 |
Source : données publiques
Automobile française : les faits marquants de la crise
- Le ministre de l'Industrie Marc Ferracci annonce de nouvelles fermetures de sites dans les semaines et mois à venir
- 66 000 défaillances d'entreprises en douze mois, un record en France
- Michelin ferme deux usines, dont une à Cholet, avec plus de 3 600 suppressions d'emplois chez Michelin et Auchan
- L'inflation, la hausse des taux d'intérêt et la crise politique pèsent lourdement sur l'industrie
- La récession dans le secteur automobile dure depuis deux ans
- Le projet France 2030, lancé à l'automne 2021 pour réindustrialiser le pays, n'a pas produit les résultats escomptés