Baumert agrandit son usine alsacienne pour répondre aux contrats EPR2 : 5000 m² supplémentaires opérationnels à l’été 2026.
Le chantier a démarré en janvier. Sur le site de Schaeffersheim, dans le Bas-Rhin, Baumert ajoute 5000 mètres carrés à son outil industriel. Un atelier de montage, un autre de peinture, un bâtiment administratif : l’ensemble sera en service cet été. Le groupe Gorgé, propriétaire de Baumert depuis 2007, finance l’opération. « L’objectif est d’accroître significativement les capacités de production », explique Rémy Schmidt, président de l’entreprise. Pas de chiffre précis, mais l’ambition est nette : absorber les carnets de commandes du nucléaire français.
Baumert fabrique des portes sécuritaires pour sites sensibles. Son métier : la chaudronnerie de précision appliquée au nucléaire, à la défense, aux infrastructures critiques. Depuis le début des années 1970 et la construction de Fessenheim, l’entreprise accompagne le parc atomique français. Elle a livré 40 000 portes aux centrales tricolores, 50 000 dans le monde. Le nucléaire pèse près de 80 % de son chiffre d’affaires. Le reste vient de la défense et des infrastructures stratégiques.
Le contrat EPR2 inverse les flux export
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En 2025, Baumert a décroché le contrat pour équiper les six EPR2 de Penly, Bugey et Gravelines. Des négociations sont en cours pour des lots additionnels. Jusqu’ici, l’entreprise réalisait 70 % de son chiffre d’affaires à l’export : Finlande, Chine, États-Unis. Elle travaille actuellement sur les chantiers d’Hinkley Point C et Sizewell C, en Angleterre, deux EPR britanniques construits par EDF. « Les nouveaux contrats d’EDF vont changer ce ratio », prévient Rémy Schmidt. Les six EPR2 français, dont la mise en service est prévue entre 2035 et 2042, vont ramener la production sur le territoire national[2].
L’extension de Schaeffersheim permet d’absorber cette bascule. Le site concentre l’essentiel des opérations : études, usinage, assemblage, peinture. Baumert y emploie plusieurs dizaines de salariés, sans que l’effectif total du groupe soit précisé dans les sources disponibles.
Des portes sur mesure, conçues en interne
Baumert ne vend pas de produits standard. Chaque porte est conçue sur mesure, en fonction du cahier des charges du client. Résistance aux séismes, aux explosions, aux projectiles, au feu : les spécifications s’empilent. Une équipe de recherche et développement de 35 ingénieurs et techniciens pilote les études en interne. Les dimensions peuvent atteindre dix mètres de côté, comme celle fabriquée pour le confinement de Tchernobyl.
Le processus industriel est long. Entre la conception et la livraison, plusieurs mois s’écoulent. Les portes sont usinées, assemblées, testées. Les finitions (peinture, étanchéité) sont réalisées sur place. Baumert maîtrise l’intégralité de la chaîne, de l’étude à la pose.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Portes livrées au parc français | 40 000 |
| Portes vendues dans le monde | 50 000 |
| Part du nucléaire dans le CA | ~80 % |
| Part export (avant EPR2) | 70 % |
| Effectif R&D | 35 salariés |
Source : L’Usine Nouvelle
Pourquoi cette extension compte pour la filière nucléaire
Un carnet de commandes nourri par EDF, Orano et Iter
Les dernières années ont été denses. Baumert a équipé des projets pour EDF, Orano, Iter en France. À l’international, elle a travaillé en Finlande, en Chine, aux États-Unis. Les contrats anglais (Hinkley Point C et Sizewell C) représentent plusieurs milliers de portes à livrer d’ici 2030.
Le programme EPR2 français ajoute une couche. Six réacteurs, trois sites, des dizaines de bâtiments à sécuriser. Baumert négocie les lots, site par site. Les premières livraisons interviendront dans plusieurs années, au rythme des chantiers. Le planning reste serré : EDF vise une mise en service du premier EPR2 en 2035[5].
Une filière qui se réorganise
Baumert n’est pas seule. La relance du nucléaire français mobilise l’ensemble de la filière alsacienne et au-delà. Dans le Haut-Rhin voisin, la PME Rütschi a récemment annoncé un investissement pour équiper les EPR2 en vannes et tuyauteries[1]. L’Alsace concentre une partie des savoir-faire critiques : chaudronnerie, usinage de précision, soudure spéciale.
Le groupe Gorgé, maison mère de Baumert, est coté en Bourse. Il regroupe plusieurs filiales dans l’industrie de défense et l’équipement nucléaire. L’extension de Schaeffersheim s’inscrit dans une stratégie de consolidation des positions sur le marché français, après des années de prédominance export.
Schaeffersheim, une usine ancrée dans le nucléaire depuis 50 ans
Le site de Schaeffersheim existe depuis plus d’un demi-siècle. Il a grandi avec le parc nucléaire français. Les années 1970 et 1980, période faste du programme électronucléaire, ont façonné l’outil industriel. Puis est venue la pause : après Civaux 2 en 1999, plus aucun réacteur neuf mis en service pendant quinze ans. Baumert a tenu grâce à l’export et à la maintenance du parc existant.
L’extension actuelle marque un nouveau cycle. Les EPR2, puis peut-être les huit réacteurs supplémentaires évoqués par l’État, redessinent l’horizon. Le Bas-Rhin retrouve un rôle dans la souveraineté énergétique française, cinquante ans après Fessenheim.
Baumert et les EPR2 : les faits à retenir
- Baumert agrandit son usine de Schaeffersheim de 5000 m², opérationnels à l'été 2026
- L'entreprise a décroché le contrat pour équiper les six EPR2 de Penly, Bugey et Gravelines en 2025
- Elle a déjà livré 40 000 portes au parc nucléaire français depuis les années 1970
- Le nucléaire représente près de 80 % de son chiffre d'affaires, contre 70 % à l'export jusqu'ici
- Une équipe R&D de 35 salariés conçoit les portes sur mesure, certaines mesurant jusqu'à 10 mètres de côté
Sources
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