Renault scelle une alliance avec le géant chinois Geely au Brésil pour contrer l’avancée de BYD sur le marché sud-américain.
Le constructeur français Renault a officialisé un partenariat stratégique avec le groupe automobile chinois Geely pour renforcer sa position au Brésil. Cette alliance intervient alors que BYD, autre mastodonte chinois, multiplie les investissements dans le pays et gagne des parts de marché à vitesse grand V. L’enjeu pour Renault : ne pas se laisser déborder sur un territoire historique où le losange réalise près de 10 % de ses ventes mondiales.
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L’accord prévoit la mise en commun de plateformes techniques, le partage de chaînes de production et le développement conjoint de véhicules hybrides et électriques adaptés au marché brésilien. Geely apporte sa maîtrise des motorisations électrifiées et ses économies d’échelle, Renault sa connaissance du terrain local et son réseau de distribution. Une coopération qui rappelle celle nouée entre Stellantis et Dongfeng en France, mais transposée sous les tropiques.
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BYD a inauguré en juillet 2026 son usine de Bahia, capable de produire 150 000 véhicules par an. Le groupe chinois y assemble déjà trois modèles électriques et hybrides rechargeables, vendus entre 25 000 et 35 000 euros. En quatre mois, BYD a écoulé plus de 12 000 véhicules au Brésil, raflant 4,2 % du marché des voitures neuves électrifiées. Un score impressionnant pour un acteur qui n’y était pas présent début 2025.
Face à cette offensive, Renault accuse le coup. Le constructeur français détient 8,6 % de parts de marché toutes motorisations confondues au Brésil, contre 9,1 % l’an dernier. Ses modèles thermiques (Kwid, Sandero, Duster) résistent bien, mais l’offre électrique reste embryonnaire : seul le Megane E-Tech est distribué, à prix élevé, dans quelques concessions des grandes villes. L’alliance avec Geely vise à combler ce retard.
Plateforme commune et usine partagée
Renault et Geely vont exploiter ensemble l’usine Renault de Curitiba, dans l’État du Paraná. La ligne de production sera adaptée pour accueillir la plateforme CMA (Compact Modular Architecture) de Geely, qui équipe déjà des modèles du groupe chinois comme le Volvo EX30 ou le Lynk & Co 02. Deux nouveaux modèles sont prévus dès 2027 : un SUV compact hybride rechargeable et une berline 100 % électrique de 4,40 mètres, positionnée sous les 30 000 euros. Les deux véhicules partageront batteries, moteurs électriques et électronique embarquée fournis par Geely.
Renault conserve la main sur le design extérieur, l’aménagement intérieur et la commercialisation. Le losange pourra aussi rebadger certains modèles Geely pour étoffer rapidement sa gamme locale. En échange, Geely accède au réseau de 220 concessions Renault au Brésil, un atout précieux pour distribuer ses propres marques (Zeekr, Lynk & Co) sans investir dans un réseau de A à Z.
| Constructeur | Part de marché | Évolution vs 2025 |
|---|---|---|
| Volkswagen | 12,4 % | + 0,3 pt |
| Fiat | 11,8 % | – 0,6 pt |
| Chevrolet | 10,2 % | – 0,1 pt |
| Renault | 8,6 % | – 0,5 pt |
| BYD | 4,2 % | + 4,2 pt (nouveau) |
Source : ANFAVEA (Association nationale des constructeurs automobiles brésiliens)
Pourquoi cette alliance face à BYD
Le poids de Geely dans l’équation
Geely n’est pas un débutant. Le groupe possède Volvo, Polestar, Lotus, détient 9,7 % de Daimler et contrôle le constructeur malaisien Proton. Avec 2,8 millions de véhicules vendus en 2025, dont 600 000 électriques ou hybrides rechargeables, Geely dispose d’une force de frappe technologique et financière que Renault ne peut ignorer. L’accord brésilien pourrait d’ailleurs s’étendre à d’autres marchés latino-américains (Argentine, Chili, Colombie) si les premiers résultats sont concluants.
Pour Renault, ce partenariat intervient dans un contexte tendu. Le groupe a vendu 2,1 millions de véhicules dans le monde en 2025, en recul de 3,2 % par rapport à 2024. L’électrique représente seulement 12 % des immatriculations Renault, un chiffre en-dessous de la moyenne européenne. L’alliance avec Geely permet de gagner du temps et de mutualiser les coûts de R&D sur les batteries et les motorisations, tout en évitant de voir BYD rafler l’essentiel du gâteau brésilien.
Les risques de la stratégie
Mais s’allier à un concurrent chinois comporte des risques. Renault donne accès à son réseau, à ses usines, à ses données de marché. Geely pourrait en profiter pour s’implanter durablement au Brésil et, à terme, se passer du losange. Certains analystes rappellent le précédent Nissan-Dongfeng en Chine : Nissan a formé son partenaire local, qui développe aujourd’hui ses propres modèles et concurrence frontalement l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi.
Autre interrogation : la réaction de Nissan et Mitsubishi, membres de l’Alliance. Renault a signé cet accord sans consulter officiellement ses partenaires japonais, ce qui ravive les tensions internes. Nissan, déjà fragilisé par ses propres difficultés financières, voit d’un mauvais œil cette ouverture à un tiers chinois. Le Brésil pourrait devenir un terrain de friction supplémentaire au sein d’une Alliance déjà fragilisée.
Enfin, les autorités brésiliennes surveillent de près l’arrivée massive de capitaux et de technologies chinoises. Le gouvernement de Brasília a durci en juin 2026 les règles d’importation de batteries lithium-ion, exigeant un minimum de 40 % de contenu local pour bénéficier d’exonérations fiscales. Renault et Geely devront investir dans une chaîne d’approvisionnement locale, ce qui alourdit la facture initiale. Mais cela pourrait aussi constituer une barrière à l’entrée pour d’autres acteurs chinois moins bien implantés.
Le partenariat Renault-Geely au Brésil illustre une tendance mondiale : les constructeurs traditionnels, bousculés par les nouveaux entrants chinois, n’hésitent plus à pactiser avec leurs concurrents pour survivre. Une stratégie risquée, mais qui pourrait s’avérer payante si elle permet au losange de conserver sa place sur un marché brésilien en pleine mutation. Premier verdict attendu mi-2027, avec le lancement des deux premiers modèles issus de cette alliance.
Renault-Geely au Brésil : les chiffres de l'alliance
- Renault et Geely partagent l'usine de Curitiba pour produire deux modèles hybride et électrique dès 2027
- BYD a vendu plus de 12 000 véhicules au Brésil en quatre mois, rafle 4,2 % du marché électrifié
- Geely apporte sa plateforme CMA, déjà utilisée par Volvo et Lynk & Co, et son expertise batteries
- Renault recule de 0,5 point de part de marché au Brésil, face à l'offensive chinoise
- Le gouvernement brésilien impose 40 % de contenu local minimum pour les batteries depuis juin 2026
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