L’EPR de Flamanville affiche une facture de 23,7 milliards d’euros, contre 3,3 milliards annoncés en 2007, et une rentabilité que la Cour des comptes qualifie de médiocre.
Le réacteur EPR de Flamanville devait coûter 3,3 milliards d’euros et entrer en service en 2012. Quatorze ans plus tard, la Cour des comptes publie un rapport sans concession : 23,7 milliards d’euros au total, douze ans de retard sur le calendrier, et une rentabilité inférieure au coût des capitaux engagés par EDF. Le chantier lancé en 2007 s’est transformé en démonstration des limites de la filière nucléaire française sur les projets de nouvelle génération.
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Le raccordement au réseau électrique n’a eu lieu que le 21 décembre 2024. Entre-temps, les problèmes se sont accumulés : soudures défectueuses, anomalies sur la cuve, retards de qualification des équipements. Chaque audit d’EDF s’accompagnait d’une révision à la hausse. Un mécanisme devenu presque routinier pour les observateurs du dossier.
Un écart d’un milliard avec les chiffres d’EDF
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La Cour des comptes calcule un coût total de 20,4 milliards d’euros en euros constants de 2015, soit 23,7 milliards actualisés en 2023. Cette estimation dépasse de 1,3 milliard l’évaluation précédente de 2020, qui s’élevait à 19,1 milliards en euros de 2015.
EDF, de son côté, estime le coût à 19,3 milliards en euros de 2015, soit 22,6 milliards de 2023, coût de financement compris. L’électricien public minore donc la note d’un bon milliard par rapport au calcul de la juridiction financière. Selon la Cour, cet écart s’explique par des éléments qu’EDF aurait tendance à sous-évaluer : frais de préexploitation, fiscalité avant mise en service industrielle, acquisition de la première recharge du combustible, coût du débat public, stock de pièces de rechange pour les essais, préparation du premier arrêt, visite complète initiale et dépenses pour le remplacement du couvercle de la cuve.
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| Année | Coût estimé (Md€ constants 2015) | Coût actualisé (Md€) |
|---|---|---|
| 2007 (devis initial) | 3,3 | 3,3 |
| 2020 (Cour des comptes) | 19,1 | — |
| 2025 (EDF) | 19,3 | 22,6 (2023) |
| 2025 (Cour des comptes) | 20,4 | 23,7 (2023) |
Source : Cour des comptes, rapport janvier 2025
Coûts financiers et inflation : le piège du temps qui passe
La réévaluation de 1,3 milliard entre 2020 et 2025 s’explique notamment par des ajustements dans le calcul des provisions financières présentées par EDF et dans le coût de financement. À l’inflation générale s’ajoutent les intérêts sur les emprunts, qui gonflent mécaniquement avec la durée du chantier. Plus un projet s’étire, plus les charges financières s’accumulent. Un cercle vicieux qui a transformé un pari technologique en gouffre budgétaire.
Les coûts de financement ne sont pas un détail comptable : ils représentent la différence entre un projet viable et un investissement à perte. Flamanville cumule douze ans de retard, soit douze années supplémentaires d’intérêts sans aucune production électrique en retour.
Pourquoi la facture de l'EPR explose
Une rentabilité de 2 %, inférieure au coût des capitaux
Au-delà du montant de construction, la Cour des comptes pose la question du retour sur investissement. Les magistrats de la rue Cambon ont chiffré précisément le niveau de rentabilité attendu. Dans l’hypothèse d’une durée de fonctionnement de soixante ans, d’un facteur de charge de 85 % et d’un prix de vente de 90 euros le mégawattheure, la rentabilité de l’EPR atteindrait 2 %.
Un magistrat financier a résumé la situation lors du point presse : « C’est inférieur au coût des capitaux qu’EDF a été amené à engager, que ce soit sur fonds propres ou par endettement. Un projet dont la rentabilité est inférieure à son coût d’emprunt, c’est problématique. Ce n’est pas rentable. »
Concrètement, si EDF doit emprunter ou mobiliser des fonds propres à un taux supérieur à 2 % pour construire l’EPR, l’opération génère une perte nette. Le réacteur produit de l’électricité, mais détruit de la valeur économique. Pour un acteur public, cela soulève une question de souveraineté énergétique ; pour un investisseur privé, c’est rédhibitoire.
Un précédent qui pèse sur le programme de six EPR2
Flamanville n’est pas qu’un dossier isolé. C’est le premier EPR français, celui qui devait valider la filière avant le lancement de nouveaux réacteurs. Le gouvernement français a annoncé la construction de six EPR2, une version optimisée censée corriger les défauts de conception et de gestion qui ont plombé Flamanville.
Les leçons tirées du chantier normand portent sur la standardisation des équipements, la qualification anticipée des soudures, et la maîtrise des interfaces entre sous-traitants. Reste que la crédibilité industrielle de la filière a pris un coup. Un dérapage de cette ampleur alimente les doutes sur la capacité d’EDF et de ses partenaires à tenir les engagements sur les futurs chantiers.
Le rapport de la Cour des comptes ne préconise pas l’abandon du nucléaire, mais il documente méthodiquement les failles qui ont conduit à ce résultat. Sept fois le devis initial, douze ans de retard, rentabilité négative : Flamanville restera un cas d’école en gestion de projet industriel.
EPR de Flamanville : les chiffres du dérapage
- L'EPR de Flamanville a été raccordé au réseau électrique le 21 décembre 2024, avec douze ans de retard
- La Cour des comptes calcule un coût de 23,7 milliards d'euros, EDF annonce 22,6 milliards, soit un écart d'un milliard
- La rentabilité du réacteur atteindrait 2 %, inférieure au coût des capitaux engagés par EDF
- Le surcoût entre 2020 et 2025 s'élève à 1,3 milliard d'euros, lié aux coûts de financement et à l'inflation
- Le coût initial annoncé en 2007 était de 3,3 milliards d'euros, soit sept fois moins que le montant final