La Grèce prépare une réplique aérienne après la signature par Ankara, fin octobre, d’un contrat pour 20 Eurofighter Typhoon.
La réaction n’aura pas traîné. Quelques jours après l’officialisation de la commande turque de 20 Eurofighter, le quotidien grec Ekathimerini affirme qu’Athènes examine une acquisition de Rafale supplémentaires, au standard F4. Un coup de poker stratégique pour maintenir l’avance que la Hellenic Air Force a patiemment reconstituée sur son voisin depuis trois ans.
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Le 27 octobre, la Turquie a signé avec le Royaume-Uni un contrat de 9,2 milliards d’euros pour 20 chasseurs Eurofighter Typhoon, avec livraisons prévues à partir de 2030. Recep Tayyip Erdoğan, qui dispose d’environ 300 avions de combat dont beaucoup dépassent quarante ans d’âge, vise au total une quarantaine de ces appareils produits par le consortium anglo-germano-italo-espagnol.
Ce qui a changé, c’est la levée du veto allemand en juillet. Jusqu’ici, Berlin bloquait toute vente d’Eurofighter à Ankara pour ménager Athènes, membre de l’Union européenne. Les deux pays, bien qu’alliés au sein de l’Otan, s’opposent sur la souveraineté en mer Égée, l’exploration énergétique et la gestion des migrations. Le ministre britannique de la Défense, John Healey, a justifié le contrat par le rôle de la Turquie comme « gardien de la mer Noire » et allié stratégique face à la Russie. La géopolitique a eu raison des réserves européennes.
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Un Rafale F4.3 pour contrer l’Eurofighter Tranche 5
Athènes ne voit pas d’un bon œil l’arrivée de 20 chasseurs modernes dotés de missiles Meteor dans la flotte adverse. D’autant que, selon les premières informations, il s’agirait d’appareils de la Tranche 5, la version la plus avancée de l’Eurofighter, ce qui lui conférerait un avantage technologique sur les Rafale F3R grecs actuels[4].
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Selon des sources « très bien informées » citées par Ekathimerini, des discussions portent désormais sur l’acquisition de Rafale au standard F4. Le site Zone Militaire précise même que la cible serait la version F4.3, soit le dernier standard en date de l’appareil de Dassault Aviation. Une montée en gamme technique qui permettrait de rester devant la Turquie.
Cette commande supplémentaire répondrait aussi à un enjeu de remplacement. Les Mirage 2000-5 grecs, dont le soutien technique prendra fin en 2027, doivent sortir de la flotte. Une partie d’entre eux pourrait d’ailleurs partir en Ukraine. Paris aurait proposé la vente de Rafale supplémentaires « à un prix avantageux » en échange du transfert de ces Mirage à Kiev[5], une offre qu’Athènes étudie de près.
Une flotte cible de 200 avions de combat modernes
La Hellenic Air Force vise une cible de 200 chasseurs de dernière génération. Un objectif ambitieux, mais cohérent avec le plan de remontée en puissance lancé il y a trois ans. Athènes a déjà commandé 24 Rafale, dont les douze premiers ont été livrés d’occasion depuis les stocks français, les douze suivants étant neufs. Parallèlement, 83 F-16 sont en cours de modernisation au standard Viper, et 20 F-35A américains ont été commandés en 2024, avec une option pour 20 appareils supplémentaires.
| Appareil | Quantité | Statut |
|---|---|---|
| Rafale F3R | 24 | En service |
| F-16 Viper | 83 | Modernisation en cours |
| F-35A | 20 + 20 option | Commandés 2024 |
| Eurofighter Typhoon (Turquie) | 20 + 20 option | Livraison 2030 |
Source : Opex360
Sur le papier, la Grèce a pris l’avantage. Mais Ankara développe son propre programme d’avion furtif de cinquième génération, le Kaan, dont la mise en service est annoncée pour 2028. Un appareil qui, s’il tient ses promesses, bouleversera l’équilibre régional.
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Un Rafale à 90 % de disponibilité qui a convaincu l’état-major
Pourquoi la Grèce privilégie-t-elle Dassault Aviation ? La disponibilité opérationnelle y est pour beaucoup. Lors de débats parlementaires en décembre 2025, le rapporteur gouvernemental a indiqué que le taux de disponibilité des Rafale grecs frôle les 90 %[1]. Un chiffre rare dans l’aviation de combat, et qui tranche avec les performances médiocres des F-16 plus anciens.
Les 24 appareils grecs devront chacun effectuer 135 heures de vol par an entre 2026 et 2029, soit 13 000 heures au total, contre 6 190 heures pour le contrat précédent. La flotte monte en cadence. Douze appareils nécessitent une maintenance accrue, notamment sur les moteurs M88, pour un parc total de 54 unités dont six en stock de réserve.
Un pilote grec, ancien de F-16, l’a résumé devant la Commission de la défense du Parlement : « L’Eurofighter ne pose aucun problème, si l’adversaire en est équipé. Nous connaissons parfaitement cet appareil et nous disposons d’un système d’armement bien meilleur ainsi que de meilleurs pilotes »[1]. Une confiance qui repose aussi sur l’intégration du missile Meteor, partagé avec les Eurofighter, mais sur une cellule jugée plus polyvalente.
Une décision encore en suspens, mais sous pression calendaire
En décembre 2024, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis avait pourtant écarté l’idée d’aller au-delà des 24 Rafale F3R[4]. Mais la signature du contrat Eurofighter par Ankara a redistribué les cartes. Athènes a également insisté sur le fait que tout transfert de Mirage 2000-5 vers l’Ukraine serait conditionné à l’acquisition de remplaçants, ce qui place Dassault en bonne position.
Le calendrier joue aussi : le soutien des Mirage prend fin en 2027, les premiers Eurofighter turcs arrivent en 2030, le Kaan turc en 2028. La fenêtre pour maintenir la supériorité aérienne se resserre. Si Athènes veut éviter une phase de vulnérabilité entre le retrait des Mirage et l’arrivée des F-35, une commande rapide de Rafale F4 devient la seule solution crédible.
La France, de son côté, a tout intérêt à sceller un nouveau contrat. La ligne d’assemblage de Mérignac tourne déjà pour l’Inde, les Émirats arabes unis et l’Indonésie, mais une commande grecque supplémentaire sécuriserait la montée en cadence du F4 et afficherait un nouveau succès export face au F-35 et à l’Eurofighter. Le prix avantageux évoqué dans la presse pourrait bien faire basculer la décision.
Rafale grec : les points clés du dossier
- 24 Rafale F3R en service depuis 2021, avec un taux de disponibilité proche de 90 %
- Objectif : 200 avions de combat modernes pour la Hellenic Air Force
- La Turquie a commandé 20 Eurofighter Typhoon Tranche 5 pour 9,2 milliards d’euros, livraison 2030
- Athènes envisage des Rafale F4.3 pour conserver la supériorité technologique
- Le soutien des Mirage 2000-5 grecs s’arrête en 2027, nécessitant un remplacement rapide
- Paris proposerait un prix avantageux en échange du transfert de Mirage vers l’Ukraine
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Tensions mer Égée
Grèce et Turquie s’opposent sur la souveraineté maritime, l’exploration énergétique et la gestion des migrations. Les deux pays, membres de l’Otan, entretiennent des forces aériennes capables de monter en puissance rapidement.
Supériorité grecque fragile
Athènes a pris l’avantage avec 24 Rafale, 83 F-16 modernisés et 20 F-35 commandés. Mais l’arrivée de 20 Eurofighter turcs en 2030 et du Kaan en 2028 menace cet équilibre.
Le Rafale, argument technique
Disponibilité opérationnelle proche de 90 %, pilotes convaincus, intégration des missiles Meteor : le Rafale grec affiche des performances qui rassurent l’état-major athénien face à l’Eurofighter.
Calendrier serré
Le soutien des Mirage 2000-5 s’arrête en 2027, les Eurofighter turcs arrivent en 2030. Athènes doit décider vite pour éviter une phase de vulnérabilité aérienne entre 2027 et 2030.
Rafale grec : les points clés du dossier
- La Grèce a mis en service 24 Rafale F3R depuis 2021, avec un taux de disponibilité proche de 90 %
- La Turquie a commandé 20 Eurofighter Typhoon Tranche 5 pour 9,2 milliards d'euros, livraison prévue en 2030
- Athènes vise une flotte de 200 avions de combat modernes, contre environ 300 appareils vieillissants côté turc
- Le soutien technique des Mirage 2000-5 grecs s'arrête en 2027, nécessitant un remplacement rapide
- Paris proposerait un prix avantageux pour convaincre Athènes de céder ses Mirage 2000-5 à l'Ukraine
- La Turquie développe le Kaan, avion furtif de 5ᵉ génération prévu pour 2028
Sources
3 sources · 5 faits sourcés
- La Suisse reconsidère le F-35 : des élus appellent au Rafale après un contrat mal lu - 11 septembre 2026
- « La France devrait copier la défense totale suédoise en cybersécurité » - 10 septembre 2026
- Pologne, Emirats, Indonésie : trois contrats export en une semaine pour le Rafale - 9 septembre 2026