La Mission French Tech met fin à Tremplin, son programme phare de soutien à la création d’entreprise pour les entrepreneurs issus de la diversité, et lance Nova, un dispositif recentré sur le passage à l’échelle.
Fin de partie pour Tremplin. La Mission French Tech, rattachée à la Direction générale des entreprises, supprime son programme historique dédié à l’égalité des chances dans l’entrepreneuriat technologique. Le dispositif, qui accompagnait depuis sa création les porteurs de projets issus des quartiers populaires, des territoires ruraux, des femmes et des seniors, coûtait plus de 10 millions d’euros par an au budget public. La cinquième promotion, annoncée en catimini lors de VivaTech en juin dernier avec un nombre de bénéficiaires réduit, sera la dernière. L’arrêt définitif est prévu en juin 2027.
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À sa place, la Mission French Tech déploie Nova, un programme à la philosophie radicalement différente. L’objectif n’est plus d’aider à créer des start-up, mais d’empêcher celles qui existent déjà de s’enliser au moment de leur croissance. Julie Huguet, directrice de la Mission French Tech, justifie ce virage : « Tremplin a eu du sens pendant des années car il n’y avait pas assez d’entrepreneurs issus de la diversité qui créaient des projets dans la tech. Mais aujourd’hui le constat venu des associations de terrain qui déployaient le programme est différent : ces entrepreneurs parviennent à créer leur entreprise avec les structures qui existent déjà pour les y aider, mais ils se heurtent à de nouveaux plafonds de verre au moment de passer à l’échelle. »
Du financement d’amorçage au passage à l’échelle
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Nova marque un repositionnement net de l’agence publique[2]. Là où Tremplin finançait l’incubation et l’acculturation aux codes de la tech pour des porteurs de projets en phase d’amorçage, Nova s’adresse à des start-up déjà lancées, portées par des entrepreneurs issus de la diversité, mais freinées dans leur changement d’échelle. Le programme vise explicitement à en faire les futurs pensionnaires du Next40, l’indice des 40 start-up françaises les plus prometteuses, aujourd’hui encore largement dominé par des profils masculins et socialement homogènes.
Cette évolution traduit un repositionnement plus large de la Mission French Tech, davantage tournée vers la compétitivité et la souveraineté économique que vers la démocratisation de l’entrepreneuriat. La promotion 2026 du Next40, présentée en juin dans les locaux d’Aqemia, nouvelle recrue de l’indice qui utilise l’IA et la physique quantique pour accélérer la recherche de médicaments, a consacré ce virage stratégique : les deeptech et les start-up d’IA y occupent désormais le premier plan, transformant l’indice en outil de politique industrielle.
Un budget resserré, un public resserré
Nova sera moins coûteux que Tremplin[3]. Les restrictions budgétaires imposées à l’ensemble des agences publiques ont pesé dans la décision de supprimer le programme historique, jugé peu efficace au regard de son coût annuel. Le nouveau dispositif concentre ses moyens sur un nombre réduit de bénéficiaires, des entreprises déjà structurées, capables d’absorber rapidement l’accompagnement et de franchir les seuils de croissance qui les séparent du Next40.
Le changement de cible reflète aussi une évolution du paysage entrepreneurial français. Selon les associations de terrain qui déployaient Tremplin, les entrepreneurs issus de la diversité parviennent désormais à créer leur entreprise grâce aux structures d’accompagnement existantes, incubateurs locaux, associations spécialisées ou programmes régionaux. Le problème n’est plus l’accès à la création, mais le second plafond de verre : celui de l’hypercroissance.
Pourquoi la French Tech abandonne l'incubation
Diversité et souveraineté, les deux axes de la French Tech 2026
La Mission French Tech assume désormais de privilégier les entreprises jugées stratégiques pour la souveraineté technologique[5]. Ce repositionnement, annoncé lors de la présentation de la promotion 2026 du French Tech 120 et du Next40, propulse les deeptech et les start-up d’IA au premier plan. L’indice, qui a longtemps incarné la scène entrepreneuriale française dans toute sa diversité sectorielle, se transforme en outil de politique industrielle orienté vers les technologies critiques.
Nova s’inscrit dans cette stratégie en tentant de concilier deux objectifs : augmenter la diversité sociale et culturelle au sein du Next40, tout en sélectionnant des entreprises alignées sur les priorités de souveraineté économique. Un équilibre délicat, qui suppose que des start-up portées par des entrepreneurs issus de la diversité parviennent à se positionner sur les secteurs jugés stratégiques par l’État, IA, cybersécurité, biotech, quantique, énergie.
Le programme illustre une tension plus large dans la politique publique d’innovation : celle entre l’inclusion, qui suppose de soutenir une grande variété de profils et de secteurs, et l’efficacité économique, qui pousse à concentrer les moyens sur les projets à fort potentiel de croissance et de souveraineté. Avec Nova, la Mission French Tech tranche en faveur du second terme, quitte à réduire drastiquement le périmètre de son action en faveur de l’égalité des chances.
Un programme pilote en attendant les premiers résultats
Nova reste pour l’heure un programme en construction. Les premières promotions permettront de tester la pertinence du nouveau modèle : les entrepreneurs issus de la diversité qui ont franchi le cap de la création parviennent-ils réellement à décrocher les financements et les relais nécessaires pour passer à l’échelle ? Les plafonds de verre identifiés par les associations de terrain sont-ils réellement plus sévères au stade du scale-up qu’à celui de l’amorçage ?
La réponse déterminera la suite. Si Nova parvient à propulser une part significative de ses bénéficiaires dans le Next40, le pari de la Mission French Tech sera validé. Si, en revanche, le programme peine à identifier des candidats ou à produire des résultats visibles, la question de l’efficacité des dispositifs publics en faveur de la diversité dans la tech reviendra sur la table, avec un budget encore plus contraint.
Nova et Tremplin : ce qui change pour la diversité tech
- La Mission French Tech supprime Tremplin, programme de soutien à la création pour les entrepreneurs de la diversité, qui coûtait plus de 10 millions d'euros par an
- Nova, le nouveau programme, ne finance plus l'amorçage mais accompagne des start-up déjà lancées freinées dans leur passage à l'échelle
- L'objectif est d'augmenter la diversité au sein du Next40, l'indice des 40 start-up françaises les plus prometteuses
- Ce virage traduit un repositionnement de la Mission French Tech vers la compétitivité et la souveraineté économique
- La 5ᵉ promotion de Tremplin, annoncée à VivaTech en juin avec un nombre réduit de bénéficiaires, sera la dernière avant l'arrêt définitif en juin 2027
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
- French Tech 120 : 11,3 milliards d’euros de revenus, 33 sites industriels, deux modèles économiques - 24 août 2026
- Qista double son chiffre d’affaires, mise tout sur la borne anti-moustique et lève 3 M€ - 23 août 2026
- Green tech, IA, cybersécurité : qui sont les 120 pépites du Next40/French Tech 2025 - 22 août 2026