Le constructeur d’avions de combat et de jets d’affaires a publié mercredi ses comptes annuels. Résultat net : 977 millions d’euros, en hausse de 5,7 %. Le chiffre d’affaires bondit de 18,5 % à 7,4 milliards, dopé par les livraisons de Rafale à l’export.
Dassault Aviation avait relevé ses prévisions début 2026, de 6,5 milliards à « au-dessus de 7 milliards ». Le groupe a finalement dépassé sa propre révision. Mais Eric Trappier, PDG, tempère dans le communiqué : « Les contextes militaires, géopolitiques et budgétaires, couplés aux droits de douane, créent de l’incertitude sur l’activité. » Il ajoute que « la pression fiscale dégrade la compétitivité de la société ». Une allusion directe à la surtaxe d’impôts en France, qui a amputé le bénéfice net de 96 millions d’euros.
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Autre inquiétude du patron : le Scaf, système de combat aérien du futur. « Nous restons dans l’incertitude », dit-il. Le programme franco-germano-espagnol, où Dassault représente Paris, traverse une passe critique. Il y a deux semaines, Airbus, qui pilote le volet allemand et espagnol, a évoqué publiquement l’hypothèse de deux avions distincts « si nos clients l’exigent ». Un scénario d’échec pour ce qui devait incarner la coopération européenne en matière de défense. Le chancelier Friedrich Merz a publiquement douté de l’avenir du projet. L’Elysée a réagi en jugeant « incompréhensible » que les divergences entre industriels ne soient pas « surmontées ».
26 Rafale livrés, dont 15 à l’export
En attendant, c’est le prédécesseur du Scaf qui soutient l’activité. Le Rafale, entré en service en 2004, connaît une carrière commerciale vigoureuse. Dassault en a livré 26 en 2025, contre 21 l’année précédente. L’objectif était de 25 : dépassé. Sur ces 26 exemplaires, 15 sont partis vers des clients étrangers, 11 vers les forces françaises. Le rythme a doublé par rapport à 2023.
L’Inde commande 114 Rafale à Dassault, soit toute la flotte française actuelle
Le groupe a aussi encaissé 26 nouvelles commandes l’an dernier, toutes de l’Inde, après 30 en 2024. Eric Trappier souligne que « le Rafale a confirmé son succès en 2025, avec la livraison du 300e exemplaire et la commande de 26 appareils par la Marine indienne ». Concernant le contrat géant de 114 Rafale supplémentaires annoncé début 2026, la décision de New Delhi d’entrer en négociation « renforce la nécessité du Make in India », note le constructeur. Dassault a pris en 2025 le contrôle majoritaire de DRAL, sa filiale commune avec Reliance, et noue des partenariats avec Tata Advanced Systems et d’autres industriels locaux.
Falcon : 37 livraisons au lieu de 40
Du côté des avions d’affaires, Dassault n’a pas tenu son objectif. Il visait 40 livraisons de Falcon, il en a remis 37, contre 31 en 2024. Malgré ce retard, la progression reste nette. Le groupe cite parmi ses priorités pour l’année en cours de « respecter ses engagements de livraisons de Rafale et de Falcon en réduisant les cycles et les heures de fabrication ». Mener à bien la négociation indienne figure aussi dans les objectifs.
Tensions persistantes sur le Scaf
Les tensions avec Airbus ne datent pas d’hier. Eric Trappier a déjà accusé le géant européen de ne pas vouloir vraiment travailler avec son groupe sur le Scaf. Les déclarations publiques d’Airbus sur l’option « deux avions » confirment l’impasse. Dans ce contexte, le Rafale devient d’autant plus stratégique : il assure le carnet de commandes et la visibilité financière du groupe. Reste à savoir si le « Super Rafale », évoqué par Dassault comme évolution possible, pourra combler le vide laissé par un Scaf en perdition.