Orange ambitionne de jouer un rôle central dans l’accélération des jeunes pousses françaises, en particulier celles de la deeptech, pour renforcer la souveraineté technologique du pays.
L’opérateur historique se repositionne. Plutôt que de se cantonner à son métier de télécoms, Orange veut devenir un accélérateur industriel pour les start-up tricolores évoluant dans les technologies de rupture. Une ambition affichée à l’heure où la France cherche à transformer son écosystème entrepreneurial en un modèle industriel capable de rivaliser avec les géants américains et chinois.
Le gouvernement accompagne ce virage. Emmanuel Macron a promis 5 milliards d’euros, dont 3 milliards en fonds propres, pour soutenir les pépites de la deeptech et de l’industrie. L’objectif : faire émerger 100 nouveaux sites industriels par an et permettre à la French Tech de passer du stade de « joli bonsaï » à celui de champion mondial. Pour Cédric O, alors secrétaire d’État au Numérique, les résultats de l’écosystème français justifient cette prise de risque. « Elle a prouvé qu’elle crée des emplois, permet l’émergence de start-up industrielles », souligne-t-il.
Les fonds français boudent les semi-conducteurs
Le constat reste amer pour certains entrepreneurs. Un fondateur actif dans les semi-conducteurs raconte qu’aucun fonds français n’a voulu prendre le risque d’être l’investisseur leader lors d’une augmentation de capital fin 2020. En revanche, les lettres d’intention chinoises et américaines affluent. « Je me demande combien de temps je vais pouvoir tenir sans leur céder », confie-t-il. Ce témoignage résume l’enjeu : installer un modèle industriel avec le temps et les capitaux nécessaires, plutôt que de laisser partir les technologies stratégiques.
Les fonds d’investissement capables d’accompagner les jeunes pousses dans le développement de technologies de rupture se comptent sur les doigts d’une main. Quantonation figure parmi les rares acteurs français spécialisés. Le mot « deeptech » fait encore peur dans l’écosystème, malgré les ambitions affichées. Orange entend justement combler ce vide en se positionnant comme un accélérateur capable de fournir du capital, mais aussi des ressources techniques et industrielles.
Nucléaire, spatial et souveraineté
Le plan de relance cible des secteurs industriels clés : nucléaire, spatial, semi-conducteurs. Ces domaines nécessitent une innovation de rupture pour résoudre les défis du climat, de l’alimentation ou de la démographie. La France veut y installer des champions capables de rivaliser à l’international, là où les cycles de développement sont longs et les besoins en capitaux massifs.
L’ambition affichée par Orange n’est pas isolée. Des start-up comme Pasqal, spécialisée dans le calcul quantique, affichent déjà leur volonté de devenir leaders mondiaux face à IBM et Google. L’entreprise installera sous peu sa ligne de production et son centre de recherche dans un espace de 1 000 mètres carrés à Massy, avec un recrutement prévu d’une centaine de personnes d’ici deux ans. « Nous voulons devenir les leaders mondiaux du secteur », affirme Georges-Olivier Reymond, dirigeant de Pasqal.
Un écosystème qui doit mûrir
Après avoir prouvé sa capacité à créer des licornes et à attirer des investisseurs, la French Tech doit franchir un cap. Celui de l’industrialisation. Cela implique d’accepter des cycles longs, des investissements massifs et une tolérance au risque que les fonds français rechignent encore à assumer. Orange, en se positionnant comme accélérateur, veut justement prendre ce risque. Reste à savoir si l’opérateur disposera des leviers industriels et financiers pour transformer cette ambition en réalité.
L’enjeu dépasse le simple discours. Il s’agit de savoir si la France saura retenir ses pépites technologiques ou si, faute de capitaux domestiques, elles finiront dans les mains d’investisseurs étrangers. La souveraineté technologique se joue là, entre les promesses de l’État et la capacité réelle des acteurs français à accompagner les longues gestation des technologies de rupture.