Airbus installe au Maroc un écosystème aérospatial de grande ampleur, soutenu par 2,2 milliards de dollars d’investissements d’ici 2028 et une feuille de route industrielle voulue par Mohammed VI.
Mikail Houari, président d’Airbus pour la région MENA, a détaillé les derniers contours de cette stratégie lors d’une table ronde à Rabat, le 24 juillet. Le groupe européen compte désormais 140 entreprises partenaires dans le royaume, employant 21 000 personnes. La montée en puissance locale ne se limite plus aux pièces de structure ou aux câblages : Safran y fabrique désormais des composants critiques pour moteurs LEAP, tandis que Stelia Aerospace assemble des tronçons d’A350.
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L’ambition affichée : faire du Maroc un maillon stratégique dans les chaînes globales, au-delà du simple assemblage de sous-ensembles. Le choix tient à la proximité géographique, trois heures de vol de Toulouse —, aux accords de libre-échange avec l’Union européenne et à une politique industrielle cohérente. « Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi, le Maroc a mis en place une vision claire : attirer les champions mondiaux, former massivement, garantir la qualité », résume Houari.
Un écosystème complet autour de Casablanca et Rabat
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Les implantations se concentrent dans deux zones industrielles : Nouaceur, près de l’aéroport Mohammed-V, et Midparc, à l’est de Casablanca. Boeing, Bombardier, Safran, Daher, Leonardo, Collins Aerospace y ont installé des usines ou des bureaux d’ingénierie. Le tissu de PME marocaines fournit câblages, pièces usinées, kits d’assemblage. Les cadences suivent celles d’Airbus et Boeing : quand Toulouse accélère l’A320neo, Nouaceur suit.
L’État marocain a investi dans des plateformes de formation dédiées : l’Institut des métiers de l’aéronautique (IMA) à Casablanca forme 600 techniciens par an ; l’École Mohammadia d’ingénieurs a ouvert une filière aérospatiale en partenariat avec l’ISAE-Supaero. Résultat : le taux d’encadrement local grimpe. « Il y a dix ans, on faisait venir les chefs d’équipe de France ou d’Espagne. Aujourd’hui, 70 % des cadres intermédiaires sont marocains », précise un responsable de Stelia.
Safran, Stelia, Spirit : la montée en gamme technique
Safran a franchi un cap en 2023 en inaugurant à Casablanca une ligne d’usinage de disques de compresseur pour le LEAP-1A, moteur phare de l’A320neo. Les pièces usinées au Maroc partent ensuite vers les sites français et américains pour assemblage final. La qualité exigée est celle des pièces tournantes critiques : contrôle aux rayons X, traçabilité totale, certifications aéronautiques FAA et EASA.
Stelia Aerospace, filiale d’Airbus, produit à Méknès des tronçons de fuselage pour l’A350. L’usine emploie 1 200 personnes et a investi dans des autoclaves de grande dimension pour les composites. Spirit AeroSystems, sous-traitant historique de Boeing, fabrique au Maroc des pièces de structure pour le 737 MAX et le 787. Toutes ces lignes sont intégrées aux systèmes industriels globaux : la pièce marocaine entre dans le flux de production au même titre qu’une pièce allemande ou américaine.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Entreprises partenaires Airbus | 140 |
| Emplois directs aérospatiale | 21 000 |
| Investissements annoncés 2024-2028 | 2,2 milliards USD |
| Chiffre d’affaires export aéronautique (2025) | 2,3 milliards USD |
Source : Déclarations Airbus MENA, juillet 2026
Pourquoi le Maroc devient stratégique pour l'aérospatiale européenne
L’ambition spatiale en phase d’amorçage
Le Maroc veut aussi s’inviter dans le spatial. Thales Alenia Space étudie l’installation d’une ligne d’intégration de petits satellites à Rabat, pour des missions d’observation et de télécommunications. L’Agence spatiale marocaine, créée en 2019, pilote un programme d’observation de la Terre avec deux satellites déjà en orbite, fournis par Airbus Defence and Space et Thales.
Le segment spatial reste marginal comparé à l’aéronautique : moins de 500 emplois, une dizaine d’entreprises. Mais l’intention politique est claire. Le plan 2028 prévoit un centre de données satellitaires à Benguérir et un programme de formation d’ingénieurs spatiaux à l’Université Mohammed-VI Polytechnique. Le spatial marocain cible les constellations de petits satellites, marché en forte croissance, où l’Europe cherche à contrer SpaceX et les acteurs chinois.
2,2 milliards de dollars sur quatre ans : infrastructures et R&D
L’enveloppe d’investissements annoncée couvre la période 2024-2028. Elle finance l’extension des zones industrielles, la construction de nouveaux halls d’assemblage, l’acquisition d’équipements (autoclaves, machines 5 axes, bancs d’essai), et des programmes de R&D partagés. Une partie vient des industriels eux-mêmes (Airbus, Safran, Spirit), une autre de fonds publics marocains et européens.
Le gouvernement marocain a obtenu de l’Union européenne un programme d’aide technique pour la certification aéronautique : des experts EASA forment les inspecteurs marocains, ce qui permettra à terme de certifier localement certaines productions. Objectif : réduire les délais et les coûts de validation. Pour l’heure, toute pièce critique doit être validée en Europe.
La concurrence tunisienne et égyptienne
Le Maroc n’est pas seul sur ce créneau. La Tunisie accueille depuis quinze ans des sous-traitants aéronautiques (Latécoère, Zodiac Aerospace, Airbus Helicopters), totalisant environ 10 000 emplois. L’Égypte développe une filière autour du Caire, avec des partenariats russo-chinois pour des hélicoptères et des drones militaires. Mais le Maroc mise sur la stabilité politique, la formation massive et l’intégration aux programmes européens.
Airbus a choisi de concentrer au Maroc ses développements MENA, plutôt que de disperser les sites. « On ne peut pas monter en compétence partout. Il faut un écosystème dense, des formations alignées, une logistique fiable », justifie Houari. Le royaume bénéficie aussi d’accords de libre-échange avec les États-Unis, ce qui facilite les exportations vers Boeing et ses sous-traitants américains.
La montée en puissance reste conditionnée à la qualité : une seule pièce défectueuse dans un lot peut bloquer une ligne d’assemblage à Toulouse ou Seattle. Les audits EASA et FAA se multiplient. Les taux de rebut sont surveillés au millième près. « L’aérospatial, c’est zéro défaut. Le Maroc l’a compris et investit en conséquence », conclut un ingénieur de Safran en poste à Casablanca.
En 2025, le Maroc a exporté pour 2,3 milliards de dollars de produits aéronautiques, plaçant le secteur au troisième rang des exportations industrielles après l’automobile et l’électronique. La cible 2030 : 3,5 milliards de dollars, avec une diversification vers les composites haute performance et les systèmes embarqués. L’ambition royale se lit dans les chiffres : faire du royaume une base industrielle stratégique pour Airbus, au même titre que l’Allemagne ou l’Espagne.
Airbus au Maroc : les chiffres de l'implantation
- Airbus compte 140 entreprises partenaires au Maroc, employant 21 000 personnes en 2026.
- Safran fabrique désormais au Maroc des disques de compresseur pour le moteur LEAP-1A de l'A320neo.
- Le royaume a investi 2,2 milliards de dollars sur 2024-2028 dans l'aérospatial.
- Stelia Aerospace produit à Méknès des tronçons de fuselage A350 avec 1 200 salariés.
- Le Maroc a exporté pour 2,3 milliards de dollars de produits aéronautiques en 2025.
- Thales Alenia Space étudie l'installation d'une ligne d'intégration de petits satellites à Rabat.