L’Autorité de sûreté nucléaire autorise EDF à lancer les travaux préparatoires du site de Gravelines, où deux EPR2 doivent être construits d’ici 2035.
L’ASN a publié son feu vert le 22 août 2026. EDF peut démarrer la phase de terrassement, de mise à niveau du sol et d’installation des infrastructures logistiques sur le site de la centrale de Gravelines, dans le Nord. C’est la première autorisation concrète qui porte sur les futurs EPR2, après des années de débats et d’études. Le chantier proprement dit des réacteurs, lui, reste conditionné à l’obtention d’une autorisation de création, attendue pour 2027.
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Les travaux préparatoires concernent environ 40 hectares. EDF prévoit de décaisser le terrain, de renforcer les fondations et de poser les réseaux d’eau, d’électricité et de routes d’accès. La décision 2026-DC-0770 de l’ASN impose 18 prescriptions techniques, notamment sur la gestion des eaux de chantier, la surveillance radiologique du sol et la protection des installations existantes. Gravelines accueille déjà six réacteurs de 900 MW en exploitation depuis les années 1980.
Un chantier de préparation sous surveillance renforcée
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L’ASN rappelle que ces travaux ne portent pas encore sur les structures nucléaires. Ils visent à mettre le site en état de recevoir les premiers bétons des EPR2, dont la construction doit débuter au second semestre 2027 si l’autorisation de création est accordée. Le calendrier officiel table sur une mise en service du premier réacteur en 2035, le second suivant un an plus tard.
Le site de Gravelines a été retenu en 2023 par l’État dans le cadre du programme de relance du nucléaire. Le choix repose sur la disponibilité foncière, la présence d’infrastructures portuaires adaptées et l’existence d’un bassin d’emploi formé aux métiers du nucléaire. La centrale emploie environ 2 000 salariés EDF et près de 1 500 prestataires permanents. Le chantier des deux EPR2 devrait mobiliser jusqu’à 6 000 personnes en phase de pic, selon les prévisions d’EDF transmises lors de l’enquête publique.
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Les prescriptions de l’ASN portent sur trois axes principaux : la protection des installations en exploitation, la surveillance radiologique du chantier et la gestion des impacts environnementaux. Les eaux de ruissellement devront être traitées avant rejet. Un laboratoire de mesure de la radioactivité sera installé sur le chantier dès octobre 2026. EDF doit aussi garantir l’absence d’interférence entre les travaux préparatoires et l’exploitation des six réacteurs actuels, notamment en matière de sécurité incendie et d’accès des équipes de maintenance.
Le programme EPR2, 56 milliards d’euros pour six réacteurs
Gravelines est le premier site du programme EPR2 à entrer en phase opérationnelle. Deux autres paires de réacteurs sont prévues à Penly, en Seine-Maritime, et à Bugey, dans l’Ain. Le gouvernement a confirmé le lancement des six réacteurs en février 2026, avec un budget global de 56 milliards d’euros. Ce montant inclut la construction, les études, le raccordement au réseau et une provision pour aléas.
| Site | Nombre de réacteurs | Mise en service prévue | Puissance unitaire |
|---|---|---|---|
| Gravelines (Nord) | 2 | 2035-2036 | 1 650 MW |
| Penly (Seine-Maritime) | 2 | 2036-2037 | 1 650 MW |
| Bugey (Ain) | 2 | 2037-2038 | 1 650 MW |
Source : EDF
L’EPR2 est une version simplifiée de l’EPR de Flamanville 3, entré en service en 2023 après dix-sept ans de chantier. EDF et Framatome ont réduit le nombre de composants de 20 %, standardisé les interfaces et optimisé les séquences de montage pour raccourcir les délais. La puissance reste fixée à 1 650 MW par réacteur, soit 9,9 GW pour les six unités. L’objectif est de diviser par deux le temps de construction par rapport à Flamanville.
Le coût unitaire des EPR2 est estimé à 9,3 milliards d’euros par paire, hors financement. Ce montant repose sur l’hypothèse d’un effet de série, d’un approvisionnement stabilisé et d’une montée en cadence de la filière. Les premiers retours de Flamanville 3, opérationnel depuis trois ans, ont permis d’affiner certains points de conception, notamment sur les circuits de sauvegarde et les systèmes de contrôle-commande.
Enjeux du programme EPR2 pour la filière nucléaire
Une filière en tension sur les effectifs et les composants
Le démarrage des travaux préparatoires intervient alors que la filière nucléaire française cherche encore à reconstituer ses effectifs. Le Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire estime qu’il manque environ 10 000 soudeurs, chaudronniers et tuyauteurs pour tenir le calendrier des six EPR2 et du grand carénage du parc existant. Les écoles d’ingénieurs et les centres de formation d’apprentis ont augmenté leurs capacités, mais le délai de formation reste de deux à trois ans pour les métiers les plus qualifiés.
Framatome, maître d’œuvre des îlots nucléaires, a ouvert un nouveau site de fabrication de composants à Jeumont, dans le Nord, en 2025. L’usine emploie 400 personnes et produit des tuyauteries, des échangeurs de chaleur et des vannes de sûreté. Elle complète les capacités du Creusot, de Chalon-sur-Saône et de Saint-Marcel. L’approvisionnement en acier reste un point de vigilance : une partie des lingots provient encore du Japon et de Corée du Sud, faute de capacité suffisante en Europe.
Les collectivités locales du Nord-Pas-de-Calais voient dans le chantier de Gravelines une opportunité de stabiliser l’emploi industriel. La communauté urbaine de Dunkerque et la région Hauts-de-France ont signé un protocole avec EDF en juin 2026 pour faciliter l’hébergement des équipes de chantier et coordonner les formations. Un centre de formation aux métiers du nucléaire doit ouvrir à Grande-Synthe en 2027, avec une capacité de 300 places par an.
Les prochaines étapes : autorisation de création et appels d’offres
L’autorisation de création, qui permettra de couler les premiers bétons des EPR2, sera instruite par l’ASN au premier trimestre 2027. L’enquête publique s’est tenue entre novembre 2025 et janvier 2026. Le dossier de demande d’autorisation comprend environ 12 000 pages d’études de sûreté, d’impact environnemental et de démonstration de la robustesse des systèmes. L’ASN dispose d’un délai réglementaire de dix mois pour statuer.
En parallèle, EDF finalise les appels d’offres pour les principaux lots de travaux. Le génie civil sera lancé à l’automne 2026, les équipements électromécaniques au printemps 2027. Le groupe privilégie les entreprises françaises et européennes, avec une clause de contenu local d’au moins 60 % en valeur. Bouygues, Vinci et Eiffage ont déjà manifesté leur intérêt pour les lots de terrassement et de bâtiments annexes. General Electric et Alstom se positionnent sur les turbines et les alternateurs.
Le financement des EPR2 repose sur un mécanisme de contrat pour différence, validé par Bruxelles en mars 2026. EDF vendra l’électricité produite à un prix régulé de 70 euros le mégawattheure pendant quinze ans, avec un mécanisme d’ajustement en cas de dépassement des coûts de construction. L’État garantit les emprunts contractés par EDF pour le programme, ce qui permet de limiter le coût du capital à environ 3 %.
Un test pour la capacité industrielle française
Le chantier de Gravelines est le premier test grandeur nature de la nouvelle filière EPR2. Les enseignements de Flamanville 3 ont conduit à revoir l’organisation des chantiers : EDF a centralisé la planification des approvisionnements, imposé des revues de conformité à chaque étape clé et renforcé les équipes de contrôle qualité. L’objectif est d’éviter les malfaçons et les reprises qui ont pesé sur le calendrier de Flamanville.
La Cour des comptes a publié en juillet 2026 un rapport sur les risques du programme EPR2. Elle souligne que le respect du calendrier dépend de la capacité de la filière à monter en charge sans recréer les tensions de recrutement et d’approvisionnement observées entre 2005 et 2015. Le rapport recommande de sécuriser les contrats d’approvisionnement dès 2026, de former 15 000 personnes supplémentaires d’ici 2028 et de mettre en place un système de suivi en temps réel des aléas de chantier.
Le programme EPR2 s’inscrit dans la trajectoire de décarbonation de l’économie française. Les six réacteurs doivent produire environ 75 TWh par an, soit 15 % de la consommation électrique nationale. Ils viendront compenser la fermeture progressive des réacteurs de 900 MW, dont la durée d’exploitation est limitée à cinquante ou soixante ans selon les unités. Le parc nucléaire français compte aujourd’hui 56 réacteurs en exploitation, pour une puissance installée de 61 GW. Le gouvernement vise 70 GW de nucléaire en 2040, ce qui suppose la construction de nouveaux réacteurs au-delà des six EPR2 déjà engagés.
EPR2 de Gravelines : les jalons du chantier
- L'ASN autorise EDF à lancer les travaux préparatoires du site de Gravelines le 22 août 2026
- Gravelines accueillera deux EPR2 de 1 650 MW chacun, mis en service en 2035 et 2036
- Le programme EPR2 porte sur six réacteurs répartis sur trois sites, pour 56 milliards d'euros
- La filière nucléaire doit recruter 10 000 soudeurs, chaudronniers et tuyauteurs d'ici 2028
- L'autorisation de création des réacteurs sera examinée par l'ASN au premier trimestre 2027
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