EDF mise 100 millions d’euros sur une usine dédiée aux EPR 2 à Chalon-sur-Saône. Mise en service prévue en 2030.
Le 27 avril dernier, Maud Bregeon et Sébastien Martin ont annoncé la construction d’une nouvelle usine à Chalon-sur-Saône. L’investissement : 100 millions d’euros. L’objectif : fabriquer des pièces de grande taille pour les EPR 2, la version allégée des réacteurs nucléaires français. Le projet démarre en 2027 pour une ouverture en 2030. Arabelle, filiale d’EDF spécialisée dans les turbines, en sera le maître d’œuvre.
Belem capte 8 millions d’euros pour automatiser l’assurance santé par IA générative
Cette annonce s’inscrit dans le plan nucléaire dévoilé par Emmanuel Macron à Belfort en février 2022. Le président avait alors promis six EPR 2, avec huit autres en option. Trois ans plus tard, la filière accélère sur le papier. Dans les faits, les retards s’accumulent et les budgets explosent.
Un design simplifié pour éviter le fiasco de Flamanville
Gravelines à l’arrêt : plusieurs tonnes de méduses paralysent trois réacteurs d’EDF
Les EPR 2 bénéficient d’une architecture revue à la baisse. Exit la complexité qui a plombé Flamanville : les nouveaux modèles intègrent les leçons de ce chantier interminable. Bernard Fontana, PDG d’EDF, martèle l’objectif : « Réussir du premier coup. »
Pour limiter les délais, les réacteurs seront construits par paires. Un gain de temps opérationnel, selon Nicolas Goldberg de Colombus Consulting : « Si une pièce vient à manquer, les opérateurs la cherchent sur le chantier d’à côté. » Une stratégie de mutualisation qui reste à éprouver sur le terrain.
La filière attend toujours la décision d’investissement final
Trois ans après Belfort, la machine nucléaire française n’est pas encore lancée. La décision finale d’investissement (le feu vert financier pour les six premiers EPR 2) reste attendue pour fin 2026. Un retard qui complique la vie des fournisseurs et sous-traitants.
D’après Les Echos, EDF n’aurait passé que la moitié des commandes initialement prévues. Une prudence qui s’explique par l’absence de validation définitive du projet. Résultat : la chaîne de sous-traitance reste en suspens, incapable de calibrer ses investissements.
Pourtant, la filière nucléaire table sur 100 000 embauches dans les dix prochaines années. Un objectif ambitieux, mais conditionné à la mise en route effective des chantiers.
| Indicateur | Prévision initiale | État actuel |
|---|---|---|
| Lancement du premier EPR 2 (Penly) | 2035 | 2038 (3 ans de retard) |
| Coût total des six réacteurs | 51,7 milliards € | 73 milliards € (dérapage de 41 %) |
| Décision finale d’investissement | Non précisée | Attendue fin 2026 |
Pourquoi le nucléaire français peine à redémarrer
Penly, premier chantier EPR 2, glisse de trois ans
Le projet de Penly, en Seine-Maritime, devait ouvrir le bal. Il accuse déjà trois ans de retard. Le premier réacteur ne devrait entrer en service qu’en 2038, contre 2035 dans le calendrier initial. Un décalage qui pèse sur toute la feuille de route.
Les causes de ce glissement : des validations administratives qui traînent, des arbitrages budgétaires repoussés, et surtout l’absence de décision d’investissement. Sans ce feu vert, impossible de lancer les appels d’offres définitifs ni de sécuriser les approvisionnements critiques.
Un budget qui dérape de 41 % avant même le début du chantier
Le coût des six EPR 2 était estimé à 51,7 milliards d’euros lors de l’annonce de Belfort. Deux révisions plus tard, il atteint 73 milliards. Soit 21,3 milliards d’euros supplémentaires, sans qu’un seul réacteur ne soit encore sorti de terre.
Cette dérive s’explique par l’inflation sur les matériaux, les coûts salariaux en hausse et les nouvelles exigences de sûreté. Mais aussi par un sous-calibrage initial des estimations, selon plusieurs experts du secteur.
Le financement repose à 60 % sur le livret A. Un mécanisme qui permet de mobiliser l’épargne des Français pour financer l’infrastructure nucléaire. Reste à savoir si cette enveloppe suffira face aux dérapages déjà constatés.
Les fournisseurs réclament une visibilité qu’ils n’ont toujours pas
La filière nucléaire française sort de plusieurs décennies de disette. Aucun réacteur neuf lancé depuis les années 1990, des compétences perdues, des chaînes de sous-traitance démantelées. La relance promise par Macron redonne espoir, mais les industriels veulent du concret.
Les commandes passées par EDF restent partielles. Beaucoup d’entreprises attendent des contrats fermes pour investir dans de nouvelles capacités de production. Sans cette visibilité, elles hésitent à former de nouveaux soudeurs, à moderniser leurs outils ou à agrandir leurs usines.
L’usine de Chalon-sur-Saône constitue un signal encourageant. Mais elle reste isolée dans un paysage industriel qui réclame une feuille de route claire, des volumes garantis et des délais tenus. Le gouvernement mise sur le nucléaire dans sa stratégie énergétique, mais la traduction industrielle peine encore à suivre.
EPR 2 : calendrier et budget sous tension
- EDF investit 100 millions d'euros dans une usine de pièces EPR 2 à Chalon-sur-Saône, ouverture en 2030
- Le premier EPR 2 de Penly ne démarrera qu'en 2038, soit trois ans de retard sur le calendrier initial
- Le coût des six réacteurs a bondi de 51,7 à 73 milliards d'euros avant même le début des travaux
- La décision finale d'investissement, attendue fin 2026, bloque encore la moitié des commandes aux fournisseurs
- La filière table sur 100 000 recrutements d'ici dix ans, mais attend une feuille de route claire